‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 37 sur 100 · BARBAROUX · texte numérisé non relu

BARBAROUX

nonceront seuis leur présence, ce qui leur vaudra le nom flétrissant de crapauds du Marais- mais protégés jusqu'au bout par le mépris même, ils se retrouveront debout sur la

Pétion, nomme président, se groupent comme secrétaires, Brissot , Vergniaud , Lasource , Rabaud - Saint - Etienne et Camus.

Révolution renversée ! En attendant, c'est du côté de la Gi- Tel se présentait donc le prétoire où deux partis, éi^arés

ronde gu'ds penchent, et c'est grâce à eux qu'autour de dans le délire du soupçon, vinrent s'accuser réciproquement

de trahir ce que tous les deux ils aimaient d'un violent amour: la République !

Suivant Garât, observateur impartial, la Gironde, quand la lutte se fut décidément engagée, disait à la Montagne .

« Ce n'est pas à vous qu'il appartient de gouverner la France, à vous, couverts de tout le sang de septembre. Les législateurs d'un riche et industrieux empire doivent regarder la propriété comme une des bases les plus sacrées de l'ordre social; et la mission donnée aux législateurs de la France ne peut être remplie par vous qui prêchez l'anarchie, qui patronez les pillages, qui épouvantez les propriétaires — Toujours d'une longue anarchie on vit la tyrannie sortir et s'élever; et c'est vous qui fomentez l'anarchie.... Parce que vous êtes des furieux, est-ce à dire que vous ne puissiez pas être des perfides ? De tous les animaux le tigre est à la fois le plus sanguinaire et le plus sonnle. .. Vous aiguisez sans cesse des poignards, et quand on veut tuer des répul)licains, c'est pour tuer la République. Vous appelez contre nous tous les sicaires de Paris : nous appelons contro vous tous les honnêtes gens de France. »

De son côté, la Montagne disait à la Gironrk :

« Nous vous accusons de vouloir faire servir vos talents à votre élévation, et non pas au triomphe de /'.Égalité.... Tant que le roi vous a laissés gouverner par les ministres que vous lui donniez, il vous a paru assez fidèle : vous n'avez commencé à le trouver traître que lorsqu'il a trompé votre ambition. Votre vœu secret ne fut jamais d'élever la France aux magnifiques destinées d'une répubhque, mais de lui laisser un roi dont vous auriez été l^^s maires du palais. Par vous, le roi aurait eu un fantôme de trône, la nation un fantôme de liberté, et il n'y eût eu de réel que votre tyrannie. Hommes lâches, qui croyez que des artifices sont la science des hommes d'État, apprenez que les vrais républicains ne sont pas ceux qui choisissent, les voies obliques. .. Hom.mes d'État, dignes de Borgia et de son précepteur, en nous faisant abhorrer comme des barbares, en vous faisant adorer comme les justes par excellence, votre but est d'appeler la guerre cinle, et de diviser la France en États fédérés, dont vous seriez les uniques législateurs, les consuls, les éphores ou les archontes. Vous le plaignez peu, le sang des républicains, versé par torrents dans cette guerre contre l'Europe, que désira le château et qu'allumèrent vos motions , mais le sang que la colère du peuple a fait couler dans les prisons, vous voulez à tout prix le venger . c'était le sang des aristocrates! .. Vous délibérez sous le couteau, ditesvous Pisistrate fit plus que crier aux assassins, il poignarda ses mules et lui-même, et le lendemain, entouré de gardes, il fut le tyran de sa patrie Vous voulez la liberté sans l'égalité ; et nous voulons l'égalité, nous, parce que, sans elle, nous ne pouvons concevoir la liberté. Hommes d'État, vous voulez organiser la République pour les riches ; et nous, qui ne sommes point des hommes d'État, mais les hommes de la nature, nous qui n'avons aucun art, mais l'énergie de toutes les vertus , nous cherchons des lois qui tirent le pauvre de sa misère, et fassent de tous les hommes, dans une aisance universelle, les citoyens heureux et les défenseurs ardents d'une républiqni- universellement adorée. »

Dans ces reproches mutuels, que la lutte électorale venait de mettre vivement en lumière, il y avait' beaucoup d'exagération et d'injustice.

