LE PORT DE NEW-YORK DEVANT BATTERY PLACE
de la Nouvelle-Angleterre. Partout, les rives, fortement échancrées, n'offraient que l'aspect de la solitude et de la barbarie. C'est à peine si quelques rares bourgades indiquaient, de place en j:lace, que cette partie du Nouveau-Monde était habitée par des créatures humaines. Les bords de la Chartles-River (1), qui ne devaient s'éveiller qu'un siècle plus tard, ne semblent pas avoir attiré l'attention du capitaine de Francois Le. Il entrevit à distance les Montagnes Blanches du New-Hampshire, et ne tarda pas à évoluer au milieu des iles qui sont aux environs de Portland.
« Dans les pays des Almouchiquois, des Abénakis et des Etchemins, c'est-à-dire, dans le nord du Maine et dans le Nouveau-Brunswick, il trouva des hommes plus forts et plus rudes que ceu u'il avait rencontrés dans le midi. Ils ne voulaient per. «tre à aucun étranger de descendre à terre, et ils lancèrent des flèches contre les Français quand ceux-ci, armés, et au nombre de vingt-cinq, entrèrent dans la forèt pour visiter le pays. Verrazano termina sa course vers le nord près des côtes de Terreneuve, qui n'étaient plus à découvrir, « Cette terre, » dit-il, « fut reconnue par les Bretons dans les temps passés : elle est sous le cinquantième degré de latitude nord, »
Ce mémorable voyage accompli, au nom du roi de France, 32 ans après la découverte du Nouveau-Monde, placait, de droit, sous la domination de celui-ci, l'immense territoire où se trouve maintenant la république américaine. La nolitique et l'esprit d'entreprise de la race anglo-saxonne viendront plus tard moditier cet état de choses et remplacer le droit par la force ou le fait accompli. Toutefois, l'honneur d'une telle découverte, qui ne saurait s'escamoter comme la possession d'un pays, ni se modifier à volonté comme les frontières d'un territoire contesté, reste acquis à la France, et le nom de Verrazano, son noble envoyé, mérite de figurer dans l'histoire, à côté de ceux des Colomb, des Cabral, des Carteréal et des Cartier,
Ainsi, le pavillon européen qui, avant tous les autres, a flotté au gré de la brise dans les havres, dans les ports et sur les rives des États-Unis ; le premier qui fappa d'étonnement
(1) Où est maintenant Bston.
seine
les sauvages, ses antiques habitants, est le vieux et vénéré drapeau fleurdelisé !
{l'est à regretter que ce voyage du navigateur florentin n'ait pas, du moins, été suivi d’une tentative d'établissement, Les démèlés de François Ier et de Charles-Quint ne le permirent pas. Il dut s'écouler trois quarts de siècle avant que l'on vit reparaïtre des navires français dans les eaux américaines.
Le premier, en effet, qui vint reprendre, au nom de la Jl'rance, les explorations commencées par Verrazano, fut Samuel de Champlain, le futur fondateur de Québec.
Celui-ci fit trois voyages de découvertes le long des côtes de la Nouvelle-Angleterre : le Premier, en 1604, sur une potache de 17 à 18 tonneaux, avec douze matelots et deux Sauvages ; le second, en compagnie de M. de Monts, en 1605, et le troisième, sous les ordres de M. de Poutrincourt, en 1606.
La première expédition ne dura que quelques jours, du 2 septembre au 23 du mème mois ; el n'eut pour résultat que la visite de quelques iles sur les côtes du Maine (celle, entre autres, des monts Déserts), de l'embouchure de la rivière Pentag.et (Penobscot), où Champlain fit alliance avec les sauvages, et enfin de la rivière Kénébec, « où », dit-il, « il peut aborder de grands vaisseaux ».
Le deuxième Voyage eut lieu l'année suivante. durant la belle saison. Partis, le 12 juin, MM, de Monts et Champlain arrivèrent le 1°" juillet, à l'embouchure de la rivière Kénébec, et, le 5, à celle de la rivière Sheepscott, qu'ils remontèrent dans une légère embarcation, Le 8, ils Pénétraient dans la baie de Casco « où il Ya une quantité d'îles: et voit-on d'icelles de grandes Mmonlaignes à l'Ouest (1) ».
