Voy. VHistoire de Port- Royal , t. Ill, p
2. De corrupti sermonis emendatione , 1430. Mathurin Cordier cite des phrases des £coliers de son temps : Feci cadere meum librum , et ego feci unum pastillum. C’est presque du latin macaronique.
3. Contes d’Eutrapel. Conte de X'ttcolier qui parla latin d la chasse, XIII ,
p. 215. — 4. Traili des dtudes, liv. II, chap. in.
mer de nombreux eieves. M6me a Port-Royal, quoique le P. Labbe ait appeld les solitaires « lasecte des helienistes, »le grec ne tenait pas une grande place ; on peut le voir dans le Reglement deludes d’Arnauld. Le nombre des esprits distingu6s qui savaient le grec au xvne siecle n’est pas considerable. Encore ne le savaienl-ils guere que corame des gens du monde, et non comme les docteurs dont parle M. de Mere. Maucroix, Boileau, La Bruyere, et surtout Racine, etaient des helienistes d’exception : les esprits les plus cultiv6s ne lisaient les ecrivains grecs qu’a travers les traductions latines. Rollin a bien vu que c’etait lei le faible de son temps. II insiste sur le grand avantage qu’a M. Despr6aux de pouvoir relever « un grand nombre de b6vues que son adversaire (Perrault), fort estimable d’ailleurs, a faites pour n’avoir lu les Ecrivains que dans des traductions latines ; » il demande avec instance que l’on consulte les originaux , dont les traductions ne donnent qu’une idee infidele ; il encourage les jeunes gens a 1’ etude du grec , trop delaiss6e , par l’exemple d’un des plus illustres ancetres du president de Mesme,de Henri de Mesme, qui raconte dans un manuscrit communique a Rollin par le president, que dans sa jeunesse il r^citait Hom£re d’un bout a l’autre. Rollin ajoute pieusement que, sans la connaissance du grec , il n’est pas possible d’entrer dans une etude serieuse de la theologie , et cependant il reconnait 5. la fin que les efforts des maitres sont le plus souvent inutiles ; et que « la plupart des peres regardaient comme absolument perdu le temps qu’on oblige leurs enfants de donner a cette langue L»
Rollin avait raison : les traductions oil ses contemporains lisaient les grands ecrivains de la Grece en offraient une image infidele ; et par la elles nuisirent aux anciens qu’elles empficherent d’etre bien connus. C’est a peine si quelques-uns des meilleurs esprits du xvne siecle, ceux qui pouvaient lire le
1. Traitd des eludes , chap, n, De Vdlude de la langue grecque.
grec dans le texte', se firent une id6e juste de l’antiquitd, tant il leur etait difficile de se detacher des iddes de leur temps ! A plus forte raison le public lettre, qui jugeait la Grece sur les temoignages des traducteurs, la dut-il mal juger. Le xvie siecle, si amoureux de l’antiquite , avait deja donne l’exemple , en traduisant les anciens, d’une liberty excessive. Les vrais connaisseurs , comme de Thou, en admirant le charme et la grace d’Amyot , ne se meprenaient pas sur son inexactitude h Quelques-uns meme , surtout parmi ses rivaux, Meziriac par exemple, la lui reprochaient trop sdvereinent. Gar quelle reconnaissance ne devons-nous pas a ces traducteurs du xvi® siecle, qui n’ont pas eu, comme nous , le secours de la philologie europeenne pour eclaircir les textes, rapprocher les passages , retablir les lacunes ? Ils etaient obliges souvent de remonter a la source de toutes les lumieres , d’aller en Italie , pour y dtudier dans les manuscrits Tauteur qu’ils voulaient traduire. G’est a Venise qu’Amyot decouvrit. un exemplaire de Diodore de Sicile ; c’est a Rome , au Vatican , qu’il rencontra un HModore plus complet , qui lui permit de corriger heureusement son Histoire ethiopique. G’est en Italie que les grands erudits du xvie siecle allaient chercher les anciens. Rabelais , Lambin , Muret et Montaigne lui-m6me, qui n’est pas un erudit , mais un grand ami de l’antiquite, avaient fait le voyage de Rome. Mais au xvne siecle , les traducteurs a la mode, Perrot d’Ablancourt, par exemple, ne vontpas chercher les anciens a Rome. Ils les arrangent dans leur cabinet, et les accommodent au gout de leur temps. Je ne parle pas seulement de 1’inexactitude de couleur; de ce cote le xvie siecle n’est pas plus irreprochable que son successeur. Si Perrot traduit Quirites par messieurs , Amyot change les vestales en
