‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 45 sur 100 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

FUREURS DE LA GIRONDE

ES Girondins n'avaient pas cessé de figurer, sur les cimes de la République, comme le parti dominant. Ils gouvernaient l'Assemblée. Par Roland, devenu le principal personnage du Conseil, ils avaient la main dans toutes les afi'aires publiques. Ils distribuaient des grades dans l'armée. Garât, homme d'un aimable esprit et d'un vrai talent littéraire, mais trop timide à la fois et trop équitable pour se donner sans réserve, fut poussé au ministère de la Justice par ses amis Gondorcet, Brissot, Gensonné ; et ce fut sur l'indication de Roland, dont il se montra plus tard l'ennemi, que Pache eut le ministère de la Guerre, Pache dont Mme Roland, dans ses Mémoires, fait le type du Tartuffe politique , après l'avoir peint comme un employé instruit, exact, laborieux, très-modeste en apparence, ayant des manières dont la bonhomie rustique rappelait la Suisse, son pays. Le 15 octobre, Pétion fut réélu maire, à la majorité de 13 899 voix sur 15 454. Mais ceci ne saurait être considéré comme une victoire que la Gironde, à celte époque, remporta en pleine place publitjue. Au fond, il n'y avait pas de raison pour qu'on dépossédât le maire qui avait laissé passer le 20 juin, qui s'était associé de .cœur au 10 août, et qui, aux yeux des plus violents, avait le triste mérite de ne s'être opposé que trop tard au 2 septembre. Bien qu'ami avoué de Buzot, dont il avait noblement pris la défense au club des Jacobins contre Fabre d'Êglantine, Pétion n'était pas encore engagé assez avant dans le parti des Girondins, pour être repoussé par leurs ennemis. Il obtint donc la presque unanimité; et le très-petit nombre de "voix qui s'égarèrent sur Rabaud Saint- Étienne, Panis, Roland, Robespierre, Danton, Vergniaud, prouva bien qu'il n'avait pas eu de compétiteur. Il refusa, du reste, préférant son poste sur les bancs de la Convention à l'orageuse magistrature de l'Hôtel de Ville.

Ne se pouvoir modérer est le genre d'impuissance qui, en politique, semble inhérent à la force; la Gironde, tout en se disant le parti de la modération, tombait d'emportements en emportements. Toujours prompte à l'attaque, toujours ardente à raviver le feu de querelles qu'on croyait éteintes, elle ne laissait à la Montagne ni paix, ni trêve, se servant contre elle de Marat avec une violence systématique.

Jj' Ami du peuple demandait-il la parole dans l'Assemblée, même pour un fait insignifiant, aussitôt des cris furieux partaient des bancs de la droite • A bas le scélérat ! A bas le monstre! Paraissait-il à la tribune, Biroteau s'écriait: «. Qu'on le chasse, au Eeu de l'entendre ! » Ou bi«n . « Il faudra purifier la tribune quand il l'aura quittée, 'pour que nous puissions y monter.»

Et ce n'était pas Marat seulement que cherchaient, que poursuivaient ces invectives si peu décentes : Robespierre, même lorsqu'on l'avait attaqué, avait la plus granle peine à se faire écouter, et la possession de la tribune, lès qu'il y était appelé par les accusations de ses ennemis, lui était disputée au milieu des vociférations qui transformaient l'Assemblée en une arène de gladiateurs.

Il résulta de là qu'après avoir pendant quelque temps voté avec la Gironde, des hommes vraiment modérés finirent par se détacher d'elle,

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D'un autre côté, le club des Jacobins ne tarda pas à lui écbapper entièrement. Le 21 septembre, Fauchet, accusé d'avoir demandé un passe-port pour Narbonne, avait été exclu de la Société-Mère, le 23 septembre, elle avait reçu dans son sein Thomas Paine : bientôt son hostilité à l'égard des Girondins, sourde d'abord, ne garda plus de ménagements ; elle les dénonça comme une coterie avide et intolérante ; elle couvrit d'applaudissements Gouthon, les définissant en ces termes: « Un parti de gens fins, subtils, intrigants, et surtout extrêmement ambitieux. »

Ambitieux, ils l'étaient certainement, mais avec plus de noblesse que leurs adversaires ne pensaient, et que leur propre violence, hélas ! n'en faisait supposer : ils avaient l'ambi-

tion d'être les seuls pilotes de la République, non par un bas amour de l'argent ou des honneurs, mais en vue de la postérité, en vue de la gloire. Et, sous ce rapport, la grandeur de Robespierre leur était particulièrement odieuse

Il faut dire aussi que leur républicanisme ne fut pas moins superficiel que sincère; et c'est ici l'occasion de remarquer que cette passion des formes de l'Égalité qui les avait déjà portés à mettre en vogue le bonnet rouge, les poussa, vers la fin do 1792, à recommander la suppression du mot Monsieur, et à donner le signal du tutoiement universel. Les motifs pour lesquels Rrissot, d'accord en cela avec Roland, n'aimait pas trop le mot citoyen, sont curieux à lire dans le Patriote français:

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