‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 29 sur 146 · SIMON · texte numérisé non relu

SIMON

nés si vous ne voyez pas ma signature avec celle de mes collègues. Merlin (de Thionville). ». . Les mots: «J'ai protégé tes propriétés et ta femme » indiquent de reste que la ville de Montaigu fut livrée au pillage, Pour l'empêcher, le généreux Kléber avait prié Beysser de faire battre la générale . elle fut battue, en effet, mais deux heures trop tard.... L'armée, avançant toujours, atteignit Clisson le 17. Là il (ut convenu que la colonne de droite, sous les ordres de

Beysser, se porterait à Tiffanges, et que l'avant-garde, sous les ordres de Kléber, marcherait sur Torfou, d'où elle pourrait, par le pont de Tiffanges, communiquer avec la colonne de droite. Ces dispositions prises , Canclaux fit halte, attendant des nouvelles de Rossignol.

Tel se présente à l'historien impartial le mouvement des Mayençais. Il ne cadrait pas, on le voit, avec les prévisions du plan de campagne; car l'aimée des eûtes de Brest aurait

dû être devant Mortagne le 16, et elle n'était encore qu'à

Clisson le 17.

Que faisait, pendant ce temps, l'année des côtes de la Rochelle? La nouvelle de l'échec de la division de Luçon à Chantonnay avait avec raison alarmé Rossignol, cet échec étant de nature à laisser, par la désorganisation d'une des colonnes d'attaque, un vide dangereux entre la division des Sables et celle de Niort, ce qui suffisait pour tout remettre en question.

On était dans cette incertitude, lorsque, le 14 septembre, la division de Saumur, qui n'avait pas dépassé Doué, y fut attaquée par une masse nombreuse de Vendéens que conduisaient le prince de Talmont, d'Autichamp et Stofflet. Les républicains étaient au nombre de sept mi' e combattants, dont cinq cents hommes de cavalerie, plus six mille hommes de la levée en masse, qu'on avait rejetés sur les derrières, parce qu'ils n'étaient armés que de piques, et menaçaient d'être un embarras plutôt qu'une force. Ce fut le général Dembarrère, officier attaché à l'arme du génie, qui fit les dispositions et forma la ligne. Les Vendéens furent repousses, mis en déroute et poursuivis jusqu'à plus de trois lieues par la cavalerie républicaine, qui en fit un grand carnage.

Le même jour, Lescure courait attaquer les républicains à T 'îouars, et cela sans plus de succès.

Là périt, au plus fort de la mêlée, où elle se précipitait en furieuse, une jeune paysanne de Courlay, nommée Jeanne Robin. Elle passait, parmi les bleus, pour une sœur de Lescure, et les Vendéens la regardaient comme leur Jeanne Darc. Vêtue d'une de ces vestes de siamoise qu'on distribuait aux soldats, elle combattit à Thouars, avec une fougue qui 'tenait du délire. A côté de Lescure, elle lui criait: «Mon général, vous ne me passerez pas ; je serai toujours plus près des bleus que vous.» Et Jeanne Robin ne fut pas la seule qui représenta son sexe dans cette guerre étrange. D'Elbée avait parmi les tambours de son armée une petite fille de treize ans, qui se fit tuer au combat de Luçon. Dans la division de Joly, une belle femme de trente ans, Mme de Reauglie commandait une compagnie qui était à sa solde. Quelquefois le courage des femmes vendéennes n'était pas sans un mélange de férocité : témoin cette paysanne qui, ayant rencontré son oncle à la tête d'une compagnie républicaine, se vantait « de lui avoir coupé le cou sans qu'on l'eût vu souffler. » Elle se nommait Renée Rordereau, avait reçu le surnom de Y Angevin, et, s'il en faut croire son propre témoignage, il lui était arrivé, dans un engagement aux Ponlsde-Gé, de tuer, à elle seule, vingt et un bleus à coups de sabre.

Les attaques de Doué et de Tbouars encouragèrent Rossignol à se porter en avant. Ne pouvant juger que par conjectures de la véritable situation des colonnes qui agissaient dans l'Ouest, | arce que, pour connaître leurs mouvements, il fallait faire un circuit de plus de cent lieues, il crut que la double attaque de Doué et de Thouars n'était qu'une suite de leurs progrès, qui refoulaient vers lui l'ennemi; et il donna l'ordre d'avancer au général Sanlerre, qui commandait la division de Saumur, et au général Duhoux, qui commandait celle d'Angers.

