CHAPITRE IV
LES PROCONSULS
endant ce temps, le régime des proconsuls, représenté à Strasbourg par Saint-Just et Lebas, sauvait la Fiance, qu'il remplissait, au contraire, de sang et d'horreur, à Bordeaux, à Marseille, à Lyon, à Nantes, où les représentants de ce régime, qui contient la mort quand il ne surexcite pas la vie, étaient Tallien, Barras et Fréron, Fouché etCollot-d'Herbois, Carrier.
Lorsque Saint-Just et Lebas furent envoyés en Alsace, avec le titre de commissaires extraordinaires, tout, de ce côté, nous l'avons dit, semblait perdu. Découragée par la perte des li-
gnes de Wissembourg , et vivement poussée par les Autrichiens, l'armée française n'était plus que l'ombre d'une armée. Pas de vivres, pas de vêtements, pas de chefs, nulle discipline. A Strasbourg, La contre-révolution triomphait de la dépréciation des assignats, de la détresse publique, et tenait à la gorge le pauvre affamé. On se passait de main en main des cocardes blanches. De mystérieux émissaires s'en allaient jeter des couronnes empreintes sur des étoffes jusque dans lea guérites des remparts. Des émigrés avaient reparu, ils se promenaient la tête haute. On eût. dit les autorités atteintes de paralysie. Les réquisitions, vain mot! Aussi manquait-on de grains, de chariots, de bois de chauffage. Les administrateurs passaient des marchés de. chandelles à sert francs la livre. Les lieux de débauche regorgeaient d'officiers, dont l'activité sans emploi était en train de s'avilir. On voyait errer çà et là, dans la campagne, une foule de militaires vagabonds. Les soldats blessés pourrissaient sans secours, sur le grabat solitaire des hôpitaux. Le désordre, en un mot, était immense, et demandait, pour être réprimé, un mélange de sagesse et de vigueur auquel n'avaient pu s'élever jusqu'alors les représentants du peuple en mission, Lacoste, Baudol . Ruamps, Milhau et Soubrany.
Saint-Just se montra et Strasbourg s'émut.
L'aspect du morne jeune homme, sa beauté menaçante, ses cheveux épais et poudrés à blanc sur ses noirs sourcils, la tenue immobile et perpendiculaire de sa tête sur sa cravate volumineuse quoique serrée, la raideur presque automatique de ses mouvements , ne pouvaient manquer de faire effet sur la multitude ; et l'impression s'accrut, quand on l'entendit parler de cette voix économe de paroles et tranchante qu'accompagnait, chez lui, le geste sec du commandement.
Une seule chose rassurait : c'était d'apercevoir à côté de Saint-Just la douce et sympathique figure de Lebas.
Par une série d'arrêtés dont la gravité des circonstances explique, et dont le résultat général justifie Tâpreté, les deux proconsuls décidèrent :
Que tout militaire qu'on trouverait caché dans la ville serait fusillé sur-le-champ;
Que la municipalité fournirait un certain nombre de souliers aux défenseurs de la patrie : mauvais citoyen qui ne se prêterait pas à cette mesure ;
Qu'il serait créé une commission pour l'approvisionnement de la place;
Que les administrateurs rebelles aux réquisitions du gouvernement seraient renfermés jusqu'à la paix,
Que , vu la malpropreté meurtrière des hôpitaux , ia municipalité tiendrait deux mille lits prêts dans vingtquatre heures chez les riches, pour être délivrés aux soldats malades ou blessés ; et que les défenseurs de la liberté seraient soignés désormais avec le respect dû à la cause servie par eux et à la vertu;
Que les biens de quiconque aurait acheté les effets d'un soldat seraient confisqués au profit de la République ;
Que, pour vêtir l'armée, demi-nue, tous les manteaux seraient mis en réquisition, et déposés, du jour au lendemain, dans les magasins de la République.
Mesures extrêmes, sans doute. Mais l'ennemi était là, le bras levé; et la contre-révolution tenait la porte ouverte à l'invasion . valait-il mieux que la France périt? Car il s'agissait alors, non de la rendre aux Bourbons, mais de la démembrer.
