L. P. d'Orléans
Les patriotes applaudirent; les ultra - royalistes furent transportés de rage.
« Fourbe insigne! écrivit Suleau, qui t'a dit qu'il fût question de régence? As-tu commandé l'assassinat de Louis XVI? Les émissaires sont-ils partis? L'Assemblée nationale doitelle, à force de tortures, arracher au roi une abdication honteuse ? »
Le royalisme, on le voit, avait ses Marat et ses Fréron.
Mais il y a quelque chose de plus hideux encore que le délire des partis, c'est leur égoïsme. Les constitutionnels s'ép lisant en efforts pour épargner à Louis XVI l'humiliation et le danger d'un jugement, il semble que les contrerévolutionnaires du côté droit, en cela du moins, eussent dû leur venir en aide : eh bien, non. Qu'on étudie leur attitude dans des circonstances où leur infortuné maître avait tant, besoin d'appui ! Une seule pensée les préoccupe : profiter de la confusion universelle, et, s'il est possible, l'augmenter pour ramener la France à l'ancien régime à travers le chaos. Un seul désir les anime : assister au spectacle des derniers triomphes de l'anarchie. A mesure que, par peur de la République, le parti constitutionnel se rapproche d'eux, ils reculent. Le concours qui leur est demandé, dans l'unique but de sauver le roi, ils le refusent. Au fait, qu'importe la ruine du monarque, si l'on peut acheter à ce prix la chance de revenir au passé? Louis XVI mis en jugement? la déchéance décrétée? Tant mieux, tant mieux, parce qu'il faudra bien alors que les rois de l'Europe tirent l'épée. Et ne serait-il point permis de tout demander à l'imprévu, entre les hasards d'une guerre étrangère et les péripéties d'une guerre civile? « Les nobles et les prêtres ne cherchaient qu'à susciter une occasion bien prononcée de rupture avec les puissances étrangères. Ils eussent été charmés que l'Assemblée eût mis Louis XVI en jugement; qu'elle eût décrété la déchéance. » Ainsi s'exprime le marquis de Ferrières, un des leurs, et qui fut de tous leurs secrets, sans partager toutes leurs passions.
Ce n'est pas qu'il n'y eût parmi eux, comme parmi les constitutionnels, quelques esprits sincères, quelques âmes loyales, des fils de preux. Mais hélas ! dans les partis, il est rare que l'influence dirigeante, surtout à l'heure des grandes luttes, appartienne aux nobles penchants, ou même au génie, s'il est coupable de trop de vertu. Voulez-vous gouverner toujours un parti ? Comprimez d'abord votre cœur, révoltez-vous contre la meilleure portion de vous-même, vous deviendrez alors le maître , et vous serez le dernier des esclaves !
Ici, que voyons-nous? Pénétré de douleur, dégoûte de ce qui l'entoure, découragé de vivre, Cazalès donne sa démission; il abandonne la tribune, où il parle en vain, pour le ebamp de bataille, où il pourra mourir.... Et Maury reste! Il reste pour faire signer aux siens, de concert avec les plus aveugles et les plus violents, un manifeste qui était un acte d'hostilité à l'égard des constitutionnels, et qui, à l'égard de Louis XVI, fut un véritable acte de désertion.
Il y était dit que la personne du monarque étant atteinte, et l'anéantissement de la monarchie consommé, les membres du côté droit continueraient bien d'assister aux délibérations de l'Assemblée, mais avec la résolution de n'y plus prendre part , attendu qu'il ne leur était désormais loisible, ni de
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reconnaître la légalité Jes décrets, ni d'en avouer les principes. Et toutefois , par une restriction où se révélait la crainte d'abdiquer, on se réservait de voter, quand « les seuls intérêts qui fussent encore à défendre » seraient en péril.