Mais, en même temps, et par une inconséquence trop absurde pour avoir été autre chose qu'un malentendu, l'ordre de rétrograder était envoyé à Glialbos, qui, avec la division de Niort, avait atteint déjà la Châtaigneraie, prêt à appuyer le mouvement. Cet ordre, daté du 16 septembre, parvint à Glialbos le 17, fut exécuté par lui le 18, et transmis le 20 à

Mieszkouski, lequel, de son côté, à la tête de la division des Sables, occupait à Saint-Fulgent le poste indiqué dans le plan de campagne.

Que l'ordre du 16 ait émané de Ronsin, qui se serait indûment servi, en cette occasion, du nom du général en chef, tout contribue à rendre cette supposition probable, sans qu'il soit permis de rien affirmer à cet égard. Mais ce qui est certain, c'est que, plus tard, à la tribune de la Convention, Ghoudieu nia formellement que Rossignol eût donn.'1 cet ordre, qu'il qualifia de malentendu. Il est certain, d'autre part, que dès que Rossignol eut connaissance du fait, il s'empressa de prévenir Chalbos qu'il eût à reprendre ?a position en toute hâte, ce que celui-ci se trouvait avoir fait le 20.

Ainsi le mal fut réparé aussi vite que signalé, et presque du jour au lendemain. Il est vrai que, du 18 au 20, les républicains essuyèrent trois défaites sur divers points du théâtre de la guerre; mais, comme on va le voir, aucun de ces revers ne naquit du faux mouvement ordonné à Glialbos.

Nous avons dit que Rossignol avait donné ordre à la division de Saumur de se porter en avant : arrivée à Vihiers le 17 septembre, elle passa la nuit au bivac. Les avant-postes étaient placés à une hauteur appelée la Grille des hommes, à un quart de lieue de Coron, bourg situé dans un fond et traversé par une longue rue fort étroite. Le 18, on annonce l'approche des Vendéens. Us étaient au nombre d'environ douze mille et conduits par Piron, les principaux généraux de la grande armée vendéenne étant alors occupés ailleurs, ou blessés. Quant aux républicains, ils formaient un corps d'environ dix sept mille hommes, dont sept mille seulement de troupes réglées; le reste, fourni par la levée en masse, se composait de volontaires mal armés, sans aucune notion de discipline, et qui allaient au feu pour la première fois. On marche sur Coron, que les rebelles occupaient, et où les représentants du peuple Ghoudieu et Richard entrent les premiers, le sabre à la main, ayant Ronsin à leurs côtés. Le gros de l'armée ennemie était en bataille sur la hauteur du bois de la Roche. L'avant-garde des républicains, chassant les rebelles devant elle, occupe Coron, envoie des tirailleurs à droite et à gauche, et fait demander de l'artillerie légère à Santerre, resté à la Grille des hommes avec le corps d'armée. L'ordre fut mal exécuté ou mal compris, et l'artillerie tout entière s'achemina vers Coron. Déjà huit pièces de canon et autant de caissons se trouvaient enfournés dans l'étroite rue : Santerre accourt précipitamment et donne ordre de les retirer ; mais Ronsin, furieux : « Comment ! tu ordonnes la retraite 1 Mourons ici! » Pendant ce temps, les tirailleurs ennemis ont repoussé ceux des bleus, et les bataillons qui s'étaient déployés en avant de Coron, avec une seule pièce d'artillerie légère et deux obusiers, commencent à lâcher pied. Santerre faù replier l'avant-garde sur le corps d'armée, (fui n'avait pas quitté les hauteurs de la Grille. Les Ven déens arrivaient à la course en criant: Vive Piron! Les avant-trains des pièces si malencontreusement engagées s'étaienl brisés en tournant dans les rues du village Le désordre se met dans la colonne; le cheval de Turreau se renverse et roule sur son cavalier; Ghoudieu et Richard, entrés les premiers dans Coron, n'en sortent que les derniers, mais en sortent, et Ronsin lui-même est entraîné dans le mouvement de la retraite. De son côté, le corps d'armée, composé d'hommes novices au métier de la guerre, croit à une déroute complète en voyant l'avant-garde se replier. Les rangs flottent et se rompent; la panique se répand de proche en proche....

