FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU
Le Directoire du département de la Seine crut devoir appuyer le veto par une pétition à l'Assemblée. Rédigée, selon toute apparence, par Talleyrand, elle parut avec sa signature, associée à celles de Germain Garnier, de Brousse, de Beaumetz, de Desmeuniers, de La Rochefoucauld.. Le style en était dogmatique et hautain. On y disait : « Puisque aueune religion n'est une loi, qu'aucune religion ne soit un crime. »
Voltaire accourut pour défendre, contre Talleyrand et les hypocrites, les peuples trompés. Quel effroi parmi les prêtres, quand ils le virent, ce Voltaire qu'ils croyaient mort, reparaître soudain, toujours étincelant de verve, mais rayonnant de jeunesse cette fois, et la lèvre entr'ouverte par un sourire plus violent, dans la personne de Camille Desmoulins! Camille avait dû fuir après l'affaire du Champ de Mars ; mais, comme le Parthe, il n'avait cessé de lancer ses flèches en fuyant.
Sur la scène où venait de s'aventurer Talleyrand, il s'élança pour l'écraser. Le 11 décembre, il apporta dans l'Assemblée une contre-pétition qu'il pria Fauchet de lire, parce qu'il se défiait de sa voix. C'était un chef-d'œuvre de grâce et de malice , comme presque tout ce qui sortit de cette plume d'or. « Dignes représentants , les applaudissements s,,nt la liste civile du peuple.... » Il continuait dans ce style charmant, se gardant bien de reprocher au roi son veto ; car il était tout simple qu'un roi n'aimât point la souveraineté nationale et s'opposât précisément aux'medleurs décrets. Machiavel n'avait -il pas dit qu'il serait par trop cruel de trouver mauvais qu'un prince résistât constamment à la volonté générale, attendu qu'il est contre nature de tomber volontairement de si haut'.'1 Le bon cœur de Camille se rangeait bien vite à cette maxime, et, en excusant le roi, il prenait exemple de Dieu, dont les commandements ne sont point impossibles. Mais les vrais coupables, c'étaient ceux qui, après avoir fait très-bien fusiller les pauvres pétitionnaires du Champ de Mars, et avoir sévi dans la Constitution contre tout écrit provoquant à l'avilissement des pouvoirs, s'en venaient maintenant décrier l'Assemblée nationale par une pétition, « premier leuillet d'un grand registre de contre révolution, véritable souscription de guerre civile, envoyée à la signature, de tous les fanatiques, de tous les esclaves permanents et de tons les idiots. » Là-dessus, la conduite à tenir était toute tracée d'avance. Contre les princes conspirateurs, la foudre; contre un directoire insolent, la verge. Vive était la péroraison : Exorc;srz te démon du fanatisme par le jeûne..., et.... frappez à la tête!
L'Assemblée décréta l'envoi du procès-verbal de cette séance aux départements; mais, le lendemain, remis de leur troubles, les feuillants firent si bien, qu'au milieu des murmures par où éclatait l'indignation des galeries, le décret d'envoi fut rapporté.
Ainsi se poursuivaient la guerre aux émigrés , la guerre • irètres : restait à décider.,., la guerre aux rois.