Ceux des riches en qui vivait la patrie le sentaient si bien eux-mêmes, qu'au moment de la perte des lignes de Wissem-
bourg ils avaient provoqué un emprunt sur les personnes opulentes, s'offrant à donner l'exemple, et demandant qu'on frappât ceux qui refuseraient de les imiter. Ce fut en réponse à cette offre dont ils glorifièrent le caractère patriotique que Saint-Just et Lebas publiaient l'arrêté suivant : « Pour soulager le peuple et l'armée, il sera levé un emprunt de neuf millions sur les citoyens dont la liste est ci-jointe. Les contributions seront fournies dans les vingt-quatre heures. »
Des écrivains ont osé dire : « C'était joindre l'insulte à l'oppression. » L'insulte? Elle eût été à regarder comme un mensonge l'offre de secourir la patrie agonisante ! Il était ajouté dans l'arrêté : « Deux millions seront prélevés sur cette contribution pour être employés aux besoins des patriotes indigents de Strasbourg. Un million sera employé à fortifier la place. Six millions seront versés dans la caisse de l'armée. »
Ce n'étaient point là des exactions à la manière de Verres. A la France seule, au soulagement de ses douleurs, à l'œuvre sainte de sa délivrance, fut consacré l'or que levèrent à Strasbourg les deux proconsuls qui y représentaient la politique de Robespierre. Quant à eux, ils restèrent pauvres, en commandant à la richesse. Tandis qu'ailleurs, Fouché, Carrier, Ronsin, et tant d'autres tyrans sortis de l'école anarchique d'Hébert, déshonoraient par le faste et la débauche le régime des dictatures locales, Saint-Just et Lebas menaient une vie austère au sein de la toute-puissance. Leur intégrité eut un tel éclat, qu'elle imposa respect à la calomnie, même après leur chute.
Et la simplicité de leurs mœurs fut d'autant plus remarquable, qu'elle contrastait avec les habitudes de certains de leurs collègues. Dans un recueil de pièces concernant la révolution à Strasbourg, nous trouvons à cet égard des révélations curieuses Voici, par exemple, un billet que Garnier, secrétaire des représentants Raudot et Lacoste, écrivait à l'administrateur des subsistances :
« Je te prie, mon cher Gr..., d'envoyer tout de suite du vin étranger chez le représentant Lacoste. Il faut qu'on en ait encore pour le dîner. »
Autre billet du même :
« Citoyen, envoie-nous du vin étranger. On est à table, et l'on crie contre toi de ce que tu n'as pas fëiït la commission que t'a donnée ce matin le maire. »
Autre billet de Garnier au maire :
a Citoyen maire, je t'envoie l'ordre que je viens de recevoir. Tu vois qu'il nous faudrait quelques bouteilles de Champagne et debordeaux, cariions n'avons plus que quelques bouteilles de vin doux, sur lesquelles on fait la grimace, ou qui, du moins, n'égayent pas. Bien entendu, cependant, que tu viendras aussi souper ce soir avec le citoyen L... (Lacoste). Tu lui feras plaisir. »
Inutile d'ajouter que les noms de Saint-Just et Lebas ne figurèrent dans aucune demande de ce genre. Eux ne se montrèrent avides que pour la patrie.
Toutefois il était naturel que des réclamations s'élevassent contre l'arbitraire de la liste de répartition et de la taxe, surtout plus tard, le lendemain du 9 thermidor, alors que chacun était encouragé à jeter sa pierre aux tombeaux où dormaient les vaincus, alors que se poser en victime à indemniser était une spéculation lucrative. De là des plaintes qui, pour avoir été tardives, n'en furent que plus bruyantes, mais qui n'ont qu'une bien faible valeur historique, parce qu'elles se produisirent dans un moment où les dominateurs du jour avaient intérêt à les provoquer et à les grossir, pendant que ceux qu'elles atteignaient étaient condamnés à l'éternel silence.
D'ailleurs, parmi les imposés, il y avait des contre-révolutionnaires ardents que le montant de la taxe exaspérait moins encore qre son but, et c'est le droit, c'est le devoir de l'histoire de suspecter le témoignage de leur fureur. Ce qu'il est raisonnable d'admettre néanmoins, c'est que l'urgence même des mesures adoptées dut entraîner une précipitation qui, à son tour, put donner lieu à des injustices partielles. Il n'y a rien, par exemple, que de très-possible dans le fait de cet aubergiste de Strasbourg qui, imposé à quarante mille livres, alla courageusement, dit-on, présenter à Saint-Just la clé de sa maison sur une assiette, en le priant de se charger de ses dettes. Muis quelle fut la réponse de Saint-Just? On n'eût pas oublié de nous la faire connaître, si elle eût accusé la dureté de son cœur!
Non qu'il fût porté à fléchir, quand la résistance lui paraissait coupable, loin de là. Sentant bien qu il y allait, pour la Révolution, d'une question de vie ou de mort, d'être obéie, et promptement, il brisa tout d'abord les volontés rebelles par quelques exemples très-propres à subjuguer les esprits, quoique non sanglants. Le plus riche imposé dans l'emprunt de neuf millions n'ayant point payé dans le délai prescrit, Saint- Just ordonna que, pendant trois heures, on le donnât en spectacle au peuple sur le plancher de la guillotine. L'ordre portait : « Ceux qui n'auront pas acquitté leur imposition dans la journée de demain subiront un mois de prison pour chaque jour de retard, attendu le salut impérieux de la patrie. »
Par un autre arrêté, daté de Saverne, il fut enjoint au tribunal criminel de faire raser la maison de quiconque serait convaincu d'agiotage et d'avoir vendu à un prix au-dessus du maximum.