LA VENDEE VAINCUE

C'est vainement, qu'un drapeau à la main, Ronsin cherche à rallier les troupes : tout fuit.

Piron, vainqueur, se hâta d'envoyer une partie de son infanterie et toute sa cavalerie au chevalier Duhoux, qui, en ce moment, tenait tête à la division républicaine d'Angers, commandée par son oncle. Nouveau combat sur les hauteurs de Beaulieu, nouvelle victoire des Vendéens. Le général républicain Duhoux, injustement soupçonné d'avoir eu des intelligences avec son neveu, perdit toute son artillerie et fut poursuivi jusqu'aux Ponts- de Gé.

Or, ce jour- là même, 19 septembre, l'armée de Mayence éprouvait, sur un autre point, un revers presque semblable.

Nous avons laissé les Mayençais de Kléber marchant sur Torfou, et Beysser recevant l'ordre de se diriger sur Tiffanges, de telle sorte que les deux colonnes se donnassent la main, chose d'autant plus nécessaire, que Kléber n'avait pas à sa disposition au delà de deux mille hommes. Les Vendéens, renseignés par un officier et deux sous-officiers de l'armée de Mayence, qui s'étaient rendus au château de la Boulaye déguisés en paysans, rassemblent leurs forces à Ghollet, d'où ils partent pour aller à la rencontre des Mayençais, sous la conduite de Gharette et de Lescure. Quand Kléber arriva, l'avant-garde ennemie , composée de quinze mille hommes , occupait Torfou , poste que semblait rendre inexpugnable sa situation sur une hauteur qui barre un chemin creux, avec fossés, haies, buissons alentour, et un bois en face et sur les flancs. Le poste fut emporté néanmoins, et déjà les soldats de Gharette fuyaient en désordre, lorsque, mettant pied à terre, Lescure s'écrie : « Y a-t-il quatre cents braves pour venir mourir avec moi? — Oui, monsieur le marquis, » répondent les gens de la paroisse des Échaubroignes ; et le combat recommence. Bientôt un grand nombre d'habits gris-bleu sont aperçus mêlés aux habits bruns dont les soldats de Gharette étaient vêtus : c'était la division Bonchamp qui venait prendre place dans la bataille. Bonchamp, une carabine à la main, charge à la tête des compagnies bretonnes, mais sans pouvoir ébranler la ligne d'airain des Mayençais. Tout à coup une vive fusillade est entendue sur les derrières de l'armée républicaine , et un cri s'élève : « Nous sommes coupés ! » Tous les yeux se dirigent vers le même point ; et, en effet, l'armée courait risque d'être enveloppée, parce que les fuyards vendéens, que l'arrivée de Bonchamp venait de rallier, avaient pris par la gauche, se glissant le long des buissons et favorisés par la configuration de cette partie du Bocage, plus couverte et plus inégale qu'aucune autre. Kléber avait reçu un coup de feu au commencement, de l'action, et n'en avait pas moins continué d'animer les siens de ses regards intrépides. Il fallut reculer, cependant ; mais c'est ce qu'ils ne firent qu'en présentant un front terrible. Trois fois la cavalerie vendéenne fond sur les Mayençais, et trois fois elle est repoussée à la baïonnette par ces soldats aguerris, qui ne cèdent le terrain que pied à pied et en faisant des feux de file semblables au roulement du tambour. Néanmoins la masse dont ils avaient •à soutenir le choc devenait si considérable, qu'ils eussent été détruits peut être, sans le dévouement de Ghevardin, chef de bataillon des chasseurs de Saône -et-Loire, chargé de couvrir la retraite. Kléber lui avait dit ces simples mots : « Tu pourras être tué, mais tu sauveras tes camarades. » Ghevardin ne répondit rien, sauva ses camarades et se fil tuer. En arrêtant l'ennemi, il avait donné le temps à Aubert Dubayet et à Vimeux d'accourir avec un renfort de troupes fraîches, qui empêcha les Vendéens d'aller plus loin.

