‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 30 sur 180 · La Belle Plaideuse est de 1655; YAvare , de · texte numérisé non relu

La Belle Plaideuse est de 1655; YAvare , de

dans la petite societe des beaux esprits , qui se reunissaient cliez Conrart, pour secommuniquerleurs ouvrages; le matin, au lever du cardinal, a qui il racontait les nouvelles du jour pour le divertir, il avait parle de cette reunion litteraire et des ecrivains qui la composaient. Richelieu vit d’un coup d’oeil le parti qu’on pourrait tirer d’une telle assemblee etfit proposer aux amis de Conrart de former un corps sous la protection de l’autorit6 publique : Boisrobert fut son negociateur ; la soci6t6 besitait a ^changer sa liberty absolue contre leshonneurs qu’on lui proposait, pressentant combien il en coute quelquefois pour etre protege ; elle finit par consentir, parce qu’il 6tait difficile de refuser le cardinal. Des lettres patentcs furent dressees au nom du roi, dans le mois de janvier 1635, et f Academic francaise naquit d’une conversation de Boisrobert et d’une grande pensee de Richelieu.

« Le 2fevrier 1635, ditPellisson dans son Histoire de V Academic francaise *, avant memo que les lettres de l’etablissementfussent scell6es, on fit par sort avec des billets un tableau des acad6miciens ; on ordonna que cliacun d’eux serait oblige de faire a son tour un discours sur telle matiere et de telle longueur qu’il lui plairait; qu’il y en aurait un pour cbaque semaine , commen^ant par la premiere du mois de fevrier suivant.... mais la bizarrerie du sort ayant mis aux premiers rangs quelques personnes absentes ou qui n’etaient pas en 6tat de s’attacher h ces exercic'es , on changea l’ordre du tableau en cela , el l’on mit a lour place d’autres academiciens presents, de ceux qui y temoignaient le plus d’inclination. »

Parmi ces derniers fut naturellement Boisrobert, qui prononcale quatrieme discours entendu par l’Academie, le 26 fevrier 1635. 11 avait choisi pour sujet la defense du theatre. Ni Pellisson, ni l’abbe Goujet, qui nous a donne sur le favori de Richelieu des details reproduits depuis par la plupart des biographes, ni les auteurs plus recents d’etudes litteraires

sur Boisrobert1, ne parlent dc ce discours qu’on cherche inutilement dans ses oeuvres. L’abbe Irail nous dit seulement que le vaniteux poete « attribuant le mauvais succes de ses pieces a la grande admiration qu’on avait pour les ancicns, » les attaqua avec violence « comine des gens inspires par le genie, mais sans gout et sans dfdicatesse , et compara Homere aux chanteurs des carrefours dont les vers rejouissaient la canaille 2. » Je ne puis, faute de documents, completer le temoignage d’lrail; cependant j’en trouve la confirmation dans un ouvrage assez curieux ecrit longtemps apres (1671), par Gabriel Gueret, avocat au parlement de Paris. On sait que l’abbe d’Aubignac avait formd chez lui une academie au petit pied qu’il estimait rivale de T Academie frangaise , et pour laquelle il demanda le titre d’Academie royale, une seule academie ne pouvant suffice, disait-il, auxbesoins litteraires de la France 3. Gabriel Gueret etait secretaire de cette assemblee, et connne tel il prononga quelques discours. Dans un petit livre , ne probablement connne le Parnasse re forme , dont il est la suite , des conversations de l’academie de d’Aubignac, intitule : La Guerre des auteurs anciens et modernes, Gudrel suppose qu’il a assistd en revc a une emeute du Parnasse. « LaSerre, Nervese, et Des ficutaux » s’etant mis a la t6te des perturbateurs , Apollon les condamne a l’exil. Homere demande que le dieu chasse Zo'ile par la meme occasion. Boisrobert alors prend la parole et s’ecrie :

« Paraissez , Navarrais , Maures et Castilians ; paraissez , Saumaises , Scaligers, Yidas, legion de commenlateurs , et apprenez aujourd’hui de moi que celui que vous appelez le prince des poetes , n’est qu’un miserable rapsodiste a qui vos seules bdvues ont donnd du nom. Ne vous entetez point si fort pour cet aveugle. Ses podmes ne sont composes que de

1. MM. Charles Labitte, Hippeau et Livet. — 2. Histoire des guerres littdraires depuis Homere jusqu’a nos jours. Chapitre des Anciens et des Modernes. — 3. Discours au roi sur I’etablissement d’une seconde Acaddmie dans la ville de raris. 1664.

chansons qu’il chantait devant la Samaritaine et devant le Pont-Neuf de son temps. C’etait un courenr de cabarets qui suivait la fumee des bons ecots. J’ai plus de deux garanties parmi MM. les anciens , qui me font dire qu'il n’avait pas d’emploi plus honorable que celui de notre fameux Savoyard (chanteur du Pont-Neuf). »

Suit une diatribe contre les heros d’Homere que l’orateur accuse de grossierete et d’ineptie. Telle est la parodie que Gueret nous a donnee du discours de Boisrobert, dont il avait sansdoute une copie sous les yeux , ou dont la tradition avait conserve le souvenir L Cette parodie doit etre fidele : sous l’expression a dessein exagOree, on retrouve le tour d’esprit vif et ose de Boisrobert. Ce qui est certain, c’est que le premier coup porte en France a la tradition eta l’antiquite, est parti de la main d’un academicien.

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