‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 55 sur 73 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Quelques paroisses canadiennes, avant 1859, dans le Vermont, — Une requête des Canautens de Burlington. — Opposition irlandaise, == Modération des Canadiens. — La naraisse Saint-Joseph. — Un exemple contagieux. — Saint-François-Xavier de Winooski, — Générosité admirable des Canadiens de cette localité. — « Pour réussir avec les Canadiens, il faut leur donner des prêtres canadicns, » — Multiplication des congrégations canadiennes dans la Nouvelle-Angleterre, de 1869 à 1890. — Les obstacles surgissent et une opposition se forme, — Notre-Dame de Lourdes de Fall-River devient le point d'attaque. — Résistance invincible de cette paroisse. — Appel à Rome. — Décision du préfet de la Propagande. — Les eifets probables du Statu quo. — Tristes conséquences de l'assimilation à Grand-Rapids, Michigan. — La réponse de Rome, favorable, en somme, aux émigrants, ouvre une ère de prospérité à l'élément franco-américain,

A l'époque où Mer Gocsbriand adressait au clergé du Canada son chaleureux appel, il 4 avait déjà dans son diocèse quelques paroisses canadiennes. L'une, fondée, en 185, par l'abbé Joseph Quevillon, la paroisse Saint-Joseph de Burlington : une autre à peine naissante, Saint-F; ncois-Xavier de Winooski : une troisième établie à Swanton, en 1856, par le P. Clam, de sainte mémoire, et eclle de Notre-Dame-des- Victoires de Saint-Johnsbury .

L'établissement de la première paroisse canadienne permamente du Vermont et de la Nouvelle-Angleterre est dû à l'iniliative de l'abbé Mignault, curé de Chambly et vicaire général du diocèse de Boston, qui comprenait alors toute la Nouvelle-Angleterre, à l'exception du diocèse de Hartford. C'est lui qui, le 28 avril 1850, présida une assemblée de trois cents Canadiens réunis à Burlingte: pour demander à lévèque de Boston une église séparée. Une requête, rédigée séance lenante, se terminait par les considérants qui suivent :

«1° Qu'il est expédient d'avoir un temple pour y célébrer les offices divins, pour fe plus grand avantage de la congrégation francaise-canadienne.

« 2 Qu'un bon nombre parmi ceux, ignorant la langue anglaise, se trouvent génés, et pour mieux dire, incapables de re plir leurs devoi « religieux, dens une langue différente de la langue de leurs mères, la langue francaise. En conséquence, ils se voient obligés d'aviser aux moyens de se séparer de la congrégation des Irlandais, pour remplir plus facilement et plus avantageusement les devoirs que leur prescrit uotre sainte religion et notre sainte mère l'Église romaine. »

Toutefois, les choses n'allèrent pas si facilement qu'on aurait pu le supposer. La séparation des Canadiens de la congrégation irlandaise privait cette dernière d'un précieux support. Aussi, faisait-il peine «le laisser partir un groupe si considérable de familles qui, malgré leur ignorance de la langue d'Albion, contribuaient, pour leur quote-part, à l'entretien du culte.

Bref, les catholiques irlandais, pris tout à coup d'une affection extraordinaire pour les « French people », s'opposèrent de toutes leurs forces au cépart de nos compatriotes, considérés, dès celte époque, comme un champ d'exploitation. Hs protestérent contre ie projet d'une paroisse canadienne et réclamèren, le terrain :& le grand vicaire Mignault avait désigné l'emplacement du nouveau temple.

Ce coin de terre était pourtant bien aux Canadiens, puisqu'ils y avaient eu une chapelle quelques années auparavant, dans une première tentative de division qui avait duré de 1N35 à 1Nf5. D'ailleurs, n'avaient-ils pas contribué de leurs deniers aux constructions et à toutes les œuvres de la paroisse ii ndaise ?

L'évêque de Boston fut saisi de la chose et entendit le capitaine Tucker, un Américain converti, lui exposer la cause des Canadiens de Burlington. Celui-ci rapporta de Boston la permission de fonder une nouvelle paroisse, Quant au choix du terrain, l'évêque n'avait rien voulu décider.

« Qu'à cela ne tienne ! noussaurons nous en passer », dirent les séparatistes, et, dans une nouvelle assemblée tenue le 21 juillet 1850, il fut résolu que, « vu l'opposition des Irlandais de cette ville aux Canadiens de bâtir sur l’ancien terrain donné à la congrégation catholique romaine pour la bâtise d'une église, par le colonel Hyde, il était expédient, pour !: maintien de la paix entre les deux congrégations, de cédei

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ce droit, à la vérité bien dû, mais qui pouvait être plus tard un sujet de désordre et de scandale pour la religion et pour nos frères séparés ».

