‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 1 sur 146 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Éfendre la Révolution ne suffisait pas, il fallait l'organiser : la Convention sut pourvoir à tout. Depuis longtemps déjà, le soin de préparer une constitution nouvelle avait été confié à une commission de neuf membres, dont Gondorcet faisait partie, et, après plusieurs mois de discussions savantes, cette commission avait présenté son projet.

e Gondorcet renfermait jusqu'à treize titres, sub- I

divisés en un très-grand nombre d'articles : l'ardente^ lutte engagée alors entre la Gironde et la Montagne fit ajourner l'examen d'un travail aussi considérable, mais sans le faire perdre de vue.

Condorcet, impatient, avait demandé la fixation d'un delà à l'expiration duquel une nouvelle Convention devait être convoquée, et la proposition, peu remarquée à Paris, avait été accueillie avec faveur dans* les départements : bientôt ce ne fut qu'un vœu, qu'un cri. Les esprits passionnés pour le culte de la justice se persuadaient volontiers que ses ennçims seraient invinciblement'confondus le jour où elle éclaterait ci

vives formules; et, quant aux âmes que tant de discordes avaient lassées, elles soupiraient après l'avènement de la loi, comme devant ouvrir l'ère de la réconciliation générale et du repos.

Les systèmes se produisirent donc à l'envi. Sur le terrain où les passions continuaient de se heurter avec fureur, les idées vinrent se ranger en bataille. Chacun avait son plan de régénération sociale à proposer. Varlet publia le sien, en présence et sous les auspices de l'Être suprême, reconnu l'auteur de toutes les créations. Dans ce travail qui témoignait à la fois et d'un grand désordre d'esprit, et de quelques aspirations élevées, le fougueux élu de l'Évèché avait mêlé le bien et le mal d'une manière étrange ; il y faisait dériver du droit individuel de conservation la légitimité de la peine de mort appliquée au meurtrier, théorie digne du moyen âge, pitoyable retour à un passé plein de sang; et, de la même plume, il écrivait ces maximes, qui allaient au delà de l'utopie de l'abbé de Saint-Pierre : « Les nations ne forment qu'une seule famille. — Il n'y a qu'un pouvoir, celui des nations souveraines. — Les autorités créées en sont des émanations, qui leur demeurent toujours subordonnées, etc., etc.... »

Il serait trop long de rendre compte de toutes les publications qu'enfanta ce mouvement des esprits ; qu'il nous suffise de rappeler, comme hommage au génie cosmopolite de la Révolution française, qu'on vit figurer dans la lice plus d'un étranger, et, notamment, l'Anglais George Edwards.

Une pareille préoccupation voulait être respectée; aussi la Gironde n'eut pas été plutôt vaincue, que les Montagnards s'empressèrent de reprendre le travail de la Constitution. Pour le mener à fin, on adjoignit'aux membres du Comité de salut public cinq membres, qui furent : Hérault de Séchelles, Ramel, Mathieu, Couthon, Saint-Just. Les commissaires désignés avaient sous les yeux le plan de Condorcet ; ils le refirent dans l'espace de quelques jours. Le Comité de salut public amenda, accepta leur œuvre en une seule séance, et, le 10 juin, Hérault de Séchelles la soumit aux délibérations de l'Assemblée.

Reconnaissance formelle du principe de la souveraineté du peuple;

Extension donnée aux élections populaires;

Égalité des droits politiques entre tous les citoyens;

Consécration des franchises de la pensée;

Unité du pouvoir législatif;

Renouvellement fréquent des fonctionnaires publics;

Éligibilité de tous à tous les emplois;

Rééligibilité indéfinie ;

Précautions contre l'abus de la force armée.

Tels étaient les points, o très-importants, sur lesquels le plan montagnard s'accordait avec le plan girondin qu'avait présenté Condorcet.

Mais il suffit de rapprocher les deux projets pour être frappé des différences.

Et d'abord, en ce qui touche la forme, le travail girondin est sec, quoique diffus, et surchargé de détails réglementaires. Pas un mot qui y réponde à un battement de cœur : c'est l'œuvre par excellence du Rationalisme.

Du plan montagnard, au contraire, on peut dire qu'il était tracé en style lapidaire, tant le caractère en est monumental! Et Sieyès fut autorisé, jusqu'à un certain point, à l'appeler une table des matières, tant la forme en est laconique ! Mais ce laconisme n'a rien d'aride. Qui ne reconnaîtrait la source où furent puisés des traits tels que ceux-ci : « Est admis à l'exercice des droits de citoyen français tout étranger qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'huma-

nité. — Est Français tout étranger qui, domicilié en France depuis une année, adopte un enfant ou nourrit un vieillard. — Il y a oppression contre le corps social quand un seul de ses membres est opprimé. ■ — Le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté. Il le refuse aux tyrans. » N'y a-t-il pas là quelque chose du souffle de Jean -Jacques? Et ces chaudes couleurs ne sont-elles pas empruntées à celle des deux philosophies du dix-huitième siècle qui était venue proclamer le règne du

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