1. « Amyotus.... Plutarchum in linguara nostram Gallicam verterat, matt jore elegantia quam fide , dum auribus nostris placere quam de sensus a veritate laborare potius existimat. « De Thou, De vita sua, V. » G’est deji presque le reproche que Courier adressera plus tard k Amyot : « II ferait gagner & Pompee la bataille de Pharsale si cela pouvait arrondir tant soit peu la phrase. »
religieuses et prete a Denys des gendarmes; par un proc6d6 inverse d’anachronisme, de Thou transporte dans noire histoire le vocabulaire politique de Rome, et travestit les magistrats en consuls , les membres du parlement en Patres conscripti. Mais les traducteurs du xvne siecle aggraverent l’inexactitude du sens, bien plus fautive que celle de la couleur. Amyot ne se piquait pas de litteralite. Son rival Meziriac l’accusait de deux mille contre-sens *. Mais Amyot n’erigeait pas l’inexactitude en sysleme. D’ailleurs le xvie siecle a son excuse. II voulait enrichir la litterature francaise des chefs-d’oeuvre de l’antiquite. Son travail etait un travail d’appropriation , et pour que l’esprit frangais, assez ignorant encore, put s’assimiler plus ais&nent les anciens , on les arrangeait a la moderne. Mais le xvir siecle a une pretention de plus. II veut s’approprier aussi les anciens, mais en les perfectionnant, pour les rendre plus dignes de lui. Son infidelite se compose debeaucoup d’eslime pour lui-meme et de quelque dedain pour i’antiquite. L’esprit de la traduction au xvne siecle est tout entier dans ce passage de Perrot d’Ablancourt : il 6crit a Conrart, en lui dediant son Lucien1 2 :
« Comme la plupart des choses qui sont ici ne sont que des gentillesses et des railleries, qui sont diverses dans toutes les langues , on n’en pouvait faire de traduction reguliere.... L’auteur all^gue a tous propos des vers d’Homere qui seraient mainlenant des p6danteries, sans parler de vieilles fables trop rebattues, de proverbes, d’exemples et de comparaisons surannees qui feraient a present un effet tout contraire a son dessein ; car il s’agit ici de galanterie et non pas d’erudition. II a done fallu changer tout cela pour faire quelque chose d’agreable; autrement ce ne serait pas Lucien, et ce qui plait en sa langue ne serait pas supportable en la notre. D’ailleurs,
1. Voy. sur Amyot le travail excellent d’un jeune professeur que l’Universite regrette, M. de Blignieres ( Essai sur Amyot, p. 202).
2. Cette traduction de Lucien et cette dpitre dedicatoire sont de 1654,
comme dans les beaux visages il y a toujours quelque chose qu’on voudrait qui n’y fut pas, aussi dans les meilleurs auteurs, il y a des endroits qu’il faut toucher ou eclaircir, particulierement quand les choses ne sont faites que pour plaire : car alors on ne peut souffrir le moindre defaut; et pour peu qu’on manque de delicatesse, au lieu de divertir on ennuie. Je ne m’attache done pas toujours aux paroles ni aux pensees de cet auteur; et demeurant dans son but, j’agence les choses a notre air et a notre facon. Les divers temps veulent non-seulement des paroles mais des pensees differentes; et les ambassadeurs ont coutume de s’habiller a la mode du pays oil l’on les envoie, de peur d’etre ridicules a ceux a qui ils tachent de plaire. Cela n’est pas proprement de la traduction , mais cela vaut mieux que la traduction. »
Telle est la profession de foi tout a fait degagee de Perrot d’Ablancourt : il change son original, pour en faire quelque chose d'agreable. Lucien est son oblige. Et que le nom fameux de belles infideles ne fasse pas supposer qu’en admirant le beau style du traducteur, le gout public desavouait sa methode. Les esprits les plus delicats et les plus senses se laissaient prendre au piege de ce beau langage. Saint-fivremond louait d’Ablancourt « de ce qu’il n’y a pas un terme a desirer en lui pour la nettetd du sens; rien a desirer, rien a rejeter1. » Patru , le sage Patru disait : « La belle maniere de traduire que d’Ablancourt accredite, emporte Fadmiration de tous les illustres de notre siecle, et il s’est propose la vraie idde d’un bon traducteur, qui n’6te rien a l’original de sa force ni de ses graces 2. » Cette poetique de d’Ablancourt, approuvde par les meilleurs juges, 6tait celle de tous ses dmules. Ainsi traduisaient Charpentier, l’interprete si libre de Xenophon, et le spirituel Maucroix, et Tourreil, que Racine appelait bourreau, parce qu’il donnaitde l’esprit a Demostbene, mais que