‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 3)Chapitre 28 sur 106 · BENJAMIN FRANKLIN · texte numérisé non relu

BENJAMIN FRANKLIN

citoyens tels qu'Annibal et César étaient dangereux. Donner un roi , de peur qu'il n'en vienne un ! Ce beau raisonnement me rappelle celui de Champagne :

Champagne un beau matin reçut cent coups de gaule Que depuis plus d'un an lui promettait La Fleur. « Dieu soit loué, dit-il, en se frottant l'épaule, Me voilà guéri de la peur. »

Toutefois , et quelque irrespectuerx que fussent les écarts

de sa verve, Camille Desmoulins ne pouvait se résoudre à Frapper d'un arrêt définitif un révolutionnaire tel que Mirabeau : « Il nous faudrait l'évidence même pour crier, avec ce peuple mobile, à la corruption; mais la méfiance est mère de la sûreté. »

Ce langage était à peu près celui des auteurs de la Chronique de Paris : « Nous ne crierons pas à la corruption, mais nous dirons à M. de Mirabeau que le sentiment de la liberté ne saurait exister sans l'inquiétude et k défiance....

C'est dans un nouveau combat qu'il réparera sa gloire. Nous l'attendons sur la brèche. .. Nous le verrons encore sortir de la salle aux acclamations de ce même peuple qui le maudissait samedi. »

Fréron , dans sa feuille, qui venait de paraître, ne se crut pas tenu à tant d'égards : « Mirabeau, Mirabeau! moins de talents et plus de vertu, ou gare à la lanterne! »

Quelques jours après, faible et malade, l'œil voilé, le visage flétri, l'âme évidemment oppressée, Mirabeau se présenta de nouveau à la tribune. Cette ibis, on fit silence, et lui, d'une voix brisée à latprelle on savait tant d'autres accents :

« Franklin est mort.... Il est retourné "au sein de la divinité qui affranchit l'Amérique et versa sur l'Europe des torrents de lumière. Le sage que deux mondes réclament, l'homme que se disputent l'histoire des sciences et l'histoire des empires, tenait sans doute un rang élevé dans l'espèce

humaine Assez longtemps l'étiquette des cours a proclamé

des deuils hypocrites : les nations ne doivent porter que le deuil de leurs bienfaiteurs.... Le Congrès a ordonné dans les quatorze États de la confédération un deuil de deux mois pour la mort de Franklin. Ne serait-il pas digne de nous, ^messieurs , de nous unir à cet acte religieux?... L'antiquité eût élevé des autels à ce vaste et puissant génie qui, au profit des mortels, embrassant dans sa pensée le ciel et la terre, sut dompter la foudre et les tyrans. .. Je propose qu'il soil décrété que l'Assemblée nationale portera pendant trois jours le deuil de Renjamin Franklin. »

Cette belle motion fut adoptée, et la France donna au monde le spectacle d'un grand peuple portant, le deuil d'un grand homme, né au loin. Mais le Mirabeau qui avait proposé cela, quel était-il? Était-ce bien le protégé du comte de La Marck, le débiteur insolvable libéré par Fontanges, l'orateur aux gages de la cour? Non, non : il avait abandonné le séjour de la terre et pris pour un instant son vol vers les cieux, l'esprit de cet être inconcevable en qui se trouvèreni confondus toutes les misères de la nature humaine , tous ses délires , toutes ses grandeurs , et qui fut tel que , si on l'admire, on en rougit; mais que, si on le méprise, on en pleure.

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