‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 2)Chapitre 79 sur 146 · L A M \ KAL HO \VE · texte numérisé non relu

L A M \ KAL HO \VE

moins cinq heures ; il a envoyé toutes ses frégates et toutes ses corvettes pour donner des remorques, sans que ces petits bâtiments aient été inquiétés. Le Pavillon, corvette de huit canons de quatre, est allé prendre un de nos vaisseaux sous la volée de l'ennemi et il ne lui a pas été tiré un coup de canon. Immobdes pendant toute cette opération, nous avions l'armée anglaise au vent à nous ; nous ne pouvions pas aller vers elle , mais elle pouvait venir vers nous ; pourquoi ne l'a-t-elle pas fait? La vérité est que l'ennemi était plus maltraité que nous, et il est bien forcé d'avouer qu'il était hors d'état de tenir la mer. »

Un fait qu'il importe de ne pas perdre de vue , c'est que, tandis que, le 13 prairial (1er juin), les deux flottes se mesuraient, le convoi attendu passait sur le champ de bataille du 10 prairial (29 mai), à travers les débris du combat, hunes, pièces de sculpture des galeries, figures brisées. Les Anglais se croyaient si sûrs d'intercepter ce convoi, qu'à Londres il était déjà vendu, et que les capitaines anglais dont Vaustabel avait , chemin faisant, capturé les navires , lui disaient : « Vous nous prenez en détail, mais l'amiral Howe vous prendra en gros. » Non-seulement ces espérances hautaines furent déjouées, non- seulement le convoi entra sain et sauf dans les ports de France, mais, le 21 prairial (9 juin), Villaret- Joyeuse, avec une flotte délabrée, réduite à dix-neuf vaisseaux démâtés et en remorque , eut la satisfaction de donner la chasse à une escadre anglaise , qui croisait sur Penmark , couvrant les ports de Rrest et de Lorient. Cette escadre , - commandée par le contre-amiral Montagu , se composait de neuf vaisseaux de ligne et de trois frégates. Elle était toute fraîche, ce qui lui aurait permis de tenter la lutte sans trop de jjrésomption, malgré son infériorité numérique. Elle n'en ' jugea point de la sorte. « Ils se sont couverts de voiles, raî conte Jean-Ron Saint-André; et lorsque, voyant l'impossibilité de les atteindre, nous avons repris notre route, ils ont gagné le large. »

Telle fut cette rencontre fameuse, si l'on en dégage le récit des exagérations auxquelles elle donna lieu de part et d'autre, et qu'un esprit étroit de nationalité inspira. Il fallait certes toute la forfanterie de Rarère pour chanter victoire, comme il le lit dans son rapport du 21 messidor (19 juillet); et quand on lit ce rapport, non moins inexact que pompeux, on ne s'étonne plus que Robespierre, esprit grave, « reprochât au rapporteur du Comité de salut public la longueur et l'exaltation de ses comptes rendus touchant le triomphe de nos armées. » La victoire ! Nul doute qu'elle n'appartint aus Anglais, puisque nous avions perdu sept vaisseaux, sans qu'ds en eussent perdu un seul. Mais il est certain, d'un autre côté, que la flotte française avait combattu avec un héroïsme impossible à surpasser; que son triomphe avait tenu à peu de chose ; qu'elle ne s'était pas retirée après le combat devant l'ennemi, et l'avait attendu pendant cinq heures; qu'elle lui avait fait payer cruellement la capture de six vaisseaux, et qu' enfin elle avait accompli sa mission, qui était le salut d'un convoi attendu avec angoisse par la France affamée.

Les deux peuples pouvaient donc se montrer fiers à bon droit du dévouement et du courage qui venaient d'être mis à leur service.

Lord Howe fut reçu en Angleterre avec enthousiasme. La famille royale se rendit à Portsmouth au-devant de lui, et là, sur le tillac du vaisseau Queen-CharloUe, le roi offrit à l'amiral une épée du prix de trois mille guinées. Des gages, proportionnés, de l'approbation du monarque furent donnés aux amiraux et aux capitaines. Les premiers reçurent des mé-

dadles d'or qu'ils furent autorisés à porter autour du cou, suspendues à une chaîne d'or. L'amiral Graves fut créé pair d'Irlande, avec le titre de lord Graves. Sir Alexandre Hood fut fait vicomte de Rridport. Aux contre-amiraux Gardner, Gurtis, Rowyer et Pastley, on conféra la dignité de baronnet, avec une pension de mille livres sterling pour les deux derniers, dont chacun avait perdu une jambe.

En France, la Convention ordonna qu'une image du vaisseau le Vengeur serait suspendue à la voûte du Panthéon.

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