‹ Histoire de la race française aux États-Unis [microforme]Chapitre 63 sur 73 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'assimilation dans son sens le plus large. — Celle qui opère dans le domaine religieux. — Deux voix autorisées de l'épiscopat américain. — La pratique de l'Église américaine. — Interview par M. Paul Bourget. — Les vues de Mer Ireland. — Un danger réel à conjurer. — Les États-Unis devenus le rendez-vous des peuples de l'Europe. — Le rôle des Irlandais, — L'épiscopat leur revient de droit. — Campagne assimilatrice à l'école, à l'église. — Malaise qui en résulte. — Le prêtre canadien, un obstacle. — Système méthodiqu:: de persécution. — Le décret du 11 avril 1887. — Les eflets de ‘assimilation. — Désastres spirituels produits chez les Irlandais des États-Unis. — 20.000.000 d'apostasies en temps de paix. — Ce peuple admirable empoisonné par l'ambiance. — Les conséquences de l'anglicisation plus terribles encore pour les nôtres. — Les Canadiens de l'État de New-York et du Connecticut. Ce que pensent de l'assimilation les 500 prêtres canadiens des États-Unis. — Opinion de l’auteur. — De quel droit veut-on nous ravir notre langue ? — Crois et meurs. — Objection: rétntées. -— 11 est temps d'en finir. — Ce que nous voulons en somme.

Il nous est arrivé plusieurs fois de parler d'assimilation en termes défavorables dans le cours de cet ouvrage. Le temps est venu d'aborder franchement le problème qui s’y rattache.

Et d’abord, quel est, ici, aux États-Unis, le sens exact de cette expression ?

D'une manière générale, l'assimilation peut signifier l’action a! sorbante d'un groupe ethnique dominant sur des races étrangères en vue de les fondre et les fusionner peu à peu en un tout homogène.

C'est'ainsi que la grande république est considérée à bon droit comme un vaste creuset où s'élabore graduellement la race américaine de l'avenir.

Cette assim” ion qui procède sans violence, sans persécution, par la: e force des choses, nul ne la condamne, pas plus que l’on ne songe à se révolter contre le climat ou les conditions sociales d’un pays d'adoption. D'ailleurs, il novs est

toujours permis de nous en préserver ; car le seul engin d'assimilation dont l'autorité publique dispose aux États-Unis est l'école que tous les citoyens supportent également de leurs deniers. Quant au reste : pleine et entière liberté.

L’'électeur est tenu de lire l'anglais : voilà tout.

Les écoles libres, nullement prohibées, si l’on fait abstraction de l’impôt surérogatoire qu’elles nécessitent, permettent aux parents qui le désirent de soustraire leurs enfants à cette influence américanisatrice et de les faire élever comme bon leur semble.

Tout autre est l'assimilation particulière dont les Franco- Américains, les Polonais, ies Allemands, les Italiens, etc., ont à se plaindre. Celle-là a son siège dans une partie de l'Église américaine et opère, sous le couvert de la religion, par des méthodes oppressives ou, du moins, qui tendent à restreindre la liberté.

Son but est d'établir l’uniformiié de langue au milieu des catholiques des États-Unis. L'unité qui est l’un des caractères du catholicisme, est le mot que l’on invoque pour démontrer que, sans la fusion des races catholiques américaines, il ne peut y avoir que des fragments d' Église et non une grande et forte société de fideles qui imposera au pays tout entier le respect et l'admiration.

Atin de mettre nos lecteurs à même de saisir les tendances de cette école, car c'en est une, nous allons lui mettre sous les yeux les déclarations de deux des membres les plus éminents de l’épiscopat américain.

« La conduite générale de l'épiscopat, depuis le commencement, a été de prévenir les conflits provenant de la diversité des races, des langages et de l'éducation. Afin d'atteindre ce but, il se fit un effort pour réunir dans les mêmes églises les catholiques ne parlant pas l'anglais avec ceux de langue anglaise dont l'esprit était entièrement américain. Néanmoins, comme l'immigration augmentait, il devint urgent de nommer des prètres de mème origine que les fidèl: , familiers avec la langue et les coutumes de ces derniers. — C'est ainsi qu'il fallut en agir avec les Irlandais, les Allemands, les Francais et les Slaves. — L É glise de la Sainte-Trinité, érigée à Philadelphie pour les Allemands, en 1589, fut le premier pas dans celte voie, et, depuis lors, on a pourvu, en géné-

ral (1), aux besoins immédiats de ces populations étrangères par la nomination de prètres de mème nationalité, bien que la pratique générale de l'Église ait été de favoriser (2), autant que possible, l'usage de la langue anglaise (3). »