Kléber, demandant, ce qu'était devenu Beysser, apprit que ce général avait cru devoir attendre un second ordre pour se

mettre en marche. « Ainsi, dit Kléber dans ses notes, j'ai eu à combattre seul, avec deux mille hommes, une ligne dont la gauche s'appuyait à Tiffanges et se grossissait continuellement, tandis que sa droite se prolongeait au delà de Torfou. D'où il résulte que Kléber attribuait l'échec de Torfou à la, négligence de Beysser, et point du tout au mouvement de retraite exécuté par Ghalbos le 18.

Le fait est que Beysser était alors fort tranquille à Montaigu, où, le lendemain du combat de Torfou, Charette et Lescure coururent le surprendre. Il était à table quand on vint lui annoncer que l'ennemi paraissait. Il crut que c'était un renfort, et ne se mit en défense que trop tard. La ville fut prise, et les Vendéens y passèrent impitoyablement tous les prisonniers au fil de l'épée.

Une attaque victorieuse, dirigée, le 23, par Charette et Lescure contre la division des Sables, commandée, à Saint-Fulgent, par Mieszkouski, fut la conséquence et le complément de ces succès. A l'affaire de Saint-Fulgent, un Suisse, nommé Rynks, qui combattait dans les rangs vendéens, se fit remarquer par son sang-froid moqueur. Il avait tiré un flageolet de sa poche, et, pendant qu'on chargeait les républicains, lui, jouait l'air de Ça ira. Un boulet emporte la tête de son cheval, il se relève et continue. La division des Sables rétrograda jusqu'à Chantonnay , et sa retraite entraîna celle de la division de Luçon, qui, promptement réorganisée après l'échec de Lecomte, était venue, sous les ordres du général Beffroy, occuper le poste que lui assignait le plan d'opérations convenu.

Toutes les combinaisons se trouvant de la sorte déconcertées, Ganclaux n'avait plus qu'à se replier sur Nantes, ce qu'il fit sans beaucoup d'obstacles, la mésintelligence s'étant mise parmi les généraux vendéens, et Gharette, dont les chefs du haut Poitou n'avaient point assez ménagé le caractère irritable, songeant déjà à se retirer dans ses cantonnements deLégé, comme un loup dans son repaire.

Pour les républicains, la campagne était manqnée. A qui la faute? Il y eut à cet égard échange amer de récriminations. Et toutefois ceux du parti de Nantes parurent d'abord disposés à accepter humblement leur part de responsabilité. Car Ghoudieu et Richard leur ayant écrit, au sujet des défaites de Coron et de Beaulieu : « Ce que nous avions prévu vient malheureusement d'arriver : deux de nos colonnes ont été battues; » eux répondirent : « Nous devons convenir de bonne foi qu'on nous a étrangement trompés jusqu'à présent sur le nombre, la position et les moyens des rebelles. » Il est à remarquer que cette réponse était datée de Clisson, 22 septembre, après l'échec de Torfou. Donc, à ce moment, loin d'attribuer leurs revers à la mauvaise volonté ou à la trahison du parti de Saumur, le parti de Nantes n'imputait ces revers qu'à sa trop grande confiance, qu'à ce qu'on l'avait trompé sur les forces réelles de l'ennemi. Mais ce loyal aveu ne tarda pas à faire place à un déluge d'accusations iniques, en partie provoquées par Ronsin, et dues en partie à l'humeur violente de Philippeaux.

Non content de tonner contre le vice du plan de campagne, Ronsin courut à Paris se plaindre de manœuvres qui n'avaient existé que dans le noir roman de ses colères; et cela, tandis que ses amis poursuivaient de leurs sarcasmes ce que, par un quolibet aussi grossier qu'injuste, ils appelaient l'armée de Faïence.

De son côté, Philippeaux écumait. Il avait affirmé très-imprudemment que, si l'on adoptait son projet, la guerre ne durerait pas un mois ; et, furieux du démenti que venait de lui donner l'événement, il était poussé par son intérêt non

moins que par ses passions à rvjeter tout le mal sur ses adversaires de Saumur. Une lettre véhémente, dans laquelle il accusait de « perfidie caractérisée, » sinon Rossignol, au moins Ronsin, servit de prélude à ses attaques De la même plume qui avait tracé les paisibles lignes d'un catéchisme à l'usage des cœurs à la fois religieux et républicains, il laissa tomber, contre Rossignol et Ronsin, un acte d'accusation plein de haine, de légèreté, d'injustice et d'emportement.

