LES MARAIS DE LA FLORIDE
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Les trois navires firent voile du Havre-de-Grâce, le 22 avril 1564. Laudonnière aborda en Floride le 22 juin, et, après avoir jeté l'ancre à l'entrée de la rivière des Dauphins, il se rendit à la rivière May, où il trouva à son débarquement le paraousli Saturiova (1) avec un grand nombre de ses sujets.
Les sauvages le reconnurent, comme il avait fait purtie de l'expédition précédente, et le conduisirent à l'endroit cù, deux ans auparavant, M. de Ribant avait arboré les armes de France sur une colonne de pierre.
Il est probable que le commandant français connaissait alors l'{bandon du fort construit à l'embouchure de la rivière Sainte-Croix. Quoi qu'il en soit, charmé de la beauté du pays, persuadé par l'astucieux chef indien qu'il y avait, non loin de là, de riches mines d'or et d'argent, il se décida, après avoir délibéré avec son conseil, à faire ancrer ses navires dans l'entrée de la rivière et à jeter sur ses bords les fondations d'un établissement, qui reçut le nom de fort Caroline ou la Caroline, probablement en l'honneur de Charles IX.
« Cette forteresse », dit Charlevoix, « était de figure triangulaire : le côté de l'Occident, qui était celui de la terre, fut fermé d'une tranchée, bordée d'un parapet de gazon de la hauteur de neuf piecs : les deux autres avaient une palissade gabionnée ; et, à l'angle qui regardait la mer, il y avait un bastion, dans lequel était le magasin. Le tout était construit de fascines revêtues de gazon : le milieu était une place de 18 pieds en quarré, sur laquelle il y avait, vers le nord, une maison assez ha te, que les vents abattirent bientot : et, vers le midi, un corps de garde. Le four fut placé hors de l'enceinte de la citadelle, pour éviter les incendies, que les vents, qui sont si impétueux et si fréquents sur ces côtes, auraient rendu d'autant plus difliciles à arrèter, qu'on n'avait pu couvrir les baraques, où tout le monde ‘tait logé, que de feuilles de palmiers et de lataniers. »
Après avoir envoyé un de ses navire- en France pour y chercher du secours, Laudonnière fit explorer la rivière May par d'Crtigny, afin de s'assurer de l'existence des mines d'or dor.. lui avait parlé Saturiova. Mais les mines, but suprème
@) Celui-ci avait déjà voué une vive amitié à Ribaut lors de son premier voyage.
des setilers de cette époque, s'éloignaient, dit Charlevoix, au fur et à mesure qu'on les poursuivait, et d'Ortigny revint de son expédition avec quelques livres d'argent, sans avoir pu constater, néanmoins, le lieu de leur provenance.
Sur les entrefaites, Laudonnière, invité par Saturiova à se joindre à lui pour une expédition guerrière, eut le bon esprit de refuser. Il fit même remettre en liberté les prisonniers que le paraousli victorieux avait faits, et les renvoya à leur chef nommé T'imagoa, qui devint son allié.
L'état de la petite colonie n'en était pas moins très précaire en cette première année de son existence. Les hommes qui la composaient n'avaient nullement l'intention de se livrer à la culture du sol. Ils étaient venus en Amérique, pour la plupart, avec l'espoir d'y faire rapidement fortune, à l'exemple des Espagnols dont les galions ne cessaient, à celte époque, de transporter du Nouveau-Monde dans l'Ancien, des chargements de poudre ou de lingots d'or. Se voyant déçus dans leur attente, ils commencèrent à murmurer. [ls en vinrent à une sédition, et Laudonnière se vit contraint de renvoyer en France quelques-uns des plus mutins. Cette mesure de fermeté ne rendit pas la paix au fort Caroline : quelques-uns désertèrent, et près de la moitié des hommes se mirent en révolte ouverte contre leur commandant. Ils s'emparèrent de deux vaisseaux qui restaient à ce dernier et, après lui avoir fait signer, le poignard sous la gorge, une comn.ission qui les autorisait à aller faire des courses contre les Espagnols, ils mirent à la voile, laissant la petite colonie française dans l'état le plus précaire. Cette expédition, qui devait avoir les conséquences les plus désastreuses, échoua misérablement. Des deux vaisseaux rebelles et pirates à la fois, l'un disparut, et l'autre, après quelques succès, finit par Lomber aux mains des Espagnols. Vingt-cinq des mutins s’échappèrent sur une caravelle, capturée peu de temps auparavant, et revinrent au fort Caroline implorer leur pardon.
Laudonnière les accueillit et leur pardonna, après en avoir fait mettre à mort quatre, qui avaient été les organisaeurs du complot. Tels furent les événements de cette premitic année de la colonie française de la rivière May, en Floride.
