CHAPITRE V
INSURRECTION DE LA FAIM
E V prairial (20 mai), une grande agitation se manifesta, de bonne heure, dans les faubourgs. Les rumeurs de la ville s'étaient changées en menaces. Des groupes se formaient çà et là. Femmes et enfants, des clochettes à la main, couraient de porte en porte, invitant les citoyens à se réunir. On parlait d'aller à la Convention, de lui demander du pain ; on se répandait en murmures sur ce que les ennemis de Robespierre ne l'avaient tué que pour affamer le peuple ; on se passait de main en main le dernier numéro du journal de Babeuf; le tocsin, sonné dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau , y éveillait mille échos lugubres ; quelques hommes audacieux se rassemblaient à l'Hôtel de Ville, brusquement envahi, et y constituaient un Comité insurrectionnel. Rientôt on lut sur tous les murs de la capitale un manifeste portant pour exergue ces mots :
RESPECT AUX PROPRIETES!
C'était un résumé énergique de tous les griefs du peuple contre les Thermidoriens et comme le programme de l'insurrection. En voici le texte :
« INSURRECTION DU PEUPLE POUR ORTENIR DU PAIN ET RECONQUÉRIR SES DROITS.
« Le Peuple, considérant que le Gouvernement le fait mou-
rir inhumainement de faim ; que ies promesses qu'il ne cesse i le sort infortuné de ceux que la famine entasse journellement de répéter sont trompeuses et mensongères; dans les tombeaux;
« Considérant que chaque citoyen se trouve réduit à envier | « Considérant que le Peuple se rend coupable envers lui-