LES NOYADES DE LA LOME
thermidoriennes d'assassins, connues sous le nom d'Enfauls d < Soleil ou de Compagnies de Jéhu;
Qu'il y eut à Aix un 2 septembre royaliste, avec incendie de la prison pour éclairer regorgement des prisonniers;
Que le fort de Tarascon fut souille, à la distance de moins d'un mois, par deux massacres dans lesquels quatre-vingtneuf républicains périrent;
Qu'en ce même lieu il arriva aux massacreurs de faire monter les victimes, parmi lesquelles une mère et sa fille, sur une tour très élevée du château, pour se donner le plaisir de les précipiter, à coups de baïonnettes, dans le fleuve qui coule au bas ;
Qu'au fort Saint Jean, à Marseille, le 17 prairial (5 juin
1790), une Compagnie du Soleil, sous les ordres de Robin, (ils d'un aubergiste , attaqua les cachots, allumant à l'entrée des uns de la paille brisée mêlée de soufre, balayant les autres avec du canon à mitraille, et ne cessant de tuer, depuis midi jusqu'à dix heures du soir;
Qu'à Beaucaire, pour étouffer les détenus, suspects de jacobinisme, on jeta un quintal et demi de soufre enflammé par le soupirail de leurs cachots ;
Qu'à Lyon, après le 9 thermidor, la jeunesse dorée du département traquait les républicains de porte en porte, leur courait sus dans la rue, les égorgeait, et traînait les cadavres jusqu'au Rhône où elle les jetait en disant : « C'est un mallievoit de moins .
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Que là aussi il y eut un égorgement en masse des prison niers, plus un incendie, au sein duquel une femme s'élança du haut d'une tour avec son enfant ;
Qu'alors, pour la première fois dans le monde, le meurtre •devint la théorie des gens raffinés, la vengeance une loi, et l'assassinat en place publique un jugement;
Qu'on fit Charkmagne à la bouillote pour une partie d'extermination;
Qu'avant d'étendre un doigt sanglant sur la bonbonnière d'une dame, tel beau jeune homme n'aurait eu garde de se laver les mains; et qu'à la place des mégères qui avaient porté la guillotine en boucles d'oreilles, on eut d'adorablts finies qui portèrent le poignard en épingle.
C'est une montagne de forfaits à soulever que cette histoire de la réaction thermidorienne. « Qu'on se représente une de ces longues charrettes à ridelles sur lesquelles on entasse les veaux pour la boucherie , et là , pressés confusément, les pieds et les mains noués de cordes , la tête pendante et battue par les cahots.... des hommes dont le plus grand crime était presque toujours une folle exaltation dissipée en paroles menaçantes. Oh ! ne pensez pas qu'on leur eût
ménagé la vaine consolation d'opposer un moment une
résistance impossible à une attaque sans péril, comme aux arènes de Constance et de Galère ! Le massacre les surprenait immobiles; on les tuait dans leurs liens, et l'assommoir rouge de sang retentissait encore longtemps sur des corps qui ne sentaient plus.... Dans la bouche des tueurs, c'était le Réveil du peuple, qui allait toujours augmentant d'éclat et de sauvage expression ; c'était le refrain de la Marseillaise qui expirait de mort en mort dans la bouche des mourants. Seulement, on ne les mangeait pas. »
Et sur les ravages de la Terreur blanche, l'Histoire est à peu près restée muette, tandis que , pour dénoncer à l'univers ceux de la Terreur rouge, sa voix semble avoir emprunté le retentissement du tonnerre ! Cependant ce qu'on aperçoit, invinciblement uni au souvenir de la seconde, c'est l'image de la patrie arrachée à l'invasion; mais dans quels périls écartés, dans quelles nécessités inouïes et fatales trouvera-t-ori l'explication de la première?...
Reprenons notre récit.
Rendant que Saint- Just et Lebas sauvaient l'Alsace, Rordeaux subissait le proconsulat d'Ysabeau et de Tallien.