Décrier les assignats, c'était jeter la France dans un effroyable chaos. Contre ceux qui y travaillaient, l'arrêté de Saint- Just, à cette époque, n'était ni moins nécessaire ni plus rigoureux que la loi qui punit de mort les incendiaires. Un exemple, — ce fut assez d'un seul, — réalisa la menace. Un pelletier nommé Schauer ayant, exigé d'un de ses locataires au delà du maximum, on le traduit devant le tribunal criminel. Il était connu pour ses manœuvres dans le genre de conspiration qui tendait à 1 avilissement des assignats, et l'on prouva que sa fille, Suzanne-Marguerite, s'en allait disant : « Un assignat de cinq livres, c'est cinquante sols. » L'arrêt fut : La maison du citoyen Schauer sera rasée, et sur l'emplacement l'on dressera un poteau destiné à servir d'avertissement aux agioteurs et à quiconque serait tenté d'avilir la monnaie sociale.
Les représentants du peuple Baudot et Lemoine avaient adressé à leurs correspondants cette recommandation singulière : « Soyez brefs. Les longues phrases appartiennent au régime des monarchies, le laconisme est le propre d'une république. » C'est ce que pensait aussi Saint-Just. Rien de plus vif que la forme de ses arrêtés, témoin celui-ci :
« Dix mille hommes sont nu-pieds dans farinée. Il faut que vous déchaussiez tous les aristocrates de Strasbourg dans le jour, et que, demain, à dix heures du matin, ces dix mille paires de souliers soient en marche pour le quartier général. »
Cette hauteur, ce fanatisme du devoir, que relevaient encore, dans un homme si jeune, des mœurs pures, une noble attitude et un désintéressement lacédémonien, eurent des résultats décisifs Saint-Just, à Strasbourg, ne versa pas une goutte de sang, et fut obéi en silence. En peu de temps, la municipalité reçut 6879 habits, vestes et pantalons; 4767 paires de bas; 16 921 paires de souliers; 863 paires de bottes; 1351 manteaux; 2673 draps de lit; 2U528 chemises; 4524 chapeaux: 323 paires de guêtres; 20 quintaux de char-
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pie; 000 couvertures et un grand nombre d'autres objets, sans compter une immense quantité de vieux cuivre pour servir à la fonte des canons .
Il est vrai que les auteurs du mémoire d'où ces chiffres sont extraits — contre-révolutionnaires accusant, après le 9 ther-
midor, les vaincus devant les vainqueurs, les tètes coupées devant le bourreau — ajoutent : « La plupart de ces effets sont restés entassés dans des magasins ; une partie y a pourri et a été mangée par les rats; on a abandonné le reste au premier venu. Le but de ia apuuutUyu était rempli, et c'est e<'
qu'on voulait. ■• Mais cette assertion, si invraisemblable en elle-même d'ailleurs, est péremptoirement démentie par le l'ait, incontestable et incontesté, que, comme conséquence des arrêtés de Saint-Just et Lebas, l'armée, qui manquait de nents et de souliers, fût vêtue et chaussée. Aussi bien Saint-Just n'était pas homme à souffrir l'in-
exécution de ses ordres. Le seul de ses arrêtés qn'il abandonna fut celui qui prescrivait à la municipalité de faire abattre les statues de pierre qui s'élevaient autour de la belle cathédrale de Strasbourg. Quelques statues isolées, et placées à l'extérieur, disparurent; mais, quant à celles qui faisaient partie de l'architecture même, elles n'auraient pu être enle-
vées sans dégrader l'édifice, crime contre les arts que le décret de la Convention du 6 juin punissait de deux ans de fers. L'administrateur des travaux publics ayant objecté ce décret, et la commission municipale ayant approuvé les représentations de l'administrateur, Saint-Just n'insista pas. Au fond, il dut être bien aise de voir avorter une mesure, concession malheureuse à l'hébertisme, et qui répugnait si fort aux tendances que les deux amis de Robespierre représentaient.