Après avoir côtoyé le rivage vers le sud, ils mouillérent « derrière un petit islet proche de la grande terre » , Où les indigènes les accueillirent très bien. « Nous vimes plus de 80 sauvages qui accourayent le long de la coste pour nous voir, dansant et faisant signe de la réjouisssance qu'ils en avaient. » Il yeut échange d'otages. Champlain et son compa-
1) Œuvres de Chatiplain.
gnon visitèrent ensuite cette ile dans laquelle il y avait « de beaux chesnes et noyers, la terre défrichée et force vignes, qui apportent de beaux raisins en leur saison ». C’est pourquoi ils lui donnèrent le nom d'ile Bacchus. Cette ile située vers ie nord de la baie de Saco ou Chouacouet est probablement celle :; ni +st indiquée sur les cartes anglaises sous les noms Ce /éichmcend ei Richman's island. De là, ils entrèrent dans la ivitre Saco, drat l'embouchure est à quelques milles de Biduefcr-d. Is y r: ncontrèrent des sauvages bien faits, la tète rasé. : l’exreption d'une touffe de cheveux qu'ils laissaient croitre très longs. « Ce sont des gens dispos, bien formés de leur corps : leurs armes sont piques, massues, arcs et flèches, au bout desquelles aucun met la queue d'un poisson appelé Signoc (1). »
Après avoir exploré l'entrée d'une baie qui doit être, d'après Williamson, la Aenebunk, les navigateurs français doublèrent, le 15 juillet, le cap Anne, que Champlain désigne sous le nom de cap aux Iles. Le 17, ils vinrent jeter l'ancre dans la baie de Boston, à unc lieue de la Pointe-Brandt, qui, en dépit de son peu d'élévation, fut appelée Cap S. Lors. « Plus en icelle baie », dit Champlain, « il y a une rivière fort spacieuse laquelle avons nommée la rivière du Gas, qui, à mon jugement, va rendre vers les Iroquois, nation qui a guerre ouverte avec les Montaignars qui sont en la grande rivière S. Lorans. » Champlainse trompait; cette rivière, Lien connue sous le nom de Charles-Rèiver, vient du Sud-Ouest, et non du pays des Iroquois. Les alentours de cette rivière, ou plutôt de la baie de Boston, étaient alors peuplés de nombreuses tribus sauvages qui v cultivaient le maïs, les citrouilles et le tabac.
Le ler: lemain, 18 juillet, ils dépassèrent la Pointe Brandt, suivirent une côte sablonneuse, et vinrent, à la demande des sauvages, tout près d'une petite rivière où la marée basse les empècha d'entrer. Ce lieu, que Champlain désigne sous le nom de port Saint-Louis, était Plymouth, où les émigrants du Marflower abordèrent 15 ans plus tard sous le nom de Pélerins.
{) C'est le poisson que les Américains désignent sous le nom de Horsr- Shoe, Fer-à-Cheval.
Ils n'y restèrent qu'un jour, et, le 19, ils doublèrent Je cap Cod « qui était d’une grande baie contenant de 18 à 19 lieues de circuit, où nous engoufrasmes tellement qu'il nous fallut mettre à l'autre bord pour le Cap qu'avions veu lequel nous nommasmes le cap Blanc ».
Le capitaine Gosnold, qui l'avait visité deux ans auparavant, l'appela cape Cod, à cause de la grande quantité de morues (cod) qu'on y avait prise. Cette dernière dénomination lui est restée.
Ce deuxième voyage se termina en un endroit de la presqu'ile connu maintenant sous le nom de havre de Nanset (Nanset Harbour). Un des matelots français y fut assassiné par les sauvages qui voulurent ainsi s'emparer d'une chaudière dont le malheureux se servait pour puiser de l'eau dans une rivière du voisinage.
La troisième expédition, qui eut lieu, en 1606, sous les ordres de Poutrincourt, mais dont Champlain tit partie, était destinée à reconnaitre les rives américaines jusqu'en Floride. Port-Royal en fut le point de départ. Seulement, à peine en mer, le navise sur lequel étaient montés les explorateurs fut assailli par une violente lempèle (1606), et jeté à la côte. On dut remettre le voyage à l'automne.
Au mois de septembre G), ils se rembarquèrent de noue veau, suivirent à peu près la route de l’année précédente, et reviren! les mêmes endroits. Le 21 septembre, ils étaient à Chouacouet (Gloucester),le 31 au Cap Saint-Loys,près de Boston, et le 1°: octobre dans une baie «où il y avait beaucoup d'huitres ».
Le petit navire, continuant sa route, alteignit, le ‘3 octobre, l'ile de Nantucket et jeta l'ancre dans une baie appelée le Port Fortuné, Deux malclots y furent massacrés par les sauvages de l'ile, plus Sanguinaires, semble-t-il, que ceux du continent : de là cette dénomination ironique de la baie qui fut le théâtre de cette sanglante tragédie,
Wartha’s Viney-ard reçut aussi la visite des Français quien relevèrent la latitude, 41933, et lui donnèrent le nom de ile Soupçonneuse.
Le 20 octobre, ils se rendirent à l'embouchure d'une L ‘tite rivière, qui est probablement celle qui se jette dans la baie de Papponesset. « Ce ue nous vimes de ces costes sont terres bassses et sablonneuses. »
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