‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 80 sur 146 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

HORRIBLES MACHINATIONS COHTRE ROBESPIERRE

n développant cette accusation de dictature mise à l'ordre du jour par les tyrans, on s'est attaché à me charger de toutes leurs iniquités, de tous les torts de la fortune, ou de toutes les rigueurs commandées par le salut de la patrie.... Quand les victimes de leur perversité se plaignent, ils s'excusent en leur disant: « C'est Robespierre qui le veut; nous ne « pouvons nous en dispenser.... » On disait aux nobles : « C'est lui seul qui vous a proscrits ; » on disait en même temps aux patriotes : « Il veut sauver les nobles. » On disait aux prêtres : « C'est lui seul qui vous poursuit; » on disait aux fanatiques : « C'est lui qui détruit la religion. » On disait aux patriotes persécutés : « C'est lui qui l'a ordonné. » On me renvoyait toutes les plaintes dont je ne pouvais faire cesser les causes, en disant : « Votre sort dépend de lui « seul. » Des hommes apostés dans les lieux publics propageaient chaque jour ce système; il y en avait dans le lieu des séances du Tribunal révolutionnaire, dans les lieux où les ennemis de la patrie expient leurs forfaits ; ils disaient : « Voilà des malheureux condamnés : Qui en est cause ? Ro- « bespierre. » On s'est attaché particulièrement à prouver que le Tribunal révolutionnaire était un « Tribunal de sang, » créé par moi seul, et que je maîtrisais absolument, pour faire égorger tous les gens de bien, et même tous les fripons, car on voulait me susciter des ennemis de tous les genres.... Tous les fripons m'outragent ; les actions les plus indifférentes et les plus légitimes sont pour moi des crimes ; il suffit de me connaître pour être calomnié ; on pardonne aux autres leurs forfaits ; on me .fait un crime de mon amour pour la patrie. Otez-moi ma conscience, et je suis le plus malheureux des hommes. »

C'est en ces termes que, dans le discours admirable qui fut son testament de mort, Robespierre a raconté lui-même le noir complot dont il allait périr victime. Et ce complot, il s'est prolongé dans l'Histoire. Ouvrez, par exemple, les Mémoires sur les prisons; ouvrez-les au hasard, vous y lirez, 1. 1, p. 232 : « Rergot, un des compagnons de Robespierre. » Et la preuve? — Plus bas, p. 234 : « Les fureurs des Comités révolutionnaires, enfants de Robespierre? » Et de quelle manière enfants de Robespierre? — Ailleurs, p. 237 : «L'administration de police, ou Robespierre, ce qui est la même chose. » — Ailleurs, p. 248 : « Les agents de Robespierre, détenus en apparence. » Plus loin : « Les détenus de Robespierre » Ainsi du reste.

Or l'homme dont, avec tant d'astuce, on proclamait l'omnipotence , n'avait dans le maniement effectif du pouvoir

HORRIBLES MACHINATIONS CONTRE ROBESPIERRE

qu'une part très-limitée. A l'exception de Saint-Just, presque toujours en mission, et du podagre Couthon, souvent absent, le Comité de salut public tout entier lui était hostile ; il comptait dans le Comité de sûreté générale, sauf David et Lebas, autant d'ennemis mortels que de membres. L'agent le plus redoutable du Tribunal révolutionnaire, Fouquier-Tinville, nourrissait contre lui une haine profonde, et c'était là certes une influence bien capable de contrebalancer celle de Dumas. Il est vrai que Robespierre, à la Commune, s'ap-

puyait sur Payan ; mais, depuis la mort de Chaumette et d'Hébert, la Commune avait perdu son importance politique. Restaient donc le club des Jacobins, où il dominait par la parole, et la Convention, sur laquelle il n'exerçait, après tout, d'autre empire que celui de l'éloquence unie à un grand caractère. En réalité, il n'avait que les apparences d'un pouvoir dont les ressorts étaient entre les mains de ses ennemis.

Malheureusement, l'autorité morale de son nom, la supériorité de son talent, son iutégrité, son attachement indomp-

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