En voici plusieurs couplets
Or, ecoutez, noble assistance,
Ce qu’a l’Academie on fit Dans la memorable seance Ou l’on recut un bel esprit.
Ce qui fut dit
Par ces modeles d’eloquence ,
A bien merite d’etre ecrit.
Quand le novice academique Eut salue fort humblement .
D’une normande rhetorique II commenca son compliment ,
Ou sottement De sa noblesse poetique II fit un long denombrement.
Corneille, diseur de nouvelles, Suppot du Mercure galant ,
Loua son neveu Fontenelles,
Et vanta le prix excellent De son talent.
Non satisfait des bagatelles Qu’il dit de lui douze fois l’an.
Entete de son faux systeme , Perrault, philosophe mutin, Disputa d’une force extreme,
Et coiffe de son avertin.
Fit le mutin ,
Pour prouver clairement lui-meme Qu’il n’entend ni giec ni latin.
Racine, qui excellait dans l’epigramme. L’abbe Trublet les attribue a Mile Deshoulieres, fille de la celebre dame de ce nom l. Elle avait concouru avec Fontenelle, en 1687, pour le prix de poesie, et l’avait remportd. Le bruit s’etait repandu que Fontenelle, par galanterie, s’etait laisse vaincre, et le propos, bien que sans vraisemblance, avait blesse la jeune muse.
Mais une revanche, plus piquante que les meilleurs couplets, 6tait reserve au parti des anciens. Deux ans apres, le 15 juin 1693, un des plus grands adversaires de Fontenelle, un des plus grands admirateurs de Racine et de Boileau, entraita son tour a l’Academie francaise. C’etait un ami declare de F antiquity : il avait pris parti pour elle dans ses Caracteres 2. En entrant dans l’Acaderme, partagee en deux camps, il crut devoir faire nettement sa profession de foi. Le discours de La Bruyere, pris en lui-meme, et sans acception de date, est un chef-d’oeuvre. Si Ton songe aux passions intestines de l’Academie, a l’epoque oil il fut prononce, c’est un coup de hardiesse et un trait de franchise. La Bruyfere se met ouvertement sous le drapeau des anciens; il marque sa place a c6te d’eux ; il ne loue aucun moderne, excepts Charpentier, mais en passant, etpurement par bienseance, Charpentier devant prendre la parole apres lui. Enfin il donne au