« En conséquence, il fallait viser aux moy ns d'acquérir un nouveau terrain pour y bâtir une église, »

Signé, Jos. QUuEvILLON, prètre.

(Extrait des registres de la paroisse Saint-Joseph.)

« Un peu en dehors de la ville, à mi-chemin entre Burlington et Winooski. où se trouvaient bon nombre de Canadiens, l'on acheta sur une colline un vaste terrain et l'on résolut d'y élever la nouvelle paroisse sous le vocable de Saint- Joseph, patron de la Nouvelle-France. »

La bénédiction de la nouvelle pierre eut lieu, le 22 août 1850, en présence de MM. J. Gravei, prètre, B.-J. Leclaie, Gédéon Huberdault, 4. Laroque, Jos. Quevillon et P.-M. Mignault, curé de Chambly et vicaire général de Boston, » (Extrait des registres.)

« Le premier juin 185r, l'église Saint-Joseph était bénite. Les Canadiens-Français prenaient possession de la première paroisse établie parmi eux dans la Nouvelle-Angleterre (1). »

Cette première victoire ouvrit les yeux aux Canadiens des autres localités, Ceux de Saint-Johnsbury, du mème diocèse, suivirent de près leurs compatriotes de Burlington. Dès 1858, ils avaient un curé résident, Fabbé S. Danielou. l'un des prêtres bretons venus au Vermont avec M£ de Goesbriand, une église et bientôt une école pour les garçons. Déjà Les Sœurs de la Merci ÿ avaient un couvent pour les filles,

Le R. P. Clam. l'un des prêtres les mieux connus et les plus vénérés de tout le Vermont, un autre Breton appartenant 4 une famille riche du Finistère, avait dressé sa tente deux ans auparavant (1856) dans le village de Swanton, au milieu des Canadiens qui s'y trouvaient en assez grand nombre. Il mit généreusement sa bourse au servis: des pauvres catholiques qui lui furent confiés. « Il fournit, en grezie partie, les fonds nécessaires pour bâtir une jolie église à Swanton. Après

l'église, vint le couvent. Le P. Clam donnait, donnait tou-

(1) Hamoxp, p. 16.

jours, et si libéralement qu’ fallut enfin tixer des limites à cette générosité qui ne voulait pas en connaitre (1). »

L'établissement de la paroisse de Saint-Francois-Xavier. qui eut lieu quelques années plus tard, fut marqué d'un évé. nement qui ouvrit les yeux de l'évèque de Burlington et mit en relief la générosité des pauvres émigrants canadiens. Je laisse la parole au P. Hamond : « Le 4 mars 1868, du haut de la colline de Saint-Joseph, Mer de Goesbriand montrait à M. Audet le village de Winooski : « Mon cher curé, lui dit il, voilà le champ d'action de vos travaux. J'ai loué une salle pour y dire la messe. J'y ai fait placer cent bancs, vous com. mencerez dimanche prochain. Faites de votre mieux, travail lez, débrouillez-vous. — Très-bien, Monseigneur, mais pou louer les banes, quel sera le tarif? — Mon tarif ? Mais je n'en ai pas: faites comme vous pourrez. Les Canadiens sont pauvres el peu donnants, vous le savez. Si vous pouve/ avoir $ 250, pour vos banes, ce scra très beau. Cela couvrir: à peu près le prix de la location et les frais du culte. En attendant, logez-vous à Févéché, »

« Le dimanche suivant, le jeune euré était au milieu de ses ouailles, La salle venant à peine d'être finie, l'on n'avait pas encore eu le temps d'enlever les barriques de plâtre et les boites à chaux qui avaient servi aux travaux. M. Audit prend une de ces boites, la dresse debout et pose en travers une planche propre, ce fut l'autel. Les chandeliers faisant défaut, il colle les chandelles sur la planche et la messe commence, La salle était comble, il v avait là plus de fo0 Canadiens. »

«À la fin de la messe, Monseigneur arriva, et jetant u: coup d'œil rapide sur l'installation. » — « C'est bien, mes enfants, voilà un bon commencement : prenez soin de votre curé, Dieu vous bénira. »

«Le temps était venu de frapper un grand coup, c'est-àdire de louer les bancs. Ce début devait avoir des résultat: importan!s, non seulement pour la paroisse nouvelle, maiaussi pour bon nombre d'autres centres, qui songeaient dèlors à se séparer. »

« Les Canadiens étaient-ils capables de fonder des parois

QG) Hamoxp, p. 199.