Cependant une rumeur sinistre s'est répandue. On parle d'un complot qui vient d'être découvert, et ce complot devait livrer la ville à Wurmser. Une lettre saisie aux avant-postes, remise au général Michaud, et envoyée par ce dernier aux représentants du peuple Milhaud et Guyardin, avait causé l'alarme. Cette lettre, signée «marquis de Saint-Hilaire », était adressée à « Monsieur, Monsieur le citoyen en cD, 17. 18. place d'armes à Strasbourg. » On y lisait : « — Tout est arrangé, mon ami. Ils danseront, suivant leur expression, la carmagnole. Strasbourg est à nous dans trois jours, au plus
tard Depuis ma dernière, nous sommes anivés à Brumpl
sans résistance. Là, ces petits crapauds bleus ont résiste. Faites-nous savoir qui les commandait. Nous sommes décidés à sacrifier cinq cent mille francs pour le gagner. Quand le diable y serait, ce n'est pas la redoute entre Steinfeld et Nieder-Oterback : nous l'avons eue à meilleur compte!... Vous avez dû voir hier le marquis de la Villette et le comte de
Sône » Suivait l'exposition du plan. Deux cents royalistes
étaient déjà parvenus à pénétrer dans Strasbourg, un à un, sous l'uniforme de garde national A un jour et une heure indiqués, ils devaient ouvrir les portes à deux mille de leurs camarades, habillés de même. Le nom du roi devait être le cri de ralliement. Pas d'autre signe que la cocarde blanche. Au signal convenu, le feu mis partout... Il était dit, en outre: « Vous ferez donner au porteur trente mille livres. Nous le croyons encore à bon compte. Il sacrifie sa vie pour nous. Vous le reconnaîtrez à ses lunettes. Il est bègue. Il vous dira 19. 27. 1. 32. 7. 28. 22. 34. 68. Vous savez ce que cela veut dire. » En post-scriptum : « Enveloppez, comme de coutume, vos dépèches dans des chiffons. » La phrase la plus inquiétante de cette missive, parce qu'elle supposait des intelligences au sein même des autorités, était celle-ci : « Les municipaux dont nous avons les noms seront poignardés. Les autres, nos amis, seront respectés. Ils mettront leur écharpe blanche sur-le-champ. »
Le seul des administrateurs qui portât des lunettes et qui fût bègue était Edelmann, celui que Charles Nodier a peint de la manière suivante : « C'était un petit homme d'une physionomie grêle et triste. Son chapeau rond rabattu, ses lunettes inamovibles, son habit d'une propreté sévère et simple, fermé de boutons de cuivre jusqu'au menton, son langage froidement posé et flegmatiquement sentencieux, composaient un ensemble peu aimable, mais qui n'avait rien d'absolument repoussant — Je me souvenais de lui avoir entendu dire avec un calme affreux, clans sa déposition contre Dietrich : « Je te « pleurerai parce que tu étais mon ami; mais tu dois mourir, « parce que tu es un traître. » Musicien-compositeur habile, mais homme d'une misanthropie farouche, Edelmann s'était fait des ennemis mortels, et parmi ses ennemis figurait un ministre protestant, au sujet duquel nous lisons dans les minutes imprimées du tribunal criminel de Strasbourg : « Jaen Schweikart Metz, ci-devant ministre protestant à Griès, convaincu d'avoir fabriqué, pour perdre les patriotes, la lettre qu'il dit avoir trouvée sur un enfant dans la forêt de Lichtenberg, condamné à la peine de quatre ans de fer. »
Malheureusement, ceci ne fut connu que plus tard. Parmi
les administrateurs, il en était dont Saint-Just se défiait. Il vit un « grand danger » là où il n'y avait qu'une basse manœuvre. Sans plus tarder, il casse les autorités constituées de Strasbourg, et somme impérieusement le commandant de la place de se concerter avec le Comité de surveillance pour diriger les administrateurs du département sur Metz, ceux du district sur Besançon, et sur Ghàlons ceux de la municipalité. Quatre citoyens appartenant à la première de ces trois autorités et Monet, maire de Strasbourg, étaient seuls exceptés.
L'étonnement dans la ville fut extrême. Le Directoire, renouvelé depuis peu , était populaire : quel coup violent et inattendu! Les patriotes s'alarment, la Société des Jacobins strasbourgeois gronde, et Monet court demander respectueusement à Saint-Just le mot de l'énigme. Les deux proconsuls s'enveloppèrent dans un froid silence. Le maire insistant, Saint-Just, qui était couché, se tourne vers lui, et, de son ton bref : « Vous pouvez avoir raison, dit-il, touchant quelques individus ; mais il existe un grand danger, et nous ne savons où frapper. Eh bien, un aveugle qui cherche une épingle dans un las de poussière saisit le tas de poussière. » Étrange justification d'un arbitraire, cette fois, injustifiable! Ce sont là les sophismes de l'iniquité. Et, quel plus grand danger que celui de la justice méconnue? Une ville livrée est un moindre mal qu'un innocent puni.
Tout ce que le maire de Strasbourg put obtenir fut la mise en liberté de douze administrateurs. A l'égard des autres, l'arrêt eut son cours.