Il affirma que, depuis la nomination de Rossignol, son armée avait toujours été battue, ce qui était faux, puisqu'elle avait été victorieuse à Doué et à Thouars

Il prétendit que, les munitions destinées à l'armée de Nantes ayant été arrêtées à Tours et à Saumur, elle s'était trouvée sans un seul habit; et lui-même, le 30 août, avait été témoin, à Tours, de la distribution de plus de douze mille habits, il ('livrés aux Mayençais.

Il donna à entendre que, le 15 septembre, l'armée de Canclaux était à la hauteur où la jonction devait s'opérer; et, loin d'être arrivée, le 15, devant Mortagne, cette armée, le 17, n'était encore qu'à Clisson.

Il dénonça comme une trahison l'ordre de rétrograder envoyé à Ghalbos, sans dire que cet ordre avait été précédé et probablement déterminé par l'alarmante nouvelle de l'échec de Lecomte à Ghantonnay, et sans ajouter qu'il y avait eu contre-ordre immédiat : circonstance impossible à concilier avec l'idée d'un calcul perfide.

Il attribua au mouvement de retraite de Ghalbos la défaite de Torfou, qui, d'après Kléber lui-même, ne fut due qu'à la mauvaise volonté de Beysser.

Il alla jusqu'à faire résulter en partie de ce mouvement, qui eut lieu le 18, la défaite de Coron, essuyée dans la matinée du 18, à quarante lieues de distance!

Il signala comme monstrueux le fait qu'à Coron quatrevingt-dix mille soldats républicains avaient été mis en déroute par trois mille brigands; et, suivant le bulletin même des rebelles, si fort intéressés à enfler leur succès, l'armée républicaine, en cette occasion, avait eu à opposer à cinq mille Vendéens huit mille hommes de troupes réglées seulement et vingt mille hommes de la levée en masse, foule confuse, mal armée ou sans armes.

Il assura, sur ouï-dire, qu'à Coron l'on avait trouvé Ronsin « caché,, comme un lâche coquin, dans une étable ; » tandiN que, au contraire, Ronsin avait déployé une bravoure extraordinaire, selon le témoignage de ceux qui, comme Choudieu, avaient combattu à ses côtés.

Ainsi du reste

Malheureusement pour Philippeaux , Rossignol avait dans les Jacobins des juges auxquels il pouvait avec confiance soumettre sa cause ; et déjà, dans leur séance du i 1 septembre, ils s'étaient si vivement prononcés en sa faveur, que Bourdon (de l'Oise), son ennemi, eût été, ce jour- là, rayé de la liste des membres, sans l'intervention à la fois protectrice et dédaigneuse de Robespierre.

Au surplus, en attendant que la lumière jaillît du choc des affirmations contraires, une chose ressortait clairement de ces querelles . la nécessité d'introduire enfin l'unité dans le commandement. C'est ce que le Comité de salut public comprit, et il résolut, très-sagement, de remplacer par un seul chef et Rossignol et Ganclaux.

Ce dernier, à peine de retour à Nantes, avait songé à reprendre l'offensive : il communiqua son plan à Rossignol, qui, prêt à le seconder, convoqua un conseil de guerre à Saumur, le 2 octobre Là il fut arrêté que, tandis que l'armée Mayence reprendrait la route de Mortagn?, les divisions

commandées par Chalbos, Santerre et Rey partiraient, l'une de la Châtaigneraie, l'autre de Doué, et la troisième de Thouars, pour marcher sur Bressuire, de manière à y opérer leur jonc • tion le 7, et pousser de là droit à Ghâtillon. Quant aux divisions de Luçon et des Sables, on décida qu'elles continueraient jusqu'à nouvel ordre de couvrir ces deux villes.

Le mouvement prescrit s'exécuta sans difficulté jusqu'à Bressuire, où Santerre et Rey quittèrent l'armée, le premier ayant été appelé à Orléans, et le second suspendu.