Quoi! parce que les Montagnards soupiraient après l'affranchissement graduel et légal du pauvre , ils étaient les apôtres du pillage et les théoriciens de la spoliation!

Quoi! parce que leur âme, violemment émue, ne fléchissait pas sous la tourmente, et (ju'ils ne craignaient pas de marcher dans l'orage, leur dessein était d'aller par l'anarchie à la dictature! Quoi! l'inaction de Vergniaud, pendant les journées de septembre, avait des comptes à demander à l'inaction de Robespierre ! Et lorsqu'ils évoquaient contre leurs rivaux les livides fantômes des royalistes égorgés, les Girondins affectaient d'ignorer que le massacre était sorti d'un élan de fureur populaire, ils ne se demandaient pas ce qu'eu.x-mêmes ils avaient fait pour l'empêcher ou l'arrêter; ils ne .se rappelaient point les abominations de la Glacière amnistiées par eux ; ils oubliaient que c'était Roland, un des leurs, qui avait défini le 3 septembre un jour sur les événements duquel il faut peut-être jeter un voile!

A leur tour, les Montagnards tombaient dans tout l'aveuglement des passions de parti, quand ils reprochaient à la Gironde de nourrir des sentiments monarchiques, comme si elle n'avait pas porté d'assez rudes coups au trône, et à ses deux appuis naturels, l'aristocratie et le clergé ! Plus tard, sous la main du bourreau, les Girondins crièrent : Vive la République! Ce cri, le dernier qu'ils poussèrent, ne se perdit pas dans le retentissement du couteau, et rend de leur sincérité un témoignage immortel !

Mais leur vrai tort, celui dont la Montagne put s'armer contre eux avec autorité, ce fut d'avoir eu pour doctrine sociale la liberté sans l'égalité, et d'avoir adopté pour politique le fédéralisme.

Encore est-il juste de noter que, de leur part, le fédéralisme fut bien mains un système qu'un expédient. Jamais leur cœur ne s'ouvrit au sacrilège désir de démembrer la patrie. Ils tournèrent les yeux vei-s la province, pour se défendre contre la capitale. En se donnant à leurs adversaires, Paris les avait humiliés ; Paris leur faisait peur . là fut tout leur fédéralisme.

La première séance de la Convention mit au jour, d'une manière trî;^-marquée, quoique indirecte, ces préoccupations des deux partis. Prompt à repousser cette accusation de tendance vers la dictature, qu'il savait peser sur ses amis, et notamment sur Robespierre, Couthon s'écria : « Jurons tous la souveraineté du peuple, sa souveraineté entière, et vouons une exécration égale à la royauté, à la dictature, au triumvirat. «

Le mot de triumvirat se rapportait au dessein formé, disait-on, par Robespierre, Danton et Marat, de s''emparer conjointement de la puissance publique. Rien n'était plus absurde ; mais les haines de parti sont si crédules!

Danton commença par déclarer qu'il se démettait du ministère de la Justice. Puis, pour couper court à toute hypothèse calomnieuse, il demanda qu'on ne reconnût de constitution que celle qui aurait été acceptée par le peuple • sûr moyen, selon lui, de faire disparaître « les vains fantômes de dictature, l'idée extravagante de triumvirat. » Il se hâta d'ajouter : « Abjurons ici toute exagération, déclarons que toutes les propriétés territoriales, individuelles et industrielles seront é'crneUement respectées. »

Danton, le révolutionnaire Danton, ignorait-il d'aventure que la notion de propriété n'a cessé de varier selon les temps et les pays? ignorait-il qu'il est absolument contraire aux lois du progrès de planter dans ce champ de l'esprit humain, qui va s'élargis.sant toujours, des bornes élernelks? ig lorait-U que toutes les propriétés peuvent bien n'être pas légitimes ; (fue lui-même avait concouru à en détruire certaines qui ne lui avaient point paru dignes d'être éternellement respectées ; et que lu Révolution, po-x- ne pas remonter plus

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