CHAPITRE II
Les Huguenots français en Floride. — L'Amiral de Coligny. — Jean de Ribaut. — Établissement de Charles-Fort. — Abandon de ce for. — René de Laudonnière. — La rivière May et le fort Caroline. — Explorations, mutineries et souffrances. — Secours procurés généreusement par les Anglais à la colonie. — Laudonnière appareille pour la France. — Arrivée de Ribaut. — Massacre de la colonie par Menandez. — Terribles représailles pe e chevalier de Courges.
Non seulem : le territoire américain fut découvert par la France, mais il av : :core à ce pays la première entreprise de colonisation européenne qui y fut tentée.
La partie des États-Unis qui vit débarquer les premiers settlers de la race blanche est cette presqu'ile désignée par les Espagnols, à cause de sa luxuriante végétation, sous le nom de Floride.
Découverte en 1512 par Ponce de Léon, visitée plus tard par de Soto, Navaez et le Père dominicain Cancello, qui x mourut assassiné, la Floride resta inoccupée jusqu'à l’arrivée des Français. « Ce nom », dit Parkman, « tel que les Espagnols l'entendaient à cette époque, s’appliquait à toute la contrée comprise depuis l'Atlantique, à l'Est, jusqu'au Nouveau-Mexique à l'Ouest : puis du golfe du Mexique jusqu'aux régions indéfinies du nord de la mer Polaire. Cet immense territoire était réclamé par l'Espagne, en raison du triple droit des découvertes de Colomb, des concessions du Pape et des expéditions ci-dessus mentionnées. L’Angleterre y prétendait par les découvertes de Cabot, taudis que la France ne pouvait invoquer d’autres litres de possession que celui du voyage de Verrazano (1). »
La Floride avait vu disparaitre les Espagnols après la mort Je Mascoso, successeur de Soto, et 20 années s'étaient écoulées depuis lors, quand l’Amiral de Coligny songea à y envoyer une colonie de ses coreligionnaires. Son projet fut
(1) Pionniers français dans l'Amérique du Nord, p.57.
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approuvé par Charles IX, qui lui permit d'user, pour cette lin, de toute l'étendue du pouvoir que lui donnait sa charge. Bien que l’Amiral ne fit pas connaitre au roi son dessein de n'y établir que des huguenots, « il parut dans la suite que ce dernier n'gnorait point, et qu'il parut fort aise de voir que M. de Coligny n’employait à cette expédition que des calvinistes, parce que c'était autant d'ennemis dont il purgeait l'État (1) ».
Il s'embarqua à Dieppe, le 18 février 1562, et partit avec deux bâtiments, désignés alors sous le nom de roberges, qui différaient peu des caravelles espagnoles. Son équipage se composait d'hommes choisis et de volontaires, parmi lesquels il y avait quelques gentilshommes.
Le 30 avril, les deux petits navires arrivèrent en vue des côtes de la Floride par le 3o° degré de latitude, ils remontèrent vers le nord, entrèrent le premier de mai Cans une rivière qui fut appelée la rivière May, où les indigènes firent bon accueil aux explorateurs. Puis, suivant les rives de la presqu'ile dont les fleuves reçurent des noms français, tels que la Seine, la Garonne, la Loire, la Charente, etce., Ribaut vint entin jeter l'ancre à l'entrée de la rivière Sainte-Croix où il bâtit, dans une ile, un fort qu'il désigna sous le nom de Charles-Fort.
Il y laissa trente de ses compagnons sous le commandement de Charles de P'-rria, et retourna en France.
A cette époque primitive, la Floride était peuplée de nombreuses tribus indiennes qui vivaient sous le gouvernement de leurs caciques ou paraoustis. De mœurs assez douces, ces sauvages, adorateurs du Soleil, reçurent les Européens avec respect comme des êtres supérieurs et leur vinrent en aide en plus d'une occasion. Le pays, alors tout couvert d'épaisses forèts, renfermait les essences les plus varices . le pin, le chène, le noyer, le merisier, le mûrier, le lentisque, le latanier, le châtaignier, le cèdre, le cyprès, le laurier, le palmier, la vigne, et le sassafras dont les racines étaient un spécifique contre la malaria.
« Les animaux à quatre pieds les plus communs dans celte partie de la Floride », dit Charlevoix, « sont deux espèces de lions, le cerf, le chevreuil, ie bœuf, qui ne diffère
(1) Cuanre.oix : /listoire de la Nouvelle-France, LE p2r
en rien de ceux du Canada, le léopard, le daim, la loutre, Le castor, le loup, le lièvre, le lapin, le chat Sauvage, et le rat des bois... On Y voit partout la plupart de nos oiseaux de proie et de rivière aussi bien que les Perdrix, les tourtres, les ramiers, les cigognes, les poules d'Inde, les grands gofiers. quantité de Perroquets et divers petits oiseaux. Les rivières Y Sont remplies de ‘aimans, les ‘ampagnes el les bois, de serpents, surlout de ceux qu'on appelle serpents à sonneues. » L'historien de Ja Nouvelle-France donne aussi les détails les plus intéressants sur les usages et les coutumes des indigènes, leur culture phs sique et leur bravoure durant la zuerre,
Les hommes laissés par Ribaut à Charles-Fort échoutrent Misérablement dans leur tentative de colonisation où d'éta. blissement, 11; négligèrent d'ensemencer le sol, ne s'en laPportèrent qu'à la chasse et à la pêche pour les besoins de la vie : mais bientôt, pressés Par la famine, ils durent recourir à la générosité des sauvages. Finalement. déconragés par les Privations et les Soutfrances, après avoir mis à mort leur Commandant qui les äVail irrités Pal sa cruauté, ils se constrüisirent tant bien que mal un petit vaisseau dans lequel ils S'embarquèrent Pour la France, Ils Souffrirent la faim et la soif durant la lraversée, et en vinrent même à lucr un de leurs COMpagnons dont ils se Parlagèrent les chairs palpilantes,
Toutefois, l'Amiral Coligny, qui ignorail Le triste abandon de Charles-Fort. un moment retardé Par la guerre civile qui avait sévi en France, protita de la paix rétablie Pour ravitailler cet établissement. Charles IX lui accorda trois naviies dont le Commandement fut confié à un oflicier de marine du nom de René de Laudonnicre. qui reçut du roi 90.000 écus pour les frais de l'expédition. « On lui donna des ouvriers habiles dans tous les arts, qui Peuvent être de quelque utilité dans une colonie naissante, (Quantité de jeunes gens de famille et plusieurs gentilshommes voulurent faire ce voyage à leur dépens, et On Y joignit des détachements de soldats choisis dans de vieux corps. L'Amiral eut soin surtout qu'il n y eût pas de Catholiques dans cet armement (1). »
Q) CnaRLEs tx, P. 5o,
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