Deux ce nt quatre-vingt dix députés de la droite signèrent ce manifeste, dont « l'intention malfaisante » n'échappa point aux constitutionnels : on voulait évidemment rejeter sur eux tout le poids de la situation, les laisser en butte aux anathèmesdes clubs et des faubourgs, s'ils sauvaient Louis XVI, et s'ils n'y réussissaient pas, les désigner d'avance au ressentiment des rois. De là, le mot de Thouret, qui, sollicité par les nobles de son parti de revenir sur l'abolition des titres de noblesse, répondit furieux, le manifeste des deux cent quatrevingt-dix à ia main : « Tenez, lisez! Plus d'arrangements. Ces gens-là nous forcent, pour nous soustraire à leur haine, de nous appuyer sur le peuple. »
Ce n'est pourtant pas ce qu'ils firent, tant les effrayait le fantôme de la République qui déjà, sous des formes gigantesques, se dressait devant eux !
Le 30 juin, le président de l'Assemblée nationale reçut un paquet contenant une lettre que, de Luxembourg où il s'était réfugié, Boudlé adressait aux représentants du peuple. « G-engiskan, à la tête de cent mille Tartares, » n'aurait pas écrit autrement.
« Je connais mes forces, disait Bouille avec une incroyable arrogance, et bientôt votre châtiment servira d'exemple mémorable à la postérité ; c'est ainsi que doit vous parler un homme au fuel vous avez d'abord inspiré la pitié. N'accusez personne du complot contre votre infernale constitution ; le roi n'a p:is fait les ordres qu'il a donnés. C'est moi seul qui ai tout ordonné ; c'est contre moi seul que vous devez aiguiser vos poignards et préparer vos poisons Vous répondez des jours du roi et de la reine à tous les rois de l'univers ■ si on leur ôte un cheveu de la tête, il ne restera pas pierre sur pierre à Paris. Je connais les chemins, je guiderai les armées
étrangères Adieu, messieurs, je finis sans compliments,
mes sentiments vous sont connus. »
Un immense éclat de rire accueillit dans l'Assemblée ces fanfaronnades, dont le ridicule effaçait presque la criminelle audace. Au dehors, les royalistes eux-mêmes, à quelques exceptions près, s'en montrèrent tout honteux. Suleau , le contre-révolutionnaire Suleau, ne ménagea j as le capitaine par excellence de la contre révolution : « C'est à mon sens un étrange courage que celui qu'on a la bonté d'admirer dans ce cartel :
« Tans les champs de Pharsale il eût fallu l'avoir.
« Ne sied-il pas bien de s'escrimer en rodomontades , quanti laui ri perdu, même l'honneur? »
L'Assemblée avait passé dédaigneusement à l'ordre du jour : ce fut Rœderer qui, pour sa satisfaction personnelle, se chargea de laccusé de réception. Après avoir rappelé à Bouille une conversation dans laquelle ce demie* lui avait dit : • Je cous donne ma paruh d'honneur d- j'iire toujours re^p eler les décrets il", l Assemblée nationale, » Rœderer ajoutait : « Depuis longtemps, la philosophie travaillait à dét-ltnnorer l'honneur, pour élever la vertu à sa place. Louis XVI et vous, avez rendu ce service à là nation. »
Et aux Jacobins, pendant ce temps, que faisait-on? Un résumé rapide des séances de ce club va montrer quelle nuance d'opinion il représentait.
SéàNjCe du 23 juin. Danton : « L'ind v'ulu déclaré mi des Fiançais est criminel ou imbécile. Pouvant choisir, Choisis-
sons ce dernier parti. Mais l'individu royal ne saurait continuer d'être roi dès qu'il est imbécile. Pas de régent, non plus; mais un conseil à l'interdiction, nommé par les départements. »
Séance du 27 juin. D'Anjou demande un conseil de régence, présidé par un lieutenant général du royaume, celui que le droit de sa naissance porterait à la régence ■ « La Providence semble avoir conservé cet homme, aux genoux duquel il faudrait se jeter. » A ce servile hommage rendu au duo d'Orléans, murmures d'improbation. L'orateur continue. Il veut qu'on fasse leur procès aux membres de la famille royale; que le jugement soit prononça au premier coup de canon tiré sur les frontières ; qu'on nomme pour gouverneur à l'héritier présomptif, non un de ces hommes que désignent les commérages des salons, tels que Gondorcet et la Rochefoucauld, mais des patriotes de la trempe de Pétion ou de Robespierre. Girey Dupré obseiwe que Louis XVI, inviolable comme roi, ne l'est point comme individu. Pourquoi confondre l'inviolabilité avec Y impimissabilil ? En conséquence, Girey-Dupré demande que Louis XVI soit déchu de la couronne, jusqu'à ce que son procès soit fait et parfait, pas plus tard que le 30 août, devant un haut jury. Dans le cours de cette âpre harangue , il a osé dire : « Deux fois les Anglais vous ont donné un grand exemple : vous êtes dignes de les imiter. » Allusion sanguinaire qui est écoutée avec calme.
Séance du 29 juin. Antoine propose un régent et la déchéance : « Qu'une seule tète par sa hauteur abaisse celle des ambitieux. » Rœderer désire un conseil de régence, afin » qu'une régence sans régent prouve qu'on peut avoir une fort bonne monarchie sans monarque. »
Séance du lrr juillet. Varennes pose la question •« Quel est du gouvernement monarchique-ou du gouvernement républicain, celui qui nous convient le mieux? ■> A ces mots, grand bruit. Bouche, qui préside, interrompt l'orateur ■• La constitution a déclaré que le gouvernement monarchique est celui qui convient le mieux à la France Vous voyez l'improbation qui vous frappe! Je vous retire la parole • Royez , évoque de l'Ain, et un des membres les plus influents du club, se lève, cl propose formellement qu'on raye de la liste de la société le nom de Varennes. D'autres opinent qu'il faut se borner à le rappeler à l'ordre. Il essaye de s'expliquer : la majorité refuse de l'entendre. Il sort ■ des applaudissements retentissent.
Ainsi, à la différence des constitutionnels, les Jacobins voulaient la déchéance de Louis XVI, sa mise en jugement, et Girey-Dupré, sans les émouvoir, avait pu leur montrer dans le lointain ... un échafaud, mais, comme les constitutionnels, avec eux, et d'une égale ardeur, ils insistaient pour le maintien du principe monarchique, tellement qu il n'avait pas été permis à Varennes de s'élever contre ce principe, que dis-je? de le mettre en question!
Les Jacobins ne se séparaient donc des constitutionnels que relativement à la personne du monarque, et cela parce que le club était plus près que l'Assemblée de la place publique, d'où montaient alors, contre l'infortuné Louis XVI, Les plus injurieuses clameurs. En pouvait- il être autrement? Maral, Fréron, Camille Desmoulins n'étaient ils pas là, toujours là, surexcitant les passions du peuple, l'encourageant à la haine des personnes bien plus qu'à la discussion des idées, et lui souillant la cruauté dans l'excès .du mépris? « L'orgueil, la gourmandise, la colère, l'avarice, la luxure, les sept péchés capitaux sont la pâte ou la boue dont Arimane a pétri î' animal-roi, mâle ou femelle. — Louis XVI est un idiot à
destituer, ou un monstre à étouffer.... La femme de l'ex-mo narque, féroce instigatrice de tous les forfaits de la cour, doit être rasée et renfermée dans une maison de force. — Cette reine scélérate réunit la lubricité de Messaline à la soif du sang qui dévorait Médicis. » Et comme si ce n'était pas assez de ce débordement d'injures, suivaient les inventions les plus grossières, et des récits d'une invraisemblance grotesque. Tantôt, Louis XVI était représenté comme un fou dont le plus grand divertissement était de se cacher sous le lit, tantôt comme un maniaque qui brisait, dans son appartement, glaces et pendules. Nul doute que, dès son arrivée aux Tuileries, il n'eût dit : « J'ai fait là un f....u voyage. Mais je puis bien faire mes farces comme un autre.... Qu'on m'apporte un poulet. « Fréron prétendit avoir écrit sous la dictée d'une Mme de Flandre une lettre que celle-ci assurait avoir été adressée par Marie -Antoinette au prince de Condé, et qui commençait en ces termes : « Notre ami, ne faites aucune attention au décret lancé contre vous par l'assemblée des cochons. Nous apprendrons à faire remuer les crapauds et les grenouilles (les Parisiens). Voici la façon dont notre gros partira, etc., etc.... » Et il se trouvait des gens pour croire à ces brutales calomnies ! Et Fréron mena grave ment Mme de Flandre à la section du Théâtre-Français , où elle persista dans son dire! Et la section du Thcdtrc- Françiis ayant nommé douze commissaires, parmi lesquels Camille Desmoulins, ils eussent porté l'affaire dans l'Assemblée, si l'accès leur en eût été facilité par Pétion et Robespierre, auxquels ils s'adressèrent, et qui éludèrent la demande, indignés sans doute de cette farce indécente!
De la part de Fréron, singe de Marat, ou plutôt second Marat, moins la sincérité et le coup d'œil, de semblables fureurs étonnent à peine. Mais de quelle désolation, de quel désespoir on se sent l'âme saisie, quand on songe qu'en ceci l'émule de Fréron, c'était Camille, oui Camille, ce charmant esprit, l'époux de la tendre Lucile, et qui, à cette époque du moins, aurait dû être bon, puisqu'il était heureux, puisqu'il était aimé !
Détournons vite les yeux de ce triste spectacle, et transportons-nous sur la scène où, sans s'avilir par de basses attaques contre la personne du monarque, de hardis penseurs appelaient l'opinion à condamner la monarchie.
Ici apparaissent quatre figures principales : fionneville, Thomas Paine, Rrissot, Condorcet.
En 1825, un de nos amis, Dulac, passant, à Paris, dans la petite rue des Grès, remarqua sur le devant d'une des nombreuses boutiques de libraire qui bordent cette rue, bien connue des habitants du quartier latin, une femme déjà vieille, mais aux allures vives, à la physionomie frappante, et que désignaient plus spécialement à l'attention ses cheveux d'un noir de jais relevés au-dessus de sa tôle d'une manière tout à fait inusitée. Notre ami entre, et se met à causer avec cette femme. Au fond de la boutique, dans l'ombre, on apercevait, assis sur une chaise, un homme d'apparence fort étrange, qui ne parlait guère qu'à son chien et ne prononçait qu'en anglais le peu de mots qui lui échappaient. Ce débris du passé, c'était Ronneville. De sa femme, réduite alors à vendre des bouquins pour vivre, l'ami de qui nous tenons ces détads apprit que le pauvre homme avait perdu la raison ; que son imagination, éprise, vers la lin, de ces images fantastiques dont Hoffmann fut obsédé, s'était égarée dans le pays du merveilleux; qu'il se trouvait, chose inexplicable, avoir ouhlié sa langue maternelle et ne paraissait pas avoir conservé le sentiment de son individualité. Il avait un fils au service de l'Amérique. La femme intelligente, active, philosophe, d'une
grande probité, parlait sans regret de sa richesse évanouie, et avec simplicité des connaissances illustres qui avaient charmé leur âge mûr, de Bernardin de Saint-Pierre, par exemple. Elle possédait quelques souvenirs très- curieux des jours éteints, et montrait comme une relique l'écritoire de Thomas Paine.
Quels mélancoliques rapprochements présente la vie humaine ! Le vieillard de la rue des Grès était ce même homme dont le talent avait jeté tant d'étincelles et que Charles Nodier a tant admiré! Ce fut lui qui, après la fuite de Varennes, éleva le premier la voix en faveur de la République. Bonneville avait toujours été très-enthousiaste. Jeune encore, on raconte que, se promenant sur la montagne de Primrose, un livre à la main, il tomba tout à coup dans un tel délire, qu'il se tourna vers les quatre parties du monde et bénit le genre humain avec le volume qu'il venait de lire : la fameuse lettre de Junius Brutus à George III. En 1790, peu après la fête de la Fédération, il avait adressé à Louis XVI, qu'on aimait, alors, une lettre très-singulière où le monarque, pour la première fois de sa vie, était publiquement tutoyé : « 0 Louis XVI, ô mon père ! c'est ton malheur que tu n'aies commencé à entendre le langage de la vérité que dans les plaintes d'un
peuple au désespoir La loi t'a déclaré inviolable; cette loi
est chère au peuple français. »
Éclairé par les fautes du roi, Bonneville avait fait bien du chemin depuis; et, quant à son enthousiasme des premières heures, s'il existait encore, ce n'était plus qu'associé aux rudiments d'une logique austère ou à d'incroyables élans d'audace intellectuelle. Nulle part le principe monarchique ne fut attaqué avec un plus singulier mélange d'esprit et de fougue que dans la Bouche de fer. Il est de Bonneville, ce mot dont Brissot fut heureux de pouvoir s'emparer, sans, du reste, en dissimuler la source : « Les Égyptiens avaient mis sur le trône une pierre pour leur servir de roi Faisons de même, et donnons à cette pierre, éternel symbole du cœur d'un roi, un excellent conseil exécutif. » D'autres fois, c'étaient des emportements sombres et lyriques. A ceux qui affirmaient que les temps n'étaient pas mûrs pour la République, Bonneville répondait par cette adjuration : « Si les temps ne sont pas mûrs, vous qui en un clin d'œil mûrissez les Bastilles, ô amis de la vérité, allumez dans tout l'univers un feu si terrible que la liberté mûrisse enfin pour les nations. Que de tous côtés Ton s'écrie :
« Les temps sont arrivés, et pour leur châtiment La trompette a sonné le dernier jugement. »
Ou bien : o On répand que les ambassadeurs refusent de traiter directement, au nom de leurs maîtres?
« Nous combattrons vos rois, retournez les servir ! »
Et aux Jacobins qui repoussaient la République, il criait sur un ton plein de dédaigneuse fierté : « Jacobins, rompez vos fers! » •
Mais, pour le triomphe de la doctrine républicaine , les ironies passionnées et les emportements de Bonneville n'auraient pas suffi : il y fallait une raison froide, une calme érudition, une intelligence de sang-froid :' ces qualités se rencontrèrent dans un Anglais.
Il est peu d'hommes qui aient été, plus cruellement que Thomas Paine, déchirés par leurs compatriotes . Chalmer, Rose, Cobbctt, presque tous les biographes anglais, se sont, avec une sorte de rage, acharnés sur sa mémoire. A les entendre, la vie de Thomas Paine ne fut qu'un assemblage de
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vices. Dans un pamphlet, publié contre lui, sous le pseudonyme de Francis Oldys, venimeux libelle qui eut jusqu'à six éditions, et qui est intitulé : Vk de Thomas Paine, auteur du séditieux écrit : les Droits de l'homme, il est comparé à une bête fauve, et l'asile qu'on lui donne à une tanière. Sa biographie, par William Gobbett, aboutit à la conclusion que voici : « Quel que soit le lieu, quel que soit le moment de la mort de Thomas Paine, son dernier soupir n'éveillera ni la douleur, ni la pitié. La main d'un ami ne fermera pas ses yeux. Nul, près de sa froide dépouille, ne poussera un sou-
pir, nul ne versera des larmes. Comme Judas, il vivra dans la mémoire de la postérité. Les hommes apprendront à exprimer tout ce qui est vil, méchant, perfide, blasphématoire, par ce simple monosyllabe : a Paine. »
Ces anathèmes avaient été déjà lancés depuis quelques années, lorsqu'un beau jour, un voyageur, venu d'Amérique, annonça d'une manière solennelle aux habitants de Liverpool, qu'il rapportait les ossements du célèbre républicain Thomas Paine, et qu'il conviait tous les amis de la liberté à honorer, par l'érection d'un magnifique monument funéraire, la mé-