Monet avait vingt-cinq ans à peine. « Il était grand, beau, bien fait, quoique un peu voûté, plein d'aménité, de politesse, et de je ne sais quelle grâce triste qui attache. » Le 21 janvier 1793, date fameuse et tragique, il avait remplacé Turkeim à la mairie de Strasbourg, ayant été désigné aux Commissaires de la Convention, Couturier, Dentzel et Rhùl, comme le seul homme qui réunît alors le patriotisme et les connaissances nécessaires. Dans un document adressé à la Convention par les contre-révolutionnaires de Strasbourg au plus fort de la réaction thermidorienne, le nom de Monet se trouve associé à beaucoup d'injures, mais sans aucun fait à l'appui; ou plutôt, ce qu'on lui impute à crime, c'est d'avoir à deux reprises différentes refusé à des enfants la permission d'aller voir leur père prisonnier et malade. Du reste, pas de noms cités, nulle indication des circonstances. Et, d'un autre côté, que lui reprochaient les ultra- révolutionnaires? Son penchant à s'entretenir avec les aristocrates et à élargir les suspects. Un homme qui, investi de grands pouvoirs dans un temps d'orage, n'a pas fourni contre lui-même d'autres armes que celles-là à ses plus implacables ennemis, a certes droit de compter sur l'indulgence de l'Histoire! et c'est cependant cet homme que M. Edouard Fleury suppose capable d'avoir fabriqué la prétendue lettre du marquis de Saint-Hilaire, pour se débarrasser, dans le conseil municipal, d'une opposition gênante ! Le récit qui précède, fondé sur des documents authentiques, dit assez ce qu'il faut penser d'une semblable supposition .
Quoi qu'il en soit, apprenant que la Société populaire de Strasbourg se plaignait, Saint-Just lui adressa une lettre qu'il fit signer à Lebas et où il se révèle tout entier .
« Frères et amis, nous sommes convaincus qu'il s'est tramé une conspiration pour livrer la ci-devant Alsace.... vous êtes indulgents pour des hommes qui n'ont rien fait pour la patrie.... Nous venons de recevoir la dénonciation qu'il existait deux millions en or entre les mains de l'administration du département. Ce fait doit vous surprendre.... La pitié à l'égard du crime est faite pour ses complices, non pour vous....
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Nous examinons tout avec sang-froid, et nous avons acquis le droit d'être soupçonneux. Nous vous devons de l'amitié, nous ne vous devons pas de faiblesse. Nous persistons dans notre arrêté jusqu'après le péril. Salut et fraternité. »
La lettre contenait ce mot admirable : « De quels magistrats peut-on dire qu'ils sont innocents du malheur du peuple? »
Tant de décision dans la conduite et de hauteur dans le langage, cette fermeté qui ne reculait devant rien ni devant personne, produisaient une sensation qu'expriment vivement les lignes suivantes :
- « Il était temps que Saint-Just vînt auprès de cette malheureuse armée.... Il a tout vivifié, ranimé et régénéré.... Quel maître b... que ce garçon-là! La collection de ses arrêtés sera sans contredit un des plus beaux monuments historiques de la Révolution. Tu apprendras, sous quelques jours, que l'armée du Rhin a recouvré toute son énergie et qu'elle a écrasé les imbéciles soldats de la tyrannie.... Ruamps, Nion- Milhaud et Rorie se sont conduits comme des lâches, et, peut-être, quelque chose de plus.... »
Avec une noblesse de sentiments que le laisser-aller de l'expression met d'autant mieux en relief, Gatteau dit à d'Aubigny, dans cette lettre , après avoir parlé de ses intérêts cruellement compromis : « Conviens qu'on ne saurait être plus malheureux. Mais je m'en f. .., pourvu que la République triomphe et que la liberté s'affermisse. » Et de la même plume, mélange de dévouement et de férocité qui peint l'époque, il écrit : « La sainte guillotine est dans la plus brillante activité, et la bieufaisante Terreur produit ici, d'une manière miraculeuse, ce qu'on ne devait espérer d'un siècle au moins par la raison et la philosophie. »
La guillotine parcourait, en effet, l'Alsace dans ce moment, non point à la suite de Saint-Just et de Lebas, dont pas une goutte de sang ne tacha les mains, mais à la suite d'un misérable qu'ils appelèrent, au contraire, à rendre compte de sa sinistre puissance, et auquel ils mirent le pied sur le front.
Quand Saint-Just et Lebas étaient arrivés à Strasbourg, ils y avaient trouvé installé, sous la présidence d'un moine défroque nommé Taffin, un tribunal révolutionnaire composé d'hommes tarés, du milieu desquels se détachait l'affreuse figure d'Euloge Schneider.