L'année 1565 fut marquée par de nouvelles explorations
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sous la direction d'un oflicier du nom de Larocheferrivre. Celui-ci pénétra jusqu'à la chaine des Apalaches et fit alliance avec plusieurs paraoustis qui lui remirent de riches présents pour son commandant. Vers cette époque, Laudonnitre réussit à pacifier les tribus sauvages qui l'environnaient : il fortitia son fort r* approvisionna quelque peu ses magasins. Dans l'espoir de s'emparer des montagnes, où se trouvaient, pensait-il, des gisements aurifères, il se rendit aux pressantes sollicitations de l'un de sesalliés, Oudina, qui voulait porter la guerre chez ses ennemis. Il lui envoya, pour celte fin, 30 hommes du fort Caroline, Cette faible troupe, réunie aux 300 guerriers indiens alliés, rencontra l'armée de Potanou, l'ennemi d'Oudina, forte de plus de 2.000 hommes. Ceux-ci, loin d'être pris par surprise, étaient parfaitement préparés au combat.
Malgré leur infériorité numérique, les Francais et leurs alliés remportèrent une éclatante victoire, grâce aux armes européennes dont ils dispos tent. Toutefois, cette victoire fut sans résullat pratique: car Oudina ne voulut pas poursuivre les fuyards et s'empressa même de retraiter prudemment.
Après celle expédition peu fructueuse, les huguenots francais commencèrent à souffrir de la famine, parce que les sauvages refusaient de fournir des provisions ou ne consenaient à leur en vendre qu'à un prix exorbitant, Is durent recourir à la violence pour se procurer des vivres, et cette mesure de rigueur, peut-être légitimée par l'extrème nécessité, eut pour effet de les brouiller avec leurs plus fidèles alliés.
IS furent heureusement secourus par en officier anglais, Jean Hawkins, commandant de quatre vaisseaux qui arrivérent inopinément à l'embouchure de la rivière May. Voyant la déplorable condition des Français, ces malheureux en étaient rendus à se nourrir de racines, apprenant, surtout, qu'ils étaient de ia religion réformée, Hawkins s'empressa de leur procurer, à bonne condition, ce dont ils avaient besoin. Les sauvages, impressionnés par la bonne intelligence qui régnait entre les Français et les Anglais, devinrent plus humains :!, « soit crainte, soit intérét, ils se rapprochèrent et apporterent d2£= vivres de toute part (1). »
() CnarLEvoix.
Laudonnière, voyant les excellentes dispositions de l'honnète commandant anglais, finit par accepter l'offre que lui faisait celui-ci de lui vendre un de ses vaisseaux dont il pourrait se servir pour retourner en France.
Après le départ des Anglais, les Français, qui avaient maintenant un excellent navire, ne songèrent qu'au départ. Le fort Caroline fut en partie démoli, les préparatifs hâtés et, vers le 15 août 1565, on était sur le point d'appareiller, les ancres mèmes étaient levées, quand M. de Ribaut parut à la tôte d'une véritable flotte.
Le premier sentiment de joie éprouvé par les gens de Laudonnière ne tarda pas à se méler d'ét nnement et mème de crainte, quand ils virent qu'aucun sig e d'amitié ne leur était adressé par les arrivants, que leur barque envoyée pour les reconnaitre ne revenait pas, et que le lendemain, de nombreuses chaloupes remplies d'hommes de guerre s'avançaient en ordre de bataille vers le fort Caroline 6ù, dès la veille, ils s'étaient empressés de retourner.
Tout tinit par s'expliquer. Laudonnière avait été dénoncé gravement à la co1r de France : de là ces mesures agressives contre le commandant du fort Caroline à l'arrivée de Ribaut. Le prétendu coupable n'eut pas de peine à se disculper auprès de ce dernier qui avait toujours été son ami, et le “alme, l'espérance et la joie ne tardèrent pas à régner dans ce coin perdu de l'Amérique, qui devait être, quelques jours plus tard, le théâtre de la plus sanglante tragédie.
Après l'arrivée de Ribaut au fort Caroline, il ÿ avait en Floride, autant que nous pouvons en juger par le récit détaillé du P. Charlevoix, près de 1.100 Francais, dont un certain nombre de femmes et d'enfants. Sous l'habile direction de Ribaut, la colonie aurait pu se développer rapidement. Instruits par les épreuves des deux années précédentes, les colons se seraient appliqués, sans nul doute, au défrichement et à la culture du sol, et l'on peut présumer que la Floride tout entière et les régions environnantes seraient devenues très rapidement de belles et florissantes possessions francaises.
Malheureusement, la Providence en avait décidé autrement. Le »8 août, treize jours après l'arrivée de KRibaut, D. Pietro Menendez de Avilez, Adelantado de la Floride (ce
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