Ysabeau, ancien prêtre, homme instruit, nullement sanguinaire, mais insouciant, ami de la table et paresseux, avait eu d'abord pour collègues, dans le département de la Gironde, Chaudron-Rousseau et Raudot. Le premier séjour des commissaires de la Convention à Bordeaux ne fut que de quarante-huit heures, et ils se retirèrent à la Réole, petite ville située à douze lieues de distance. Raudot ne tarda pas à être envoyé en Alsace; mais déjà Tallien étail arrivé.
Fils d'un maître d'hôtel du marquis de Bercy, auquel il dut de recevoir de l'éducation, Tallien avait commencé par être élève de notaire, puis prote dans l'imprimerie du Moniteur. L'exaltation révolutionnaire qu'il affichait lui ayant successivement ouvert les portes du club des Jacobins, celles de la Commune et enfin celles de la Convention, il marqua sa place parmi les plus violents. Il y a des hommes chez qui la violence n'est que l'agitation accidentelle d'un cœur corrompu ou le calcul d'un esprit sceptique, et qui peuvent, selon l'intérêt du moment, sous la pression des circonstances, faire acte de miséricorde sans être humains et commettre des cruautés sans être cruels. Tel fut Tallien. Il appartenait par essence à la classe des égoïstes et des voluptueux. Senar l'accuse, — mais Senar n'est point une autorité, — d'avoir
dirigé, sous les ordres de Danton , le massacre des prisonniers d'Orléans. Ce qui est moins douteux, c'est que, complice des fureurs du 2 septembre, il leur déroba néanmoins quelques personnes, parmi lesquelles Hue, valet de chambre de Louis XVI. Nous avons déjà cité ce mot de lui, qui scandalisa tant la Convention : « Eh! que m'importent quelques pillages particuliers? »
Sa politique, à Bordeaux, s'annonça d'abord comme modérée. Il mit sa signature à côté de celle d'Ysabeau, son collègue, au bas d'un arrêté destiné à prévenir l'abus des mesures extraordinaires commandées par les circons '.arxes. Il était enjoint au Comité révolutionnaire de surveillance de visiter les prisons pour y recevoir les réclamations des détenus, et à la municipalité d'indiquer aux représentants le moyen de rendre les prisons plus salubres et plus commodes.
De fait, rien ne nécessitait, à Bordeaux, l'emploi des rigueurs. Cette ville n'était pas, comme Strasbourg, sous la main de l'ennemi. Elle n'avait ni soutenu un siège exterminateur, comme Lyon, ni comme Toulon, appelé les Anglais. Même aux yeux des Montagnards, son crime ne pouvait être que d'avoir penché un moment du côté des Girondins.... un moment! car elle les avait abandonnés bien vite; et lorsque, suppliés de quitter la Réole, Tallien et Ysabeau , Chaudron- Rousseau et Raudot, s'y étaient décidés, les Rordelais, sortis en foule au-devant d'eux , des branches de laurier à la main, leur avaient fait un triomphe où l'on n'entendait d'autre cri que ceux de Vive la République! vive la Montagne !
Cependant quelle fut la ligne suivie par Tallien et Ysabeau, devenus, par le départ de leurs deux autres collègues, seuls dépositaires du pouvoir? Leur correspondance raconte l'histoire de leur mission. Laissons-les parler :
« Le désarmement s'exécute aujourd'hui. Il donnera des armes superbes à nos chers sans-culottes. Il y a des fusils garnis en or. L'or ira à la Monnaie, les fusils iront aux volontaires et les fédéralistes à la guillotine. — Nous demandons que le nom du département soit changé en celui du Bec-d'Ambès. — La punition des coupables a commencé et ne finira que lorsque tous les chefs de la conspiration auront subi la peine due au plus grand des crimes. Le club national, composé de patriotes dignes d'avoir été persécutés pour la cause du peuple, sera installé ce soir dans la salle magnifique du club des muscadins et des riches, que nous avons supprimé. Quelques muscadins ont mieux aimé briser leurs armes et les jeter dans la rivière que de les apporter au dépôt. Nous aurons soin de corriger ce dépit enfantin. — Nous nous attachons à faire tomber la tète des meneurs et à saigner fortement la bourse des riches égoïstes. — Nous avons supprimé ici les assemblées de sections. — Nous ne sommes pas aussi avancés en philosophie qu'à Paris; cependant nous
opérons aussi célébrer bientôt la fête de la Raison, etc »
Plus tard, Tallien, de retour à Paris, lisait à la Convention la lettre suivante de son collègue, en s'associant sans réserve à la politique qu'elle indiquait : « J'ai pris le parti de ne plus relâcher aucun ci-devant noble , même avec les preuves de patriotisme mentionnées dans la loi du 17 septembre, parce qu'on peut être aisémenl trompé sur ces preuves. La guillotine a fait justice, avant-hier d'un prêtre assermenté : hier, une religieuse y a passé. Voilà la réponse à nos modérés qui avaient semé le bruit que la peine de mort était abolie. »
En réalité, pendant le séjour d'Ysabeau et de Tallien dans une ville où la Terreur ne pouvait être qu'une affaire de luxe, il y eut cent huit individus guillotinés. C'est le chiffre qui, après le 9 thermidor, fut donné par Tallien lui-même. IJ
LES PROCONSULS
trouvait que c'était peu , et faisait le compte de ces cent huit tètes abattues, pour prouver son extrême modération.