C'était un homme de trente-sept ans. à la taille épaisse et courte, aux cheveux ras, aux yeux fauves, ombragés de cils roux. Sa face orbiculaire, d'un gris livide, était frappée çà et là de quelques rougeurs et criblée de petite vérole. Né d'une famille de paysans, à Wipfeld, village de l'évêché de Wûrtzbourg, il fut élevé par les Jésuites; entra à l'hôpital Saint- Jules, d'où il se fit renvoyer pour inconduite ; marqua quelque repentir; prit l'habit religieux, et, après neuf ans passés dans le cloître, fut envoyé à Augsbourg comme prédicateur. Un sermon qu'il y fit sur la tolérance l'ayant désigné à la colère de ses supérieurs, il renonce au cloître, est appelé à Stuttgart, avec le titre de professeur, par le duc Charles de 'Wurtemberg, s'affilie à l'association de Weishaupt, reçoit de l'électeur de Cologne une chaire de srrec et d'humanités àRonn, la perd, et, se présentant à Strasbourg comme martyr des idées nouvelles, est imposé à l'évêque constitutionnel Rrendel en qualité de vicaire général.
Il y avait deux partis à Strasbourg . l'un qui, conduit d'abord par Dietrich, puis par Monet, s'appelait le parti français; l'autre qui représentait l'esprit allemand et luttait contre l'identification absolue de l'Alsace avec la France.
Le premier de ces deux partis eut pour point d'appui, dès l'arrivée de Saint-Just et Lebas, une soixantaine de révolu-
tionnaires fervents, appelés de divers points de la France, et dont l'association, moitié civile, moitié militaire, prit le nom de Propagande. Ces hommes, jeunes pour la plupart et pleins d'enthousiasme, eurent un costume particulier. On les distinguait à leur bonnet rouge, placé sur une chevelure flottante, à leur col nu, à leurs longues robes que retenail une ceinture tricolore, garnie de pistolets et de couteaux de chasse, à leurs brodequins de cuir écru. On les logea au collège, et le général Dièche leur donna, outre une garde de douze hommes, des ordonnances à cheval pour porter leurs dépêches. Leur mission consistait principalement à combattre les tendances fédéralistes et les préjugés locaux, à recommander l'usage de la langue française, à déraciner enfin tout ce que l'Alsace gardait encore d'allemand. Accueillis d'abord avec froideur et défiance par la Société populaire, ils arrivèrent à la dominer à ce point qu'ils y firent abolir les séances en langue allemande. Dans leurs rangs figuraient quelques énergumènes, un Richard, de Metz; un Dubois, de Reaune, prêtre défroqué; un Duriège, de Sedan; un certain Moreau, qui ne se faisait appeler que Marat. Mais ces hommes n'exerçaient aucune influence sur la Propagande, dont les vrais meneurs regardaient Moreau- Marat comme un fou, et Duriège comme un intrigant dont le premier subissait l'empire. La vérité est que la Propagande rendit des services qui, lorsqu'elle quitta Strasbourg, furent attestés par l'envoi d'une adresse solennelle de la Société populaire à la Convention, adresse qui exposait « le bien fait à Strasbourg par la ci-devant Propagande, et le chagrin que son départ causait aux sans-culottes. »
Mais, dans le camp même des révolutionnaires, les propagandistes avaient à combattre un parti très-fort, le parti démocratique-allemand, à la tête duquel marchaient Jung, Vogt, Léorier, Wolff, Clavel, tous hommes tarés, à l'exception du cordonnier Jung. Wolff et Clavel, juges l'un et l'autre, prirent part à tous les excès que nous allons rappeler. Léorier étàii un agioteur que son immoralité et son faste firent exclure de la Société populaire. De Vogt, Jung lui-même disait que « son âme était l'égout de tous les vices. » Voilà ceux auxquels Schneider se joignit, et qu'il ne tarda pas à traîner à sa suite.
Il avait été porté au poste d'accusateur public et s'éiaif rendu maître absolu du tribunal révolutionnaire par l'ascendant qu'il prit sur l'homme qui présidait ce tribunal, un ancien prêtre nommé Taffin. Bientôt lui seul dirigea les jugements; et, comme il aimait jusqu'à la frénésie le vin et les femmes, son pouvoir servant ses vices, l'Alsace devint sa proie. Tandis qu'à Strasbourg Clavel, un de ses complices, mettait à l'amende les femmes qui ne portaient pas la cocarde et ceux qui ne se tutoyaient pas, lui, suivi de la guillotine, suivi du bourreau, promenait d'un bout à l'autre de l'Alsace palpitante ses convoitises, ses amours et ses colères d'oiseau de proie, prononçant des arrêts de mort dont il n'était tenu aucun registre, frappant sur les villages épouvantés des contributions, dont la nature et le montant restaient inconnus, dépensant jusqu'à huit mille livres pour un voyage du tribunal révolutionnaire à Oberehnheim, et se faisant annoncer par une nuée de prêtres autrichiens, apostats forcenés, dans les villes qui, à son approche, s'illuminaient de peur! Saint-Just exerçait la dictature du salut public; Schneider, celle de l'égoïsme toutpuissant. Ce qu'il demandait à l'effroi des mères, c'était l'honneur de leurs filles. Fouquier-Tinville lui-même en frémit quand il le sut. Le moine luxurieux avait d'étranges caprices de générosité : un jour, arrivant dans un village au moment où le prêtre constitutionnel se mariait, il se prend d'intérêt pour le nouveau couple, et ordonne aux habitants de doter les
époux. La quête se fit autour de la guillotine! Tunck, prêtre autrichien, désirant se marier, Schneider mit en réquisition, pour son complice, toutes les jeunes filles de Barr. Il était sujet à des désespoirs de tyran : on le vit, dans son impuissance à découvrir un ennemi qu'il destinait à l'échafaud, se rouler par terre en rugissant et s'arracher les cheveux.