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ses à eux et de faire vivre leurs prêtres? Telle était la question qui allait se résoudre à Winooski, »

« M. Audet avait préparé d'avance tout son plan de bataille. La messe finie, il adresse à ses Canadiens une chaleureuse allocution, leur exposant la situation et les exhortant à faire leur devoir avec générosité, Puis, selon ses propres expressions, quand il les eut bien dans sa main et qu'il vit les yeux leur flamber dans la tète, il mit les bancs à l'enchère. Le résultat dépassa toutes les espérances ».

« Le soir, de retour à l'évêché, Monseigneur lui demanda : «Eh bien, Monsieur Audet, vos banes se sont-ils loués 00 piastres ? — Mieux que cela, Monseigneur. — Comment, mieux que cela? Avez-vous eu 300% — Encore mieux que cela, devinez. — Etes-vous allé à j où 500 piastres ? — Tenez, Monseigneur, reprit M Audet, regardez, et il lui montra un énorme rouleau de billets : mes bancs pour l'année sont loués 1.600 piastres, et voici le paiement du premier quartier. Vous le voyez, l'affaire marchera. »

« Le bon évèque n'en revenait pas de surprise et de joie : il dit au jeune prètre : « Mon cher curé, vous venez de mr'ap-

prendre un grand secret, c'est que pour réussir avec les Cu nadiens, faut leur donner des prêtres canadiens. »

Tel fut désormais le programme de l'évêque de Barlington. L'année suivante, il écrivit la lettre touchante dont nous avons parlé et s'en alla faire une campagne au Canada pour

recruter des prêtres.

À partir de cette époque, on voit surgir des paroisses canadiennes un peu partout dans la Nouvelle-Angleterre, Le tableau suivant indique le mouvement progressif des nouvelles copgrégalions franco-américaines

Annee Nombre de la Cure fondateur. de familles fondation, en Sort,

1868 Notre-Dame, Pittstield, Mas, Ant, Derbuel. 1869 Sacré-Cœur de Marie, East Rutland, Vt.. L. Gagnier.

Saint-Louis. l'airhaven Ver.

mont, »

Précicux-Sang. Holyoke. Was. A. Dufresne

Année de la fondation.

1869 Notre-Dame, Southbridge, Mass., » Saint-Joseph, Lowell, Mass.

» Saint François, Waterville.

Me, IN7o Notre-Dame-des-Canadiens, Worcester, Mass., » Saint-Louis, Webster, Mas., » Sainte-Anne, Fall-River, Mass.

1871 Saints-Anges, Saint-Albans, Vermont, » Notre-Dame du Sacré-Cœur, North Adams, Mass., » Notre-Dame-du - Mont-Car mel, Ware et Gilbertville, Mass.

» Saint-Denis, East Douglass et Manchaug, Mass., » Saint-Joseph, Haverhill, Wan., » Saint-Pierre, Lewiston, Mass.

1872 Saint-Amédée, ile Lamothe, Vermont, » N.-D.-de-Lourdes, Fall-River, Mass., » Saint-Jacques, Manville, Rhode-Island, » Sainte-Marie, Marlboro, Mass.

» saint-Joseph, Biddeford .

Maine. » Saint-Augustin, Manchester N.H.

» Saint-Louis - de-Gonzazue , Nashua, N. IH.

1873 Saint-Louis. Indian Orchard, Mass.

» Saint-Joseph, Springlield , Mass, » Précieux-Sang, Woonsoc ket.R. I, » Saint-Jean-Baptiste, Centreville, R.1..

» Sainte-Anne, Lawrence, Was.

» Saint-Joseph. Salem, Mass.

Nombre Curé fondateur. de familles en 1891.

NX. Lebreton, 69 Le P. Garin, O. M.I.

F. Picard, 690 J.-B. Primeau, 1.848 M. Cosson, 578

M. de Montaubricq, 1.26 G. Caissey, 416 Ch. Crevicr, 790 L. Gagnier, 400 L. Gagnier, 231 Le P. Garin, 802 P. Pévey, 1.850 Mgr Rapp. 18:

P. G. Bédard, 1.079 Rev. l'itzsimons, 391 Rev. Gouesse, 572 J. Ponsardin. 1.621 J. A. Chevalier, 1.021 Mgr H. Milette, 662 L. Gagnier, 471 L. Gagnier, 622 Ch. Dauray, 1.942 H. Sprurt, 709 Le P. Garin. 1.160 Mgr M. Harkins. 292

AUX ÉTATS-UNIS 291 Année Nombre nbre de la Curé fondateur. de familles nilles

fondation.

Saint-Jean-Baptiste, Suncook, N. H.,

Saint-Jean-Baptiste, Central Falls. R. I,

L'Étoile-de-la-Mer, New port.

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