‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 44 sur 180 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Fontenelle. — Dialogues des Morts.

Un autre ecrivain, que Desmarets aurait pu clioisir pour successeur s’il avait assez v6cu pour le connaitre, etait un jeune homme tres-spirituel, fort ambitieux, malgrd son ex-

treine froideuP, et qui devait devenir un des plus celebres ecrivains du xvnr siecle, le premier peut-etre apres les ecri^ \s vains de genie. G’est Fontenelle. Mais en 1^76 il n’dtait guere qu’un jeune disciple de Yoiture. Venu de province 5. Paris pour y chereher fortune, il avait debutd dans le Mercure Galant, sous la direction de Thomas Corneille et du sieur de Vize, par de petits vers d’abord applaudis et bien vite oubli6s. Il avait couru les ruelles et cherchd a s’tilever a la renommde sur les mines d'une comedie et m6me d’une trag6die tombees des leur naissance K Ces deux echecs en different genre suffirent pour le jeter dans le parti des mecontents litteraires. Il trouvait, ti faire de l’opposition contre les reputations dtablies, le compte de sa raneune et de sa vanite. Il s’attaqua done naturellement au pouvoir, et le pouvoir alors en litterature, e’etait V autorite classique, la tradition, l’antiquite, soutenue par les plus grands ecrivains. Fontenelle ne pouvait 6tre retenu par les souvenirs de son education. Il avait fait de bonnes etudes, mais a l’ecole des jesuites qui ne lui avaient pas enseigne le grand gout, et dont l’admiration pour ses talents precoces l’avait quelque peu g&te 1 2. Il avait compose sur les bancs des vers latins, aussi beaux que ceux de Yirgile, disait-il plaisamment, « car ils en etaient. » Mais il n’eut jamais, m6me a vingt ans, cette flamme d’enthousiasme qu’allume dans les ames le pur amour des grandes beaut6s de Part. Mme de Tencin, lui mettant la main sur le cceur, lui disait : « C’est de la cervelle que vous avez la 3. » Il est le representant, on pourrait

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