Un arrêté affreux fut celui qui confiait le soin d'approvisionner Bordeaux à l'incendie. Il était dit dans cet arrêté que. voulant réprimer par tous les moyens possibles les manœuvres contre-révolutionnaires et pourvoir à l'approvisionnement de Bordeaux, les représentants enjoignaient au général de l'armée révolutionnaire de faire marcher des détachements de cette armée partout où il serait nécessaire, et de Faire juger, comme accapareurs, tous ceux qui auraient refusé grains, légumes, fruits, lait, beurre, œufs, bestiaux, volailles. Malheur aux communes qui auraient. « manifesté de la résistance! » L'ordre était d'en « détruire toutes les habitations par le feu. » Seulement, il était prescrit au général de l'armée révolutionnaire de rendre compte jour par jour des opérations aux représentants du peuple, et deux officiers municipaux devaient accompagner chaque détachement pour dresser procès-verbal de sa conduite. Brune, chargé de l'exécution de cette mesure barbare, réclama ' énergiquement ai empêcha qu'il y fût donné suite.
Encore si, dans Ysabeau et Tallien, la dignité d'une conduite austère s'élait associée, comme dans Saint-Just et Lebas, à l'orgueil du commandement! Mais non : tandis qu'à Bordeaux la pénurie des subsistances était extrême, et cjue chaque citoyen y était réduit à une ration de quatre onces de mauvais pain, qui souvent même manqua et dut être suppléée par des marrons ou du riz, les deux proconsuls mettaient en réquisition, pour leurs repas, les meilleurs vins, les denrées les plus exquises des lies. Logés dans le bâtiment de l'ancien séminaire, ils affectaient un faste insolent. Une garde menaçante veillait à leur porte, et l'on ne pouvait parvenir jusqu'à eux qu'à travers une artillerie formidable.
Vain étalage ! On a vu avec quelle facilité et quel air Saint- Just, à Strasbourg, avait cassé les autorités révolutionnaires, imposé silence au mécontentement des Jacobins de l'Alsace, châtié Schneider et contenu les énergumènes. Ysabeau et Tallien, au contraire, eurent beau donner aux plus emportés des révolutionnaires bordelais des gages sanglants; ils eurent beau s'environner de tout l'appareil de la puissance, ils ne purent jamais obtenir que leur propre parti les respectât. C'était un ex secrétaire de Couthon, l'Auvergnat Perrens d'Herval, ancien moine charitain, selon Prudhomme, ancien souffleur de comédie, selon Tallien, qui, à Bordeaux, tenait le haut du pavé. Dans les rues, les jeunes gens qui formaient à cheval le cortège des représentants les abandonnaient aussitôt qu'ils apercevaient Perrens d'Herval. Pour ce qui est du Comité de surveillance de Bordeaux, il tenait Tallien et son collègue en si petite estime, qu'il ne communiquait jamais avec eux, ne faisait aucune attention aux pétitions recommandées par eux, et méconnaissait quelquefois leurs arrêtés ; il alla jusqu'à interdire à ses membres toute visite aux deux proconsuls. Eux dévorèrent pendant quelque temps ces outrages en silence; mais enfin, éclatant, ils destituent le Comité par un arrêté où ils s'étudiaient à couvrir leurs griefs personne^ dont au surplus ils ne faisaient pas mystère, sous des raisons d'humanité et. de justice.
