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CHAPITRE XIII

La guerre de 174% à 1748. — Partis canadiens et sauvages contre la Nouvelle-Angleterre. — Capitulation de Louisbourg et destruction de la flotte française. — Le traité d'Aix-la-Chapelle. — Disgrâce de Bienville. — M. de Vaudreuil, gouverneur de la Louisiane. — Progrès de l'élément français dans cette immense province. — La culture du coton. — La canne à sucre. — Expédition de Vaudreuil contre les Chicasaws. — Préparatifs de guerre. — Fort de la Baie Verte. — Un fort au pays des Sioux. — Le fort de la Présentation. — Ogdensburg. — Le fort Presqu'ile. — Le fort Machault. — Assassinat de Jumonville, — Capitulation du fort Nécessité. — La guerre de Sept ans. — Vue à vol d'oiseau des possessions françaises d'Amérique en 1755. — Les États-Unis, une colonie française.

La guerre qui éclata entre la France et l'Angleterre, en 1744, eut, comme d'ordinaire, son contre-coup en Amérique.

De nouveau, il fallut s’armer, faire appel aux nations indiennes alliées et entrer en campagne.

Les Iroquois demeurèrent neutres : mais la plupart des autres tribus indigènes se déclarèrent pour les Français el eommencèrent à faire des courses contre les colonies anglaises.

« Un grand nombre de partis, composés de Canadiens et de sauvages, furent sans cesse sur pied dans l'automne de 1745, et jusqu'au mois d'août 1746. Ils portèrent l'épouvante sur les frontières du Massachusetts, du Connecti ut el de la Nouvelle-York ; de telle sorte que presque to es les habitations furent abandonnées de leurs habitants qui se retirèrent daus des lieux plus sûrs. »

« Saratoga fut pris et les habitants massacrés ; le fort Bridgeman, attaqué par M. de Léry, tomba en son pouvoir ; le fort Massachusetts, situé à cinq lieues au-dessus de Saintl'rédérie, se rendit à M. Pierre Rigaud, major de Trois Rivières, qui, avec sept cents Canadiens et sauvages, dévasta une grande étendue de pays et répandit la terreur dans toute la Nouvelle-Angleterre. » — « La Corne de Saint-Luc avait atta-

qué le fort Clinton et battu un détachement anglais qu'il avait précipité à coups de hache dans la rivière. »

Ces succès et ceux obtenus par Ramsay et Coulon de Villiers en Acadie furent les plus marquants qu'aient remportés les Français dans cette campagne. Encore ne furent-ils qu'une faible compensation pour l’humiliante capitulation de Louisbourg qui, après avoir coûté des millions à la France, ne put résister « à un plan d'attaque formé par un avocal et exécuté par un marchand, à la tête d'un corps d'artisans et de laboureurs ».

Toutefois, l'événement le plus malheureux, parce qu'il laissait le Canada à la merci de l'Angleterre, fut la destruction de la flotte française, commandée par le duc d’Anville, qui vint misérablement se briser sur les côtes de l'Acadie. Les débris de cette escadre, qui devait assiéger Boston, achevèrent de s’'anéantir, dans une lutte inégale, près des côtes du Finistère, sous les boulets des vaisseaux d'Anson et de Warren.

Le traité d’Aix-la-Chapelle mit fin à la guerre, en 1748. Ce traité où « la France, victorieuse depuis cinq ans, reçut la loi qu’elle aurait dû dicter », lui restitua le Cap Breton et laissa les frontières du Canada aussi indéterminées qu'elles l'étaient auparavant.

La paix qui suivit ne fut du reste qu'une trêve. Des deux côtés, on se prépara à la lutte suprème qui ne larderait pas à s'engager. Les Anglais, confiants dans leur nombre, aspiraient à la conquête de l'Amérique du Nord tout entière ; les Français, forts de leurs droits, fièrement résolus à défendre l'honneur de leur drapeau, se préparaient à lutter avec l'énergie du désespoir pour conserver à la Métropole les vastes territoires commis à leur garde : les Canadiens n'envisageaient qu'une chose : leur patrie à préserver du joug abhorré de l'Anglais.

Cette espèce d'accalmie qui précède la tempête a quelque chose de solennel dans l'histoire de la Nouvelle-France. On y sent que le drame séculaire, dont les premiers actes se sont déroulés dans les sombres forêts du Nouveau-Monde. Pour se continuer à ciel ouvert, en des luttes homériques contre la puissance toujours grandissante de l'Angleterre. tire à sa fin, et que le dénouement que personne ne veul

avouer, mais que tous pressentent, sera l'affreuse conquête, ce vol sacrilège de la liberté de tout un penple.

Pendant la dernière guerre entre l'Angleterre et la France, les établissements de l'Ouest et de la Louisiane furent relativement tranquilles, la tourmente ayant particulièrement sévi sur mer, du côté du Cap Breton, et dans le nord des possessions anglaises. M. de Bienville, dont la douceur peutêtre excessive vis-à-vis des Chicasaws fut blämée en France, eul pour successeur, le printemps qui suivit sa dernière expédition contre ces barbares, M. le marquis de Vaudreuil qui devint gouverneur et commandant général de la Louisiane. Après une administration de près de quarante aunées, cel homme, associé si étroitement à la fondation et au développement de la colonie, tombait sous le coup de la disgrâce. Quoi qu'il en soit des vicissitudes de la fortune qui atteignent indifféremment les grands et les petits, de Bienville mérite une place d'honneur dans l’histoire. Car il faut tenir compte, pour apprécier sa carrière, des difficultés sans nombre dans lesquelles il se trouva et qu'il surmonta le plus souvent avec bonheur.

