DIVISIONS DU SUJET
La question coloniale a soulevé tant de controverses depuis une dizaine d'années, elle a tenu une si grande place dans les préoccupations des gouvernements et du public en France et en Europe, qu'elle apparaît comme une sorte de force ou de personnalité politique dont le rôle est assez important pour mériter une histoire.
Mais cette histoire nous semble nécessaire pour
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d'autres raisons. La colonisation, en effet, n'est pas affaire de caprice gouvernemental; elle doit, pour réussir, être voulue et soutenue par la nation entière. C'est une œuvre de foi et de persévérance, « un placement à long terme » . L'étude des fluctuations de l'opinion à propos des colonies paraît donc être le complément obligé de l'histoire de la colonisation.
N'est-elle pas, en outre, aussi utile? La discussion instruit non moins bien que l'exemple; nos polémiques d'aujourd'hui ne peuvent qu'être éclairées par celles d'autrefois.
Personne, que nous sachions, ne s'en est préoccupé jusqu'à présent en France. Nous avons, par centaines, des études partielles sur la colonisation française; nous n'avons pas une seule étude d'ensemble; nous n'avons pas surtout un livre qui traite dç la participation spéculative et effective de la nation à l'œuvre coloniale. Or, c'est le point capital !
U nous a donc paru qu'il y avait là une lacune à combler, et nous avons entrepris cette tâche délicate.
L'action coloniale étant connue, nous l'avons négligée pour suivre l'idée. Nous n'avons rappelé que pour mémoire les actes de nos explorateurs, colonisateurs ou ministres. Mais nous avons recherché avec soin les traces du retentissement que ces
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actes ont eu en France, les discussions qu'ils ont soulevées, l'influence qu'ils ont eue sur l'esprit public. La littérature, les mémoires, l'écho des salons, la presse ou ce qui en tient lieu sous l'ancien régime, les recueils bibliographiques nous ont fourni les principaux éléments de nos recherches. Nous avons aussi exploré les Archives des affaires étrangères et de la marine pour y recueillir les consultations, spontanées ou commandées, dont les ministres ont fait leur profit. Nous n'avons pas, certes, la prétention d'avoir tout vu. Mais nous avons consulté les personnes et les groupes les plus intéressés ou les plus compétents dans la question. Ne sont-ils pas les meilleurs témoins de cette chose si fluide et souvent presque insaisissable qu'on appelle un état d'opinion?
Notre travail aspire à donner une solution raisonnée et documentaire à ces problèmes historiques et politiques, qui ont été le plus souvent livrés en pâture à l'ignorance ou au parti pris.
Les Français ont-ils le goût de la colonisation?
En ont-ils le génie?
L'action coloniale de la France s' est- elle faite avec ou contre le sentiment national?
Si les colonies ont été en défaveur, quand et pour quelles causes s'est-elle manifestée?