UNE MATINEE CHEZ BARRAS
qu'ils étaient parvenus à mettre, selon le langage du temps, la proscription à l'ordre du jour? Il était un peu tard pour s'apercevoir que la liberté de la tribune est une condition sans laquelle il n'est pas d'assemblée délibérante possible !
II y aurait trop à dire s'il fallait relever tout ce qui prête à la critique dans la Constitution de l'an III. Mais ce qui est caractéristique, c'est qu'elle fut attaquée par les royalistes, non dans ce qu'elle avait de mauvais, mais, au contraire, dans ce qu'elle avait de bon. L'on en jugera par le passage suivant, résumé fidèle de leurs plaintes et de leurs anathèmes :
« Qu'est-ce donc que ce Directoire du pouvoir exécutif qui tiendra son existence du pouvoir législatif? Il sera donc son agent naturel ! Il ne lui manque plus que d'être à sa solde !
Si le Corps législatif est factieux ou , ce qui est la même chose quant à l'effet, l'esclave d'un parti factieux, le pouvoir sera donc le vil agent d'une législative détestable ! Dans cette hypothèse, très-naturelle, où la nation ira-t-elle chercher ses garanties? »
Ainsi, les royalistes trouvèrent monstrueux que, dans le corps politique, le bras dépendît de la tête! Et l'esprit de faction ne leur paraissait à craindre que dans les représentants du peuple!
Il est juste de reconnaître que les arguments des ennemis de la Révolution n'étaient pas sans tirer quelque force du drame qui se jouait alors sur la scène politique. Mallet du Pan ne consultait certainement que sa haine et ne parlait que le langage plein de fiel de l'esprit de parti, lorsqu'il disait des vainqueurs de Robespierre : « Ce sont des valets qui
ont pris le sceptre de leurs maîtres , après les avoir assassinés. » Mais il est certain que la Convention donnait au monde, depuis quelques mois, un spectacle peu fait pour recommander à l'admiration des hommes le gouvernement des assemblées. L'occasion parut admirable aux royalistes pour l'aire un essai hardi de leurs forces : le chapitre suivant dira le résultat de cette tentative.