Quand on apprit à Strasbourg le résultat des tournées de Schneider, l'indignation publique enhardit ses adversaires à l'attaquer. Plusieurs patriotes appartenant au parti français se rendent chez les représentants Baudot et Lacoste, sollicitant d'eux la destitution du terrible moine. Mais l'affronter n'était pas un jeu. Autour de lui bouillonnait l'écume de la Révolution, et son écume sanglante. Ses partisans n'étaient point parvenus à exercer le despotisme de la force sans en avoir l'audace, et l'énergie de leurs passions en égalait le désordre. Le parti allemand, d'ailleurs, ne pouvait qu'avoir des racines profondes dans un pays réuni depuis si peu de temps à la France, dans un pays où il fallut que Saint-Just établit des écoles gratuites de langue française et publiât une proclamation conçue en ces termes ■ « Les citoyennes de Strasbourg sont invitées à quitter leurs modes allemandes, puisque leurs cœurs sont français. » Lacoste et Baudot hésitèrent donc. Mais Saint-Just n'hésita pas, lui. A peine informé de ce qui se passait, indigné, il se décide.
Ce jour-là même, Schneider devait rentrer à Strasbourg. Il venait d'épouser une jeune fille, non pas précisément de force, comme on l'a prétendu, mais après sommation péremptoire adressée au père, à une heure du matin, pour que celle que Schneider aimait eût à venir partager son lit. Il fit son entrée dans la ville, ayant avec lui sa jeune femme, ses juges, sa guillotine, son bourreau. Il s'étalait triomphalement sur un grand char à quatre roues que six chevaux traînaient, et autour duquel caracolaient, portant une tête de mort peinte . sur leur baudrier et leur sabretache, les hussards de son escorte. Ceci avait lieu le 23 frimaire (13 décembre) ; et, le surlendemain, par une pluie battante, au centre de la place d'armes, au milieu d'un immense concours de peuple qu'agitaient mille sentiments confus où dominait la stupeur, un homme, horriblement pâle, apparaissait debout sur la guillotine, entre deux valets de bourreau. C'était le chef du parti allemand, l'oppresseur de l'Alsace, c'était Schneider.
Après lui avoir fait subir toute l'ignominie de ce supplice moral, Saint-Just ordonna qu'il fût traîné de brigade en brigade jusqu'à Paris. Renfermé à l'Abbaye, on l'y eût oublié, peut-être, si Robespierre n'eût un jour demandé, du haut de la tribune, « pourquoi le prêtre de Strasbourg vivait encore.» Il parut devant Fouquier-Tinville, qui le passsa au bourreau.
La faction dont û était l'âme fut transportée de rage. Les plus violents parlèrent de courir poignarder Saint-Just. Jung, furieux, criait : « Allons brûler la moustache aux dictateurs ! » Mais, loin de reculer, l'indomptable Saint Just ne songea qu'à compléter son ouvrage par le renouvellement du tribunal de Schneider.
