Horace , ep. n, liv. II
2. Horace pouvait a la rigueur passer pour un ancien aux yeux de l’auteur du Dialogue, qui, dit-il, assista a la conversation qu’il raconte, etant tres-jeune encore, admodum juvcnis, vers la 6® annee du regne de Vespasien, c’est-A-dire vers la 75° de notre ere.
passion contre Cic6ron et les ecrivains du pass6, a tel point que Maternus ne consent pas a reconnaitre dans une philippique si vive la vraie pensee d’Aper1. II s’ amuse, dit-il, a contredirfi. C’est un rdle qu’il s’est donne.
Messala, l’orateur des anciens, se passionne moins et raisonne clavantage. II ne s’arr&te pas a ce qu’il appelle « la controverse du nom , » c’est-a-dire a la question de savoir le sens de ce titre : ancien, et le nombre d’ann6es necessaire pour y avoir droit. Qu’on nomine nos devanciers des anciens, ou nos aintis, ou nos peres, qu’importe, pourvu que l’on avoue qu’ils out ete plus eloquents que leur posterity ? Sans doute , Aper l’a dit , 1’ eloquence peut revetir des formes diverses, et le bien admet la variete ; mais la variete se trouve aussi dans le mal. Ici Messala ne se borne pas a peindre la decadence de son temps; mais, selon le plan indiqud par Maternus, il en recherche les causes. Au fond, il n’en indique qu’une : la decadence de l’education dans la famille et dans les 6coles publiques. Mais il existe, on le sait, dans le discours de Messala , une assez longue lacune. Nous n’avons ni la fin de ce discours , ni le commencement de celui de Maternus , et tout en admirant l’effort ingenieux de Brotier pour suppleer ce qui nous manque , je ne saurais conjecturer, comme lui, les arguments disparus de Messala 2. Quant au discours de Maternus, l’idee principale qu’il renferme , c’est que de toutes les causes qui contribuent a la grandeur oil a la decadence de 1’ eloquence , la plus directe et la plus puissanle, c’est l’etat des institutions politiques et des mceurs. Seneque avait deja developpe l’idee resumee de nos jours par un mot celebre : la litterature est l’expression de la societe; il avait admi-
1. Quam copiosp. et varie vexavit antiquos , dit Maternus (chap, xxiv), et il ajoute : ne ipse quidem ita sentit , sed more veteri et a veslris philosophis saepe celebralo , sumpsit sibi contradicendi partes.
2. Supplementum Dialogi de oratoribus , auctore Gabriel Brotier. Tacite, ed. Naudet.
rablement prouve que les lettres subissent F influence des mceurs publiques et regoivent le contre-coup de leur decadence1. Maternus, Cendant cette observation aux institutions politiques, montre comment, chez un peuple, la chute de la liberte entraine celle de F eloquence, et il trouve , pour decrire cette double mine, des accents que Longin n’a pas affaiblis en les imitant2. L’ eloquence est en decadence a Rome, parce que la forme du gouvernement a change. L’orateur n’a plus la place publique pour theatre et le peuple romain tout entier pour auditeur. II n’a ni Milon a defendre, ni Yerres a poursuivre, ni Catilina a chasser de Rome , ni Antoine a fletrir. Rome, pacifiee et soumise, ne peut etre la Rome 61oquente de la r^publique et des guerres civiles. L’ eloquence est une flamme ; c’est en brulant qu’elle 6claire. Admirable legon pour les peuples qui voudraient a la fois la gloire et le repos ! Nul ne peut, dit Maternus , cumuler le repos et la gloire : Nemo eodem tempore assequi potest magnam famam et magnctm quietem. Seulement je n’ajouterai pas comme lui : « Que cbacun s’accommode de ce qu’il a, sans m6dire de ce qu’il n’a pas. » Cette resignation ressemble trop a l’indifference. II faut savoir preferer et choisir. Heureux les homines qui font le clioix d’Achille :
Non beaucoup d’ans sans gloire,
Mais peu de jours, suivis d’une longue memoire !
Heureux les peuples qui savent souffrir, pour 6tre libres et gloricux !
J’ai insiste sur l’id^e de Maternus , parce que c’est la plus Mevec de toutes celles que renfermc le Dialogue , et sur le Dialogue lui-m6me, parce que c’cst le premier ouvrage oil la question qui nous occupe est nettement pos^e. Apcr, Messala et Maternus sont loin de l’avoir embrassSe tout