Le Comité de salut public attribua-t-il leur conduite à des ressentiments mal déguisés? Ou bien, comme il le leur écrivit, fut-il d'opinion que des considérants empreints d'un esprit de modération inattendu étaient dangereux « dans nue ville où l'aristocratie mercantile avait machiné le fédéra lisme? » Toujours est-il qu'à leur arrêté il en opposa un autre qui le suspendait, et au bas duquel on lit les signatures de tous les membres du Comité de salut public, à l'exception.
chose remarquable, de celles de Robespierre, de Couthon èl
de Saint-Just.
Il est certain, du reste, que le proconsulat de Tallien se divise en deux périodes dont, la seconde fut dominée par une inlluence qui tua insensiblement en lui le septembriseur d'abord et ensuite le révolutionnaire. Mme de Fontenay, fille du banquier espagnol Cabarrus, étant venue à Bordeaux. Tallien la vit, il l'aima, et devint bientôt l'espoir îles royalistes.
Aussi bien, il était naturel que la contre-révolution attirât tôt ou laid ceux à qui elle n'était apparue que comme un moyen d'avancement ou une occasion de rapines. Lorsque, plus tard, on vit Tallien, qui était né sans fortune, et à qui- SOn mariage aves l'épouse divorcée, de M. de Fontenay n'apporta qu'une dot de quarante mille livres, jouir de biens immenses et posséder en Normandie des herbages qui lui valaient jusqu'à quinze mille livres de rentes, on chercha la source de celte richesse; et cette source, « quelques personnes, dit. Prudhomme, la trouvèrent dans l'inspection qu'à Bordeaux Tallien avait exercée sur l'argenterie enlevée aux églises et aux particuliers. » Ce qui est sur. c'esl qu'il était l'ami du maire de la ville, successeur de Saige ; c'est qu'il prononça, en une certaine occasion, un pompeux éloge de cet homme, lequel, depuis, fut convaincu de s'être approprié une partie de l'argenterie saisie au nom de la République, et fut condamné, pour ce fait, à vingt ans de fers I
Cette justice est due à Ysabeau, que lui du moins ne s'enrichit pas ; mais son pouvoir servit de voile à la cupidité d'un nommé Vallete, son secrétaire, qui le gouvernait et le trompait.
Tallien ne pouvait incliner vers la contre-révolution et faire fortune, sans avoir à redouter l'intégrité de Robespierre; aussi fut-il un des artisans les plus actifs du 9 thermidor.
Et quel fut son principal complice dans cette œuvre d'hypocrisie et d'iniquité? Ce fut Fréron , qui ne s'y associa, lui aussi, cpie parce que Robespierre l'accusa « d'avoir commis des excès dans sa mission de Marseille. »
Après la prise de Toulon, en effet, et les exécutions qui ensanglantèrent cette ville, Barras et Fréron s'étaient rendus à Marseille, qui ne les connaissait que trop par un premier séjour, dont Fréron annonçait, d'avance les résultats à Moyse Bayle, en ces termes : « Nous allons prendre des mesures extraordinairement terribles. » Une de ces mesures avait été la création d'un tribunal révolutionnaire. Mais, au gré de Fréron, ce tribunal, « quoiqu'il allât bien, n'allait pas assez vite. " Il le remplaça donc, à peine de retour à Marseille, par c< une commission de six membres, jugeant à trois, sans accusateur public ni jurés. » Après avoir demandé aux accuséleur nom, leur profession et quelle était leur fortune, on les faisait descendre pour les placer sur une charrette qui stationnait devant le Palais de Justice. Les juges paraissaient ensuite sur le balcon, d'où ils prononçaient la sentence de mort. Telle était, la méthode expédilive imaginée par Fréron. Un jeune homme de vingt ans figurait à la tète de cet horrible tribunal, qui, en dix jours, fit périr cent, soixante personnes, et dont les exploits inspiraient à Fréron un enthousiasme exprimé dans cette lettre de lui à Moyse Bayle ; « La Commission militaire va un train épouvantable contre les conspirateurs. Quatorze ont déjà payé de leur tète leurs infâmes trahisons; ils tombent comme grêle sous le glaive de la loi. Demain, seize doivent être encore guillotines, presque tous les chefs de légion, notaires, sectionnaires, membres du tri-