Sous la nouvelle administration, la colonie fut en paix pendant plus de dix ans avec les indigènes. « La population el la richesse qui s'étaient développées durant les cinq dernières années, en dépit des hostilités des Chicasaws, continuèrent à s'accroitre, Les établissements s'étendirent graduellement sur la rivière Rouge, sur la Washita aussi bien que sur le haut et le bas du Mississipi. Les produits agricoles, adaplés au climat, devinrent l'objet d'un commerce important dans les deux parties de la province. Ce fut à cette époque que la eulture du coton fut introduite en Louisiane : mais, pendant plusieurs années, elle ne fut pratiquée que sur une faible échelle, » ÿ

« D'ailleurs, l'immigration devint assez active et ne cessa, vers 1741, de grossir la population, tant de la Nouvelle- France que de la Louisiane. Chaque groupe d’émigrants ‘enu de France allait fonder un nouvel établissement ou simplement augmenter ceux qui existaient déjà. »

« Pendant que les Chicasaws, à l'instigation des Anglais, continuaient leurs hostilités entre l'Ohio et la rivière Yasou, les tribus situées au nord du grand tributaire du Mississipi entrelenaient des relations amicales avec les Français. C'est Pourquoi ces derniers s'établirent rapidement au sud des grands lacs, le long des cours d'eau qui coulent vers l'Érié et le Michigan, et fondèrent de nombreux comptoirs sur l'Ohio et ses tributaires. Les régions les plus éloignées du haut Mississipi et de ses aflluents de l'Ouest virent, à la mème époque, arriver un grand nombre de traiteurs et de voyageurs français. »

« La Nouvelle-Orléans, dès 1742, devint un port de commerce fréquenté par la France et les pays étrangers. Des cargaisons de farine, de viande fumée, de porc, de peaux, de cuir, de suif, d'huile d'ours et de bois de construction arrivaient régulièrement de tous les points de la colonie en cette ville, d'où elles étaient ensuite expédiées soit en France, soit aux Indes occidentales. En retournant, les bateaux de transport approvisionnaient les établissements de l'Illinois et du Wabash de riz, d'indigo, de tabac, de sucre, de coton et de marchandises européennes. Ainsi, les deux extrémités de la province se Pourvoyaient mutuellement des choses qui leur étaient nécessaires et se tenaient en constante communication. Des embarcations aux formes les plus variées, ; compris les simples pirogues, allaient chaque jour d’un point à l’autre, lourdement chargées des produits de ce pays nouveau en voie de développement. La grande route commerciale qui traversait et reliait entre elles des régions inimenses dix fois au moins plus grandes que la France, était le roi des fleuves et ses centaines de tributaires (1). »

M. de Labuissonnière, qui avait succédé à l'infortuné chevalier d'Artaguette, au fort de Chartres, fut remplacé. en 1951, par le chevalier Macarty et reçut un commandement dans un district de l'Ohio, où il se trouvait encore à !4 fin de la domination francaise.

En 1752, la population du bas ‘ssissipi s’accrut consi. dérablement par l'arrivée d'un grand nombre de colon: venus de la France ou des Antilles. L'esprit d'entreprise et

G@) MoxerTre,

l'industrie agricole eurent alors un regain d'activité qui, en développant les ressources de la contrée, augmen. a la richesse et le bien-être du peuple.

Déjà, à cette époque, les plantations, s'éloignant de plus en plus des rives du fleuve, s'étendaient sur une largeur de plus de vingt milles de chaque côté, et la Nouvelle-Orléans était le centre d’ue région agricole encore plus considérable, « Partout le sol était bien cultivé et presque entièrement protégé par des digues contre les inondations. Le riz, l'indigo, le maïs et le tabac étaient les principaux produits de celle section. Cependant, à partir de 1750, le coton commença à prendre de l'importance en Louisiane et même dans le sud de l'Illinois. Il est vrai que, à cause de la difliculté qu'on éprouvait pour le séparer de la graine, on ne le cullivait pas sur une grande échelle, comme on l'a fait depuis ; mais, chaque famille en récoltait une quantité suflisante pour les besoins domestiques.

La première tentative faite en Louisiane pour la culture de la canne à sucre est due à l'initiative des Jésuites. Ils établirent une petite plantation sur les bords du Mississipi, un peu au-dessus de la vieille cité de la Nouvelle-Orléans. et ils Y plantèrent des cannes importées de Saint-Domingue. Cet essai ayant parfaitement réussi, la nouvelle industrie se répandit rapidement dans tout le pays. Les débuts de cette culture furent timides et sous formes d'expériences ; mais, voyant les résultats obtenus, chacun s’enhardit et l'on finit par lui donner une importance considérable, En 1958, M. Dubreuil, un capitaliste entreprenant qui venait d'inventer une machine destinée à séparer la graine du coton, ouvrit une grande plantation de canne à sucre et fit construire la première raffinerie de la Louisiane.

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