Quelques exemples donneront une idée de l'esprit qui animait ce tribunal, plus redouté encore des pauvres que des riches. Nous copions les minutes imprimées :
« Dorothée de Frantz, la Ruprechtsau, convaincue d'avoir vendu deux têtes de salades à vingt sous et avili par là la valeur des assignats, est condamnée à une, amende de trois mille livres, à six mois d'emprisonnement et à être exposée au poteau pendant deux heures. — Anne Wolf, de Rosheim, convaincue d'avoir demandé quarante livres d'un demi-boisseau de noix et d'avoir par là avili la monnaie nationale, est
condamnée au poteau pendant deux heures, à un emprisonnement de trois mois et à une amende de trois mille livres. — Joseph Wolff, de Bischheim, colporteur, accusé d'avoir vendu un portefeuille de papier quinze sous, et un petit morceau de savon dix sous, est condamné à être mené devant l'avantgarde de l'armée, tenant le portefeuille d'une main et le savon de l'autre, avec un écriteau attaché sur la poitrine et portant le mot agioteur. Il s'éloignera avec sa famille à vingt lieues des frontières, etc., etc.... »
Il faut tout dire : bien persuadés que le plus sûr moyen de tuer la Révolution était de tuer les assignats, les royalistes avaient porté de ce côté leurs plus ardents efforts ; et tel était l'effroi qu'ils étaient parvenus à répandre, que, pour forcer les assignats et faire respecter la loi, la peine même des galères étant devenue insuffisante , les délinquants avaient été menacés de mort, par décision du i4 brumaire, signée Taffin, président ; Euloge Schneider, commissaire civil ; Wolff, Clavel, juges; Weiss, secrétaire greffier. Mais le tribunal de Schneider avait à rendre de bien autres comptes ! Comment ne pas frémir, quand on songe au vague épouvantable de condamnations formulées en ces termes : « Martin Ritter, de Geispolzheim, accusé d'avoir corrompu par sa conduite aristocrate l'esprit de sa commune, est condamné à la peine de mort et à la confiscation de tous ses biens au profit de la République ! »
Et dans quelles mains reposait le pouvoir de faire tomber la tête d'un homme pour des crimes définis de la sorte? Selon la déclaration du secrétaire greffier Weiss, lors de son interrogatoire, les juges que dominait Schneider s'assemblaient quelquefois en état d'ivresse. Un jour, sur son siège, Clavel était tellement pris de vin, qu'il fallut l'aller secouer pour le tirer de son assoupissement ! Il suffit de constater que trente condamnations à mort, au moins, furent prononcées par un tribunal de cette espèce, pour faire, comprendre le service qu'en le renouvelant Saint-Just rendit à l'Alsace.
Il était, pourtant, d'airain, cet homme! oui; mais ce qui l'avait rendu tel, c'était le génie de la Révolution qui le façonna pour son usage, comme tant d'autres car, qu'il fût
né sensible, enclin même à la volupté, la direction qu'il donna d'abord à ses pensées le prouve. Aussi les nécessités du rôle qu'il accepta de la destinée n'allèrent- elles pas jusqu'à déraciner entièrement dans lui le germe des vertus douces. Il s'occupait volontiers des enfants, il aimait les femmes avec respect, il honorait la vieillesse, il croyait au culte des ancêtres. Quant au culte de l'amitié, si son dévouement absolu à Robespierre, son tendre attachement pour Couthon et Lebas,ne montraient pas de reste comment il sut le pratiquer, on pourrait, en tout .cas, se faire une idée de la manière exaltée dont il le conçut par ce passage extraordinaire de ses Institutions : « Tout homme âgé de vingt et un ans est tenu de déclarer dans le temple quels sont ses amis. — Les amis sont placés les uns près des autres dans les combats. Ceux qui sont restés unis toute leur vie sont renfermés dans le même tombeau. — Celui qui dit qu'il ne croit pas à l'amitié, ou qui n'a pas d'ami, est banni. » Lebas, qui avait épousé la plus jeune des filles du menuisier Duplay, écrivait à sa femme, le 8 brumaire (-28 novembre) : « Saint-Just est presque aussi empressé que moi de revoir Paris. Je lui ai promis à dîner de ta main. Je suis charmé que tu ne lui en veuilles pas : c'est un excellent homme.... Ce qui me le rend encore plus cher, c'est qu'il me parle souvent de toi et me console autant qu'il peut. Il attache beaucoup de prix, à ce qu'il me semble, à notre amitié, et il me dit de temps en temps des choses qui sont d'un bien bon cœur. »
LES PROCONSULS
Nous avons déjà raconté par quelle prodigieuse impulsion donnée à l'armée, Saint-Just et Lebas sauvèrent la frontière; mais, pour être vu dans son vrai jour, le tableau de leurs services demande à être rapproché de celui du proconsulat immoral de Tallien, à Bordeaux; des fureurs de Fréron et. de Barras, soit à Toulon, soit à Marseille; des mitraillades de Collot-d'Herbois et de Fouché, à Lyon; des noyades de Carrier, à Nantes. Par ce rapprochement, on pourra décider quels Furent les terroristes, de ceux qui tirent le 9 thermidor ou de ceux qui le subirent ! D'ailleurs, l'ordre des dates se trouve concorder ici avec l'ordre des idées
G'esl un récit lamentable à jamais que celui que nous allons aborder. Avant d'y entier, reportons un instant notre pensée à l'époque de la réaction royaliste..., car la justice nous crie de rappeler au lecteur :
Que la Terreur blanche dépassa de beaucoup la Terreur rouge en férocité et frappa un bien plus grand nombre de victimes;
Que ce furent les soutiens de la bonne couse, monarehien? fanatiques ou girondins convertis, un Cadroy, un Chambon un Durand-MaiUane, . . . un Isnard, qui déchaînèrent sur la France ces chevaleries royalistes de brigands, ces compagnies