OCCUPATIONS DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE
son courage au niveau de ses périls, la Convention redoubla d'audace. Convaincue que tous les peuples étaient frères; qu'il appartenait à la Révolution française de proclamer bien haut le principe de la solidarité humaine; qu'il était dans la mission historique de la France, et conforme à son génie, de servir de lien aux nations ; que la justice enfin ne l'emporterait dans le monde que le jour où les opprimés sauraient et pourraient opposer leur alliance à la ligue des oppresseurs, elle rendit le décret, à jamais fameux, qui mettait le grand cœur et le sang de la France à la disposition des peuples en lutte pour la liberté.
Tel était l'état des choses, lorsqu'arriva le jour où devait être repris le procès de Louis XVI. Mais avant de raconter
la séance du 3 décembre, disons quelle était, au Temple, la vie de la famille qu'on y tenait captive.
Louis XVI occupait, à cette époque, le second étage de la grande tour du Temple; car la famille royale, placée d'abord dans la petite tour, avait été transportée dans la grande, où l'on jugea que la surveillance serait plus facile. De l'appartement de Louis XVI, qui ne formait d'abord qu'une seule jiièce, on en avait fait quatre. La première, après l'antichambre, servait de salle à manger; le royal prisonnier couchait dans la seconde, et son valet de chambre dans la troisième. Un petit cabinet, où il aimait à se retirer, avait été en outre prati(|ué dans une tourelle. Sa chambre à coucher était ornée d'une tenture jaune et meublée très-proprement.
Liberté^ égalité, propriété^ sûreté, voilà ce que les placfues t'.c fonte de la cheminée donnaient à lire à celui qui avait clé roi. Chaque chamhre était éclairée par une croisée; mais ks gros barreaux de fer et les abat-jour placés en dehors gênaient la circulation de l'air. Sur la cheminée, il y avait ur.2 pendule au bas de laquelle on lisait : Le Pautre, horloger du roi. Après la proclamation de la République, les officies municipaux collèrent un pain à cacheter sur le mot roi. Ils placardèrent aussi dans la salle à manger la Déchu aUon t/i.v elroils cle Vhomme, suivie de ces lignes qu'il eût été généreux de ne point tracer dans la prison d'un monarque déchu : Uan I"' de la République.
Le troisième étage, habité par la reine, sa fdle et Madame Elisabeth, présentait la même distribution.
Louis XYl se levait à six heures, se mettait en prièi'o, puis lisait l'office que les chevaliers de l'ordre du Saint- Esprit sont tenus de réciter tous les jours. A ces prières, il en ajoutait d'autres tirées du bréviaire des prêtres. Du reste, sa piété semblait avoir revêtu, depuis qu'il était détrôné, un caractère particulier de résignation ; et s'il arrivait qu'on le gênât dans l'accomplissement de ses devoirs religieux, il n'en témoignait ni humeur ni ressentiment. Un vendredi, soit distraction, soit mauvais vouloir, les employés qui le servaient n'ayant mis sur la table que du gras, il prit un verre de vin, trempa dedans un morceau de pain, et dit avec un sourire exempt d'amertume : « Voilà mon dîner. » La prière et la lecture conduisaient jusqu'à neuf heures. Alors la famille se réunissait pour le déjeuner, après quoi Louis XVI, rentrant dans sa cliambre, donnait à son fils une leçon de latin, puis de géographie. Il lui dit un jour : « Souvenez-vous, mon fils, que les rois sont comme des arbres élevés, toujours agités par les vents. » De son côté, Marie-Antoinette instruisait sa fille, pendant que Madame Elisabeth lisait des livres de dévotion ou s'occupait de quelque ouvrage à l'ai guille. De midi à une heure, les enfants avaient récréation. A une heure, la famille se réunissait de nouveau, pour le repas, dans la salle à manger; et le dîner fini, le jeune prince et sa sœur jouaient dans l'antichambre, au volant, au siam ou à d'autres jeux, tandis que Louis XVI et Marie - Antoinette, pour avoir l'occasion de se dire quelques mots, faisaient une partie d'échecs, de trictrac ou de piquet. Souvent la famille descendait au jardin, où elle ne pouvait, d'ail leurs, se promener que sous la surveillance de deux officiers municipaux. A quatre heures, le roi prenait quelques instants de sommeil. A neuf, après le souper, Marie-Antoinette déshabillait son fils et le mettait au lit. Louis XVI alors prenait congé de sa famdle, bénissait sa fille, et, retiré dans sa chambre, y restait prosterné jusqu'à onze heures, devant le Dieu de ses croyances.