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bunal populaire, ou ayant servi dans l'année départementale. En huit jours, la Commissi n militaire fera plus de besogne que L tribunal n'en a l'ait en quatre mois. Demain, trois négociants dansent aussi la Carmagnole : c'est à eux que nous nous attachons. »
Fréron écrivait encore : <• Je crois Marseille incurable, à moins d'une déportation de tous les habitants et d'une transfusion des hommes du Nord; » et, dans une lettre qu il adressait au Comité de salut public , -on lit. cette phrase : « Toute ville rebelle doit disparaître de dessus le globe »
Voici en quels termes Isnard trace le tableau de la guerre .que Fréron, non contenl de frapper les hommes, déclara aux monuments :
« J'entre à Marseille : je visite l'ancien édifice des Àccoules; je trouve ses tours abattues: je demande si le feu du ciel les a frappées; on me répondit . Non, c'est Fréron.
« Je porte mes pas vers le quartier Ferréol ; je veux revoir ce temple qui embellissait la ville, et, ne trouvant plus que des décombres, je demande qui a renversé ces colonnes; on me dit : C'est Fréron.
<• Je me suis rendu à la salle des concerts, et, ne la trouvant plus, j'ai demandé quel vandale avait fait disparaître cet asile des arts; on m'a dit : C'est Fréron.
Arrivé sur la place de la Bourse, mes yeux veulent adini rer les chefs-d'œuvre de l'immortel Puget ; un artiste médit : Fréron les a détruits »
Dans Barras, autre thermidorien futur, Fréron avait un digne collègue. Ils ôtèrent à la ville des Phocéens son nom antique pour l'appeler la Ville sans nom. oubliant de quelle cité étaient partis les héros du iO août, et par quelle cité avait été baptisé l'hymne sublime de la Révolution; ils ajoutèrent les exactions aux barbaries, et, « lors de leur rappel, ne portèrent au trésor public, à la place des huit cent mille francs qu'ils étaient chargés d'y déposer, qu'un procès -verbal de leur voiture renversée dans un fossé, a
Ici, un rapprochement se présente.
Aussitôt après la prise de Toulon, où Robespierre jeune avait donné l'exemple du courage, il avait quitté Fréron. Ce fut un grand malheur pour Marseille. On vient de lire les lettres du second; qu'on les compare à celle-ci, que le premier adressait à son frère, dans le secret de l'intimité et avec « tout l'abandon qui résulte d'une parfaite simultanéité de sentiments : » « ....Bien n'est plus facile que de conserver une réputation révolutionnaire, aux dépens de l'innocence. Les hommes médiocres trouvent dans ce moyen le voile qui couvre toutes leurs noirceurs; mais l'homme probe sauve l'innocence, aux dépens de sa réputation. Je n'ai amassé de réputation que pour faire le bien, et je veux la dépenser en défendant l'innocence. Ne crains point que je me laisse affaiblir par des considérations particulières ni par des sentiments étrangers au bien public. Le salut de mon pays, voilà mon guide ; la morale, voilà mon moyen. C'est cette morale que j'ai nourrie, échauffée et fait naître dans tous les cœurs. On crie sincèrement Vive la Montagne ! dans les pays que j'ai parcourus. Sois sur que j'ai fait adorer la Montagne, et qu'il est des cintrées qui ne font encore que la craindre, qui ne la connaissent pas, et auxquelles il ne manque qu'un représentant digne de sa mission, qui élève le peuple au lieu de le lémoraliser. Il existe un système d'amener le peuple à niveler tout, si l'on n'y prend garde, tout se désorganisera. ■>•>