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Cependant les Chicasaws, encouragés el soulenus par les Anglais, avaient peu à peu recommencé leurs hostilités contre les Français et leurs alliés. Le gouverneur, M. de Vaudreuil, résolut de les châtier. Ii suivit la mème route que M. de Rien- \ille en 1736, et vint s'établir dans un fort bâti par ce dernier sur la rivière Mobile (Tombigby) qu'il fit réparer et
agrandir, Ayant réuni loutes ses forces, il marcha à l'ennemi qu'il trouva fortement retranché dans une véritable forteresse flanquée de bastions. Instruits par des ingénieurs de la Caroline, ces sauvages eussent émerveillé Vauban lui-même.
Faute d'artillerie pour ouvrir une brèche dans leurs remparts, Vaudreuil, après les avoir vainement altaqués, dut se contenter de brûler leurs villages, de saccager leurs moissons, et reprit ensuite le chemin de la Nouvelle-Orléans.
Cette expédition, en apparence peu glorieuse, ne fut pourtant pas inutile. Une forte garnison fut laissée dans l'ancien fort de Bienville, et les Chicasaws, se voyant surveillés de près, durent cesser leurs déprédations.
Comme on le voit, à l'époque où nous sommes, peu de temps avant la cession de ses colonies d'Amérique par la France, une ère de prospérité incontestable allait s'ouvrir pour la vallée du Mississipi. Encore un demi-siècle de cette marche progressive et l'Amérique, échappant à la convoitise des Saxons, restait francaise.
Malheureusement, nous étions devancés par nos compétileurs arrivés plus 1ôt au succès, et, dans cette course au clocher entre la France et l'Angleterre pour la conquète d'un monde, la France, partie la première, se trouvait, presqu'au bout de la carrière, cinquante ans en retard sur sa rivale.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement de la Nouvelle-France, sur qui reposait le fardeau de la défense, ne faillit pas à la tâche. Afin de tenir en échec l'Angleterre et ses colonies qui réclamaient l'Ouest, au sud du Saint-Laurent et des grands Lacs, jusqu'au Pacitique, le gouverneur du Canada, de la Galissonière, tit placer une garnison à Détroit, relever le fort de la baie des Puants démantelé par Ligueris, bâtir un fort au pays des Sioux et élever une lorteresse, la Présentation (1), sur la rive droite du Saint-Laurent, entre Montréal et Frontenac. Son successeur, M. de la Jonquière, suivant les mêmes plans, envoya Joncaire, celui qui avait établi le poste de Niagara, au milieu des Iroquois pour y combattre
() Cette forteresse est devinue Ogdensburg, dans l'État de New-York,
l'influence des Anglais, dont le but était de pousser ces sauvages à chasser les Français de leur pays. Il fit renforcer la garnison de Détroit et envoya M. de Villiers commander dans la contrée des Lacs, d'où l'on écrivait que les nations méridionales se déclaraient pour les Anglais. En 1553, le marquis de Duquesne, qui avait succédé l'année précédente à de la Jonquière, envoya quelques troupes dans l'Ohio où les \nglais cherchaient à se fortitier. On construisit le fort de Presqu'ile, sur le bord du lac Erié, celui de Machault sur l'Alleghany, une source de l'Ohio. « Ce fut alors que le gouverneur de la Virginie, M. Dinwiddie, qui se préparait à prendre position sur cette rivière, notifia aux Francais qu'ils étaient dans une dépendance de sa province et qu'ils eussent à se retirer. Peu de temps après, M. de Contrecœur, commandant sur l'Ohio, alla chasser un détachement de miliciens anglais occupé à faire des retranchements au confluent de la Monongahéla et de l'Alléghany, à vingt lieues environ des Apalaches, et dans le mème endroit, il éleva le fort Duquesne (1). »
Quelque temps plus tard, V. de Contrecœur apprit qu'un corps considérable de troupes anglaises, sous les ordres du colonel George Washinglon, avait de nouveau envahi le territoire francais. Il chargea M. de Jumonville d'aller sommer ce dernier de se retirer, Cet oflicier partit avec une escorte de trente hommes : il avait ordre de se tenir sur ses gardes, car les sauvages cor mencaient à s'agiter, et leurs guerriers ne respiraient plus que la guerre,
Le 17 mai 1754, au soir, il s'arrêta dans un vallon profond el obseur. C'est là que Washington, averti par les indigènes, le tit attaquer précipilamment à la pointe du jour. Le parlemenlaire français, au mépris du droit des gens, tomba sous les balles anglaises avec neuf de ses hommes, au moment où, d'après le témoignage de ses compagnons qui survécurent, il commençait à lire la lettre de sommation dont il était le porteur, Cet assassinat, que l'excitation du moment peut jusqu'à un cerlain point expliquer, sans toutefois l'excuser, Provoque chez Bancroft, généralement mieux inspiré, un enthousiasme patriotique qui sonne faux et qui dissimule
(1) GARNEAU, vol. Il, p. 207.
mal, chez l'auteur, le besoin de blanchir son héros en couvrant, sous les eflluves d'un lyrisme de mauvais goût, la flétrissure qui s'attache, en cette malheureuse circonstance, au nom du futur fondateur des libertés américaines.
Contrecœur, en apprenant la mort tragique de Jumonvilte. résolut de la venger. Six cents Canadiens et cent sauvages, sous les ordres de M. de Villiers, frère de la victime, se mirent en marche et vinrent chercher Washington alors retranché dans le fort Nécessité qu'il venait de frire construire « Villiers fut obligé d'attaquer en plein jour :1 à découvert. Les Canadiens combattirent avec tant d der qu'ils éteignirent le feu des batteries anglaises par leur seule mousqueterie ; et, après un combat de dix houres, Washington capitula pour éviter un assaut (3 juillet). Les Anglais s'engsgèrent à sortir du territoire contesté, Ils tirent une retraite si précipitée qu'ils abandonnèrent dans la place jusqu'à leur drapeau. »
Cette victoire, qui chassait les Anglais de la vallée de l'Ohio, conservait dans toute son intégrité le territoire français de l'Amérique du Nord.
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Pendant que l'Angleterre, de concert avec ses colonies, fait hypocritement de formidables préparatifs pour la conquèt. de la Nouvelle-France, il ne sera pas sans intérèt de jeter un coup d'œil sur ce qu'était alors géographiquement cette dernière. Ouvrons, pour cela, une carte des États-Unis et suivons la ligne que nous allons indiquer. Laissant la Nouvelle- Ecosse aux Anglais, allons à l'embouchure du Kénebec et filons en droite ligne au sud du lac Champlain où nous verrons flotter le drapeau blanc sur le fort Saint-Frédéric, De là, après avoir traversé le territoire contesté des Iroquois qui réclamaient énergiquement leur indépendance, arrivons ? chaine des Alléghanys et contemplons de l'autre côté l'immense vallée des tributaires de l'Ohio que protège le fort Duquesne. Dirigeons-nous ensuite, sans laisser la chaine des hauteurs, vers le sud, en déviant légèrement à l’ouest, e! nous arriverons, de monts en monts, jusqu'aux dernières ramifications des Alleghanys où commencent les possessions