‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 3)Chapitre 31 sur 106 · JANSENIUS · texte numérisé non relu

JANSENIUS

Que les fonctions épiscopales et curiales seraient gratuites et ceux qui les remplissaient salariés par le trésor public ;

Que le traitement des évêques serait de cinquante mille livres à Paris ; de vingt mille, dans les villes de cinquante mille âmes, et de douze mille, dans celles de moindre importance ;

Que les curés auraient, à Paris, six mille livres; dans les villes, de quatre mille à deux mille quatre cents; dans les bourgs et villages, de deux mille à douze cents.

Enfin que le traitement des vicaires ne serait pas moins de sept cents livres.

C'était, y compris les pensions des religieux et des religieuses, une somme de soixant-dix-sept millions que l'Assemblée nationale affectait à la dotation du clergé.

Une fois cette décision prise, plus d'obstacle à la vente des domaines nationaux : le 25 juin, reprenant les idées déjà «'•mises à ce sujet quelques jours auparavant par l'évêque d'Autun, le duc de La Rochefoucauld vint proposer, au nom

des domaines et des finances réunis, que l'aliénation, d plus seulement de quatre cents millions des biens du clergé, mais de l'ensemble des biens nationaux, fût décrétée, exception faite de ceux dont la jouissance avait été spécialement réservée au roi. La mesure des ressentiments du clergé é1 il comble : l'abbé Maury s'en fit l'organe, et les déshonora par d'outrageantes apostrophes, par des actes de brutalité sold;; tesque et des affirmations de nature à jeter les esprits dans un trouble immense II appela la vente des domaine3 nationaux une impure manœuvre d'agiotage; il appela Talle) rand, évêque d'Autun, un complice des maltôtiers de la n Vivienne; il se mit en devoir de défendre la tribune comme il aurait pu faire d'une ville assiégée, contre le duc de Li Rochefoucauld qui se présentait pour lui répondre, porta vio lemment la main sur lui, et le repoussa au risque de le renverser; puis, joignant à cet excès d'emportement les calculs d'une haine réfléchie : « Avant d'aliéner les biens du clergé, s'écria-t-il , il est indispensable de connaître la dette publique. Eh bien! je tiens d'un membre du Comité de liquidation qu'elle monte à sept milliards. »

Un frémissement d'indignation courut le long des bancs de la gauche. A droite, on approuvait du geste; on jouissiil de l'épouvante prévue des créanciers de l'État; on souriait. Beaucoup de députés se lèvent tumultueusement, et, pleins d'anxiété, se répandent dans la salle. Lucas, Bouche, plusieurs autres s'agitent et protestent. Le curé Gouttes, président du Comité de liquidation, se fait jour jusqu'à la tribune, d'où il laisse tomber un démenti véhément. « De qui vien! le mensonge ? Nommez ! nommez ! » criait-on de toutes parts à l'abbé Maury, qui, le dédain sur les lèvres et l'insolence sur le front , s'enorgueillissait de la tempête. Dupont de Nemours lui ayant reproché d'avoir parlé au nom du Comité même, il répondit : « M. Dupont avance une imposture. »

Cette déplorable scène avait trop duré. Anson affirma que la dette constituée était de deux milliards; après quoi l'Assemblée ne voulut plus rien entendre L'aliénation des domaines nationaux fut décrétée.

Restait à obtenir pour la constitution civile du clergé la sanction royale. Mais l'enfer se serait tout à coup entr'ouvert sous ses pas, que Louis XVI n'aurait pas éprouvé plus de terreur. Un trouble invincible s'empara de lui à l'idée que sa sanction accordée était peut-être un péché mortel. Il demanda du temps, et la lettre suivante qu'il écrivit secrètement au pape révélera son cœur.

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