‹ Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par m. Hippolyte RigaultChapitre 88 sur 180 · Bayle , lettre 217 , citee par L. Racine , Mdm. , p · texte numérisé non relu

Bayle , lettre 217 , citee par L. Racine , Mdm. , p

pies. II ne parait pasunouvrage nouveau dans les Provinces- Unies ou en Angleterre , que Basnage et ses confreres n’en rendent corapte imm6diatement avec autant d’empressement et d’exactitude que des livres frangais. Ils sont au courant de toutes les idees qui circulent dans l’Europe litteraire, et, dans le cercle plus vaste de leur critique, ils embrassent non-seulement une plus grande etendue de pays, mais une plus grande variate d’objets : la theologie, la philosophie, 1’histoire, l’eloquence, la poesie, la morale, la medecine, les matbematiques, rien ne leur est etranger ; ils devancent la curiosite et 1’ aptitude universelles de la critique du xvme siecle, et leurs journaux, chers aux ecrivains philosophes du si&cle suivant, sont les vrais precurseurs de 1’ Encyclopedic1 2.

On trouve a chaque instant, dans l’histoire des ouvrages des savants* de Basnage, les marques de sa predilection pour les modernes. G’est un ecrivain consciencieux, exact, impartial, du moins en litterature, et precieux a consulter aujourd’hui, parce qu’il rend comple avec detail d’un grand nombre d’ouvrages. Ses analyses sont un peu lourdes, mais faites avec intelligence : il a soin de n’omettre aucun des points principaux. Uans un temps ou la publicity etait necessairement restreinte et les communications difficiles entre les divers pays, ces recueils ou un esprit judicieux et sans passion s’appliquait a condenser la substance de toutes les publications contemporaines , et a former ainsi en abrege une bibliotheque des nouveautes litteraires, offraient la plus grande utilite. Aujourd’hui meme, ou des journaux si nombreux et si vastes enveloppent l’univers, et font connaitre a l’extremite du monde des livres que,

1. Voy. , sur celte partie si interessante de l’histoire de la litterature fraugaise, le livre excellent de M. Sayous : Hisloire de la litter alure (rancaise a V etranger.

2. Commencee en septembre 1687 , elle finit en juin 1709 et comprend 24 vol. in-12. Basnage l’a ecrite en Hollande, ou il s’etait refug:e apres avoir donne sa demission d’avocat au parlement. lors de la revocation. Il mourut en 1710, k 44 ans.

malgre leur bon marche et la rapidite des echanges , tous les lecteurs ne peuvent acheter, un recueil comme celui de Basnage, ou l’on se bornerait a des analyses exactes, impartiales et bien faites des ouvrages importants, sans y joindre de jugement personnel, ne serait pas a dedaigner. Mais il y a dans la critique plus de juges que d’analystes, et le plus souvent les idees personnelles du critique prennent la place du compte rendu. G’est le contraire dans le journal de Basnage: il ne se substitue jamais a 1’ auteur qu’il analyse ; cJest a peine si en quelques mots, toujours pleins de reserve, il indique sa propre pensee ; on lui reprocherait volontiers son extreme discretion et notamment dans la querelle des anciens et des modernes, on voudrait qu’il se prononcat. N6anmoins sa preference est pour les modernes. Il analyse le Discours sur VEglogue de Fontenelle avec une approbation visible; il consacre trois articles aux Paralleles de Perrault, et il se raille comme lui des savants qui, au lieu de juger de sang-froid cette question , « prennent la chose aussi a coeur que s’ils etaient descendus d’Homere et de Yirgile en ligne directe 1. » Il se moque de Dacier et de Longepierre, a qui il rappelle qu’il faut prendre garde de paraitre admirer les anciens par jalousie contre les modernes 2. Enfin, avec toute sorte de menagement et de reserve, Basnage est du parti de Perrault.

Bayle, qu’on peut considerer aussi comme un journaliste, n’a pas traite la question ex professo ; ce n’est pas son habitude. Il n’a pas consigne son opinion sur ce sujet dans un article special; mais il a repandu ga et la dans le texte el surtout dans les notes de son Dictionnaire un certain nombre de reflexions qui, recueillies et rapproch6es, peuvent dclaircir sa pens£e. Dans son article sur Homere, Bayle se permet contre le grand poete des rigueurs dont plus tard La Motte s’est autorise3, comme d’un precedent a sa decharge. A propos des regrets qu’Achille donne a

1. Hist, des ouv. des savants , avril 1693, article vi. — 2. Id. , novembre 1687 . — 3. La Motte , Reflexions sur la critique, deuxieme partie , p. 102.

Bris6is, il r6p£te, apres Sarrasin, que ce h6ros ressemble a un enfant qui pleufe sa poupee : if lui reproche d’etre trop grand parleur, et trop naif. Enfin, « j’ose avancer, dit-il, qu’il ne faut que lire le discours de Phenix au neuvieme livre de Ylliade pour admirer ceux qui admirent encore le poeme. » G’est la la plus grande temerite de Bayle ; d’ordinaire il se menage plus, il n’affiche pas a ce point son sentiment, il le glisse en passant, au moment ou l’on s’y attend le moins, coinme clans le passage suivant de Particle Orig'ene : « Saurin a dit : La eliarite que l’on a pour ceux qui sont morts depuis plusieurs siecles ne coute guere, parce que leur merite n’excite pas notre jalousie et notre envie, et que nous ne les regardons pas coniine nos concurrents. » Et Bayle laisse tomber cette remarque avec une indifference piquante: « On s’est servi plusieurs fois de cette pensee pour donner raison de la conduite de ceux qui ont soutenu que Sophocle, Euripide, Aristopliane, etc., ont surpasse de beaucoup Corneille, Racine, Moliere, Descartes. »

A la fin d’une note sur Particle Virgile: « Je ne puis, dit-il, finir sans observer que lorsque Pline fait l’eloge de Yerginius Romanus, il nous apprend que lamaladie que nous voyons ici dans les esprits se voyait a Rome ; car il declare qu’il n’est point de ceux qui meprisent le temps present, et qui n’admirent que les anciens. » Et Bayle cite le passage de Pline que j’ai reproduit dans un chapitre precedent1.

Souvent, a propos d’un 6crivain moderne, Bayle amene le nom d’un ancien qui peut lui etre compare, et il donne volontiersla preference au moderne. J’ai rencontre deux articles oil le sentiment de Bayle se montre avec plus de vivacite : le premier est Particle Corbinelli. Jean Corbinelli etait un des amis de Mine de S6vigne, un epicurien aimable, spirituel, d’une conversation charmante, un veritable ancetre de l’abbe Galiani. Il avait fait un livre intitule '.Extrait de tous les beaux

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