De son côté, l'armée de Mayence, partie de Nantes, se dirigeait sur Tiô'anges. Arrivée le 6 octobre, à la hauteur du village des Treize-Septiers, près de Saint-Symphorien, l'avant-garde, conduite par Kléber et composée de quatre mille hommes, y rencontre l'armée de d'Elbée et de Bonchamp au nombre d'environ trente-cinq mille hommes. Kléber, impatient de venger l'échec de Torfou, avait pris son parti de rester sur le champ de bataille, vainqueur ou mort. Entendant ses soldats dire qu'ils n'avaient pas de canons : « Eh bien ! s'écrie-t-il, allons chercher ensemble ceux que nous avons perdus à Torfou ! » Les soldats répondent : Bravo ! et courent sur l'ennemi, qu'ils mettent en déroute

L'armée était encore dans toute la joie de sa victoire, lorsque arrivèrent les dépêches qui notifiaient le rappel de Canclaux, Grouchy et Dubayet. Une grande tristesse se répandit dans le camp. Kléber fut particulièrement affecté de ce rappel, qui, dans Dubayet, frappait un de ses amis les plus chers. Philippeaux était hors de lui. Pour ce qui est des généraux que la mesure atteignait, ils obéirent sans murmure. Rien de plus noble et de plus touchant que le langage de Ganclaux en cette occasion : « Je me retire, écrivit-il aux représentants du peuple, avec la soumission d'un républicain qui ne sert sa patrie que quand et comme elle veut être servie. »

Rossignol ne montra pas moins de résignation . seulement elle était moins méritoire de sa part, puisqu'on ne frisait que le déplacer.

Le nouveau général sous lequel les deux armées rivales allaient se trouver réunies désormais avec le nom d'armée de 1 Ouest était un ancien maître d'armes de Saintes, nommé l'Echelle. Son aversion trop peu dissimulée pour les Mayençais et l'humiliation que des guerriers tels que Kléber du-' rent éprouver en se voyant préférer un inconnu dont l'élévation n'était due qu'à un jacobinisme exalté, rendent suspect d'exagération le jugement que, dans une note de ses Mémoires, Kléber porte de l'Échelle. Qu'il ait été «le plus lâche des soldats, le plus mauvais des officiers et le plus ignorant des chefs, » c'est ce qu'il est difficile de concilier avec le témoignage qui lui fut publiquement rendu, après sa mort, par des hommes placés à côté de lui pour le surveiller. En tout cas, il eut le mérite de ne pas déranger les plans d'esprits qui lui étaient supérieurs, et de laisser la direction des opérations à Kléber, qui avait été appelé par Merlin (de Thionville) et Turreau à prendre le commandement provisoire de l'armée de Mayence.

Pendant ce temps, Ghalbos était sur la route de Bressuire à Ghâtillon. Lescure, la Rochejaquelein et Stofflet s'étanl avancés à sa rencontre, le combat s'engagea le 9 octobre, au Moulin-aux- Chèvres, et la victoire resta aux bleus. Stofflet et le chevalier de Beauvolliers furent au moment d'être faits prisonniers Enveloppés dans un chemin creux, ils n'échappèrent qu'en se mettant debout sur la selle de leurs dievaux et en sautant par-dessus la haie. Deux autres chefs vendéens, Beaurepaire et Théronneau, eurent recours à un expédient bien plus singulier encore : se trouvant engagés au

LA VENDÉE VAINCUE

milieu des hussards républicains, ils se joignent à eux dans la confusion du combat, chargent leurs propres troupes, et s'enfuient en ayant l'air de poursuivre.

Chalbos continua sa route vers Cbàtillon, où les Vendéens n'osèrent pas l'attendre et où il prit poste le lendemain du combat du Moulin-aux- Chèvres. Il avait parmi ses généraux de brigade Westermann, qui, après avoir comparu successivement devant le Comité militaire, devant le Comité de salut public, et à la barre de la Convention, avait été renvoyé devant le tribunal de Niort, jugé, acquitté, et enfin rendu ta ses fonctions militaires. Or Westermann brûlait de relever sa

réputation par quelque coup d'éclat. Le 11, du consentement de Chalbos, il prend cinq cents hommes d'infanterie, cinquante chevaux, deux pièces de canon, et s'avance hardiment sur la roule de Mortagne. Deux heures s'étaient à peine écoulées depuis sou départ, que le bruit du canon retentit dans le lointain. Bientôt le bruit se rapproche, et la terre frémit sous le galop précipité des chevaux. C'était l'ennemi qui arrivait à toute vitesse par la route de Mortagne, chassant devant lui le téméraire Westermann. Les Vendéens étaient en grand nombre, et conduits par Bonchamp, la Bo • chejaquelein, Lescure, Duchalïault. La frayeur s'empare des

Page 1