On sent combien était propre à touclier les cteurs où une étincelle de sensibilité restait encore, cette manière de vivre si simple, si calme, et qui, aux yeux des commissaires envoyés dans la tour, mettait si bien en relief les vertus privées de Louis XVI, l'inaltérable douceur de Madame Elisabeth, les grâces naïves de l'enfant captif, et la dignité de la reine, dignité qui n'avait plus rien que de noble, maintenant qu'elle était adoucie par le malheur. Lorsque, tenant à la main le pain qu'on venait de lu' apporter, Louis XVI en offrait la moitié au fidèle Glérv. son valet de cliamljre, et lui
disait : « Il paraît qu'on a . .- votre déjeuner; prenez
ceci, j'ai assez du reste; » ou lorsqi\e ce même Gléry étant tombé malade, c'était le dauphin (pii lui offrait à boire; ou bien, lorsqu'on voyait la fille altière de Marie-Thérèse dresser elle-même son lit, sans qu'une plainte sortît de sa bou-
che, quelle âme vraiment républicL'ine ne se serait émue à de tels spectacles? Ah! Louis XVI dans sa prison était plus dangeieux que sur son trône!
Il se trouva donc (|ue, parmi les officiers municipaux chargés de la surveillance du Temi)le, plusieurs ne se purent défendre d'un attendrissement que, plus tard, quelques-uns d'entre eux payèrent de la vie.
Mais insulter à la puissance abattue est une jouissance pour les natures viles. A côté de ceux qui cédèrent à une compassion généreuse, il y eut ceux qui firent à la République cette mortelle injure de croire qu'elle demandait à être servie par l'abus de la force et une lâche insolence. « Pétion, raconte Madame Royale, envoya pour porte-clés et guichetier l'homme hoi-rible qui força la porte de mon père, le 20 juin 179-', et qui pensa l'assassiner. Cet homme fut toujours à la lour, et essaya toutes les manières de le tourmenter. Tantôt il chantait devant nous la Carmagnole; tantôt, sachant que ma mère n'aimait pas l'odeur de la pipe, il lui en souillait, ainsi qu'à mon père, une bouffée, quand ils passaient. Il était toujours couché lorsque nous allions souper, parce qu'il fallait passer par sa chambre. Quelquefois même il était dans son lit quand nous allions dîner. »
A ces tristes détails retracés par la fille de Louis XVI, Gléry, dans son journal, en ajoute beaucoup d'autres du même genre, et quelque dégoût cju'ils inspirent, ils n'ont rien, hélas! qui ne s'explique par ce mystérieux mélange de grandeur et de bassesse qu'on nomme la nature humaine.
Disons aussi que beaucoup de vexations eurent leur source dans la nécessité de soumettre à une surveillance stricte des prisonniers à ce point importants. Il est juste de ne point perdre de vue que la garde du Temple faisait peser sur la Commune une responsabilité terrible. Ce fut le sentiment de ses propres périls qui la conduisit à donner des ordres dont la grossièreté de ([uelques subalternes outra la sévérité et la rendit, en mainte occasion, odieuse. Des procès-verbaux de la Commune il résulte que des rassemblements nocturnes avaient coutume de se former près de l'enceinte extérieure de la tour; qu'on y jouait différents airs sur le flageolet; qu'on y faisait des signaux; que des cris de : vive le roi! avaient été entendus.
C'est là ce qui explique, de la part de certains municipaux, une vigilance qui atteignait jusqu'aux dernières limites du soupçon. L'un faisait rompre des macarons, pour voir si l'on n'y avait pas caché quelques billets; un autre, sous l'empire des mêmes appréhepsions, ordonnait qu'on coupât des pêclics devant lui, et (ju'on en fendît les noyaux. Un jour, pour prouver qu'il n'entendait pas officieusement empoisonner son maître en le rasant, Cléry fut forcé de boire de l'essence de savon destinée à la barbe du roi. Quand venait l'heure du coucher, les municipaux de service s'arrangeaient de manière à barrer la pièce que Louis XVI occupait. Non contents de fermer cette pièce en dehors à deux verrous, ils fermaient aussi en dehors la porte de la salle à manger, dressaient contre le mur de la chambre à coucher deux lits de sangle, et s'y jetaient tout habillés. Il était défendu à Cléry, mais cette défense était facilement éludée, de s'entretenir à voix basse avec son maître pendant la nuit, et lorsque, durant les repas, les membres de la famille royale se parlaient à l'oreille, les commissaires criaient : Parlez plus haut.
La preuve, du reste, que ces précautions n'étaient pas de trop, c'est qu'elles n'empêchaient pas les communications avec le dehors. Sous prétexte de se faire apporter du linge et d'autres objets nécessaires, Cléry avait obtenu que sa femme vart au Temple une fois par semaine, et se fit accompagner
PROCÈS DU ROI
par une dame qui passait pour sa parente. Or, comme ces visites avaient lieu à l'heure de la promenade, pendant laquelle la plupart des municipaux suivaient la famille royale, Cléry trouvait moyen de savoir tout ce qui intéressait les captifs. Cléry était, en outre, mis au courant des choses du dehors, par trois garçons servants de la bouche du roi, nommés Turgy, Marchand et Chrétien. Ils apportaient dans la tour les repas de la famille royale, préparés dans une cuisine assez éloignée, et Turgy, qui sortait du Temple deux ou trois fois la semaine pour les approvisionnements, pouvait s'informer de ce qui se passait. Il est trai qu'on lui avait
interdit de parler au valet de chambre, à moins que ce ne fût en présence des municipaux, et relativement à des détails de service. Mais, raconte Cléry, « lorsqu'il voulait me dire quelque chose, il me faisait un signe convenu, et je cherchais à l'entretenir sous différents prétextes. Tantôt, je le priais de me coiffer : Madame Elisalieth causait alors avec les municipaux, et j'avais le temps pour nos conversations; tantôt, je lui donnais l'occasion d'entrer dans ma chambre, et il saisissait ce moment pour placer sous mon lit les journaux, mémoires et autres imprimés qu'il avait à me remettre. »
Que si maintenant on examine quelle fut, — abstraction
CL ERY
faite des rigueurs commandées par la politi(|ue, — la conduite de la Commune, on verra qu'eiie ne manqua ni do décence, ni même de générosité.
Et, par exemple, on ne donna pas à Louis XVI moins de treize officiers de bouche, et sa table fut toujours servie avec la plus grande somptuosité. Il n'est pas inutile et il est curieux de rappeler que chaque matin, pour le déjeuner de la famille captive, le chef d'office faisait servir sept tasses de café, six de chocolat, une caletière de crème double chaude, une carafe de sirop froid , une cafetière de lait chaud, une carafe de lait froid, une d'eau d'orge et une de limonade, trois pains de beurre, une assiette de fruits. Le dîner se composait de trois potages, quatre entrées, deux plats de
rôt, quatre entremets; à quoi le chef d'office ajoutait, peur le dessert, une assiette de four, trois compotes, trois assiettes (le fruits, trois pains de beurre, une bouteille de vin de Champagne, un petit carafon de vin de Malvoisie, un de Bordeaux, un de Madère, quatre tasses de café, un pot de crème double, etc. Même al)ondance au souper. Le rapport officiel qui nous a transmis ces détails rend d'ailleurs pleine justice à la sobriété des convives; il constate que, seul de tous les membres de la famille royale, Louis XVI buvait du rin, mais modérément, et qu'il était le seul aussi à observer l'abstinence et le jeûne les jours prescrits par l'Église. Toujours est-il que la Commune ne saurait être accusée de lésinerie, ([uand on songe que la consommation de la volaille, au Tem-
pie, fut, du 16 août au 9 septembre, de 13'ii livres; que, dans le mois de septembre, on y mangea quatre-vingt-six 2:>aniers de pêches; et, pour tout dire en un mot, que le total des dépenses de bouche pendant trois mois et demi s'éleva, même après réduction des bordereaux, à la somme de 35 172 livres!
Cléry a pu écrire, sans trahir la vérité, que, lors de leur installation au Temple, le roi et la reine manquèrent de linge, ou n'eurent que celui que la comtesse de Sutherland, ambassadrice d'Angleterre, leur fit passer; il ajoute : « Les princesses raccommodaient leurs vêtements, et souvent pour recoudre ceux du roi. Madame Elisabeth était obligée d'attendre qu'il fût couché. » Mais, ce que Cléry oublie de dire, c'est que ce dénûment de la famille royale se rapporte seulement aux premiers jours de sa captivité. Louis XVI n'eut pas plutôt demandé des vêtements, du linge et autres effets nécessaires, que la Commune s'empressa d'obtempérer à cette demande; si bien que, pour vêtements, linges de corps et de lit, fournis à la famille prisonnière depuis le 10 août jusqu'à la fin d'octobre, la Commune eut à solder soixante -dix huit mémoires, formant un total de 29 505 livres.
Quant à l'obligation où Marie-Antoinette se trouva réduite de dresser elle-même son lit, ce fut l'etfet de sa libre volonté. Des femmes du choix de la municipalité lui ayant été offertes pour son service, elle les refusa et dit : « Je ferai moimême mon ménage. »
Pétion avait avancé au monarque déchu une somme de 2000 livres : la Commune les rera])oursa.
Elle mit aussi à la disposition de Louis XVI plusieurs ouvrages qu'il demanda vers la fin de novemljre, tels que les Commentaires de Cesa)\ Cornélius Nepos, la Grammaire de Uiomond, Justin, les Métamorphoses d'Ovide, les Fables de la Fontaine, Tacite, les Aventures de Télémaque, etc., etc. L'esprit du temps, considéré sous son plus mauvais aspect, éclate dans les débats qui eurent lieu à ce sujet au sein du Conseil général. L'un prétendait que plusieurs des livres demandés contenaient des erreurs politiques; un autre, que les Métamorphoses d'Ovide étaient contraires aux mœurs; un troisième, qu'on ferait mieux de donner à Louis XVI VHistoire de la Révolution d'Angleterre, celle du Massacre de la Saint- Barthélémy, la Vie de Cromwe'L... Ces objections, à la fois inhumaines et puériles, n'empêchèrent pas la Commune de se prêter aux désirs de son prisonnier. Et certes, un refus, en cette occasion, lui eiit été fort sensible, la lecture ayant été la consolation de ses derniers jours. Lui-même fit, la veille de son exécution, le compte des livres qu'il avait lus au Temple : le chiffre montait à 257 volumes.
Le 20 novembre, à la suite d'une passagère indisposition dont il venait d'être atteint, le bruit de sa mort courut à Paris. Que prétendaient ceux qui répandirent cette fausse nouvelle? Voulaient-ils tâter l'opinion? En tout cas, leur but fut manqué, la Commune s'étant