Cette déclaration, due sans doute à M#r Glennens, archevêque de Saint-Louis, qui cut la haute direction du recensement de 1906, ne laisse pas d'équivoque. L’épiscopat américain s’est, de tout temps. arrogé la mission d'unifier, en les anglicisant, les catholiques de races diverses soumis à sa juridiction. Ila bien fallu se plier aux circonstances, pourvoir aux besoins immédiats, mais temporaires, des groupes nationaux les plus considérables, en négligeant, par conséquent, ceux de moindre importanec : toutefois, tout cn cédant aux pressantes réclamations des populations étrangères (2?), la pratique (4) générale de l'Église américaine fut d'étendre autant que possible l'usage de la langue anglaise.

« Étendre l'usage de la langue anglaise. étendre. en réunissant dans les mêmes églises les catholiques ne parlant pas l'ang'ais avec ceux de langue anglaise dont l'esprit était entièrement américain. mais c’est de l'assimilation, il n'y a pas en douter. »

Un autre prélat des États-Unis, reconnu à juste titre comme l'un des organes attitrés de l'Église américaine, a cru devoir, dans une interview à M. Paul Bourget, exprimer son sentiment à ce sujet : « Cet immense pays est si neuf et si dépourvu de préjugé, et il éprouve de plus en plus le besoin de cet ordre dans l'unité, la marque propre de l'Église catholique. Le grand problème, pour que cette unité se manifeste, c'est qu'il y ait vraiment une Église catholique américainc et d'abord unité de langue. Les Allemands ont adressé une pétition à Rome pour obtenir qu'il y eût des évèques de langues différentes et dans un nombre proportionné à la langue des émigrants. »

« Or, sur des milliers de catholiques, plus de trois millions sont Allemands. Un tiers es évèques eût été allemand.

(en était fait de l'unité de notre Eglise. Heureusement, les

(à) Zn the main,

CE) Lo exlend.

G) leligious Bodies, vol. IH, p. Con.

(9) Policy,

AUX ÉTATS-UNIS 313 ‘res pélitionnaires ont mèlé la politique à leur demande. Ils ont | À que Ë insisté sur l'intérêt des puissances européennes à ce partage. # à ant C'était toucher au patriotisme des Américains qui se sont F ; inquiétés et nos avons vaincu... Or, beaucoup de nos fidèles he- sont des émigrants : des Allemands. des Polonais, ‘es Cana- | 1se- diens-Francais. Ils nous arrivent ne parlant que leur propre éri- : langue, et avec des prètres qui ne parlent, eux aussi, que les 3 celte langue. Le danger est réel. Si nous imposons l'anglais Le dic- 4 dans nos .'iocèses. ces prêtres risquen. d'être sans fidèles et aux ces fidèlcs sans prètres. Il faut pourtant forcer les uns et les aux | autres à l'apprendre, cet anglais, pour que notre église ne se eux disperse pas en une série de chapelles locales, et aussi pour res- que nous ne puissions pas être accusés d'être des étrangers ra- dans le pays (1). »

ant Celui que nous venons d'entendre est l'illustre archevèque de Saint-Paul, Mer Ireland.

éu- . Depuis que l’œuvre de la première heure a été accomplie pas aux États-Unis, l'Europe n'a cessé de déverser sur leurs Lait bords le trop-plein de sa population. On ÿ a vu arriver y a ; des millions d'Irlandais, ÆlAllemands, de Polonais, de Suédois, d'!‘'aliens, etc. Ces 1.ouveaux venus n'ont pas tardé me à bénéficier des travaux de leurs devanciers ct, après les dir, épreuves de l'acclimatation, ils se sont atlachs à leur pays ati- d'adoption au point de le considérer comme leur véritable si À patrie.

oin : De ces divers élémer . parlant toutes les langues, il s’est ho- formé un peuple plus homogène qu'on pourrait le croire par < Le, ses goûts, ses . piraions et son patriotisme. Seulement, par La inc une métamsrphose assezsingulitre, quelques-uns de ces améri- Inc cains de fraiche date sont devenus, en apparence, les inaitres an- ; du pays. Sous prétexte qu'ils parlaient ia langue qui y est en \ rue F usage, ils se sont arrogé, sur les autres races, une espèce de F monopole dans le domaine politico-religieux que ies vieux 5 ns : Américains eux-mêmes n'ont jamais eu la prétention il'exer- 1. É cer. A les entendre, les destinées du cstholicisme sont entre $ les ieurs mains. Ces ouvriers de la onzième heure réclament non :

seulement le denier de l'Évangile que personne ne leur refuse, mais la caisse tout entière. Aussi, bien que les catholiques

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