MARAT DEVANT LE GHATELET
avait changé le sort de l'Europe ; qu'elle changerait la face du monde; qu'elle était une faculté nouvelle ajoutée aux plus nobles facultés de l'homme; qu'elle était, pour l'univers entier, ce qu'avait été la voix de l'orateur sur la place publique de Rome ou d'Athènes ; que, par elle, la pensée de l'homme .le génie, présente à la fois clans tous les lieux, frappait l'oreille de l'espèce humaine? Ne réduisons pas, disait Sieyès, les moyens de communication entre les hommes; favorisons, de tous les commerces, celui qui importe le plus , le commerce de la pensée ; gardons qu'en gênant mal à propos la liberté de la presse, nous n'allions attaquer dans son germe
le fruit du génie.... Admirables prémisses! Et pour aboutir à quelle conclusion? Adorateur inconséquent de la pensée libre, Sieyès demandait qu'on lui raccourcît les ailes, après avoir promis à son vol l'immensité de l'espace.
Marat , passé maître dans la noire théorie du soupçon ,, qui, depuis, devait faire école, se contenta de cette menace : « La lecture du projet a excité de vifs applaudissements dansl'Assemblée : raison de plus pour ne pas perdre de vue l'abbé Sieyès.... »
Camille Desmoulins, lui, le prit sur un ton moins sinistre. Rarement profond, mais toujours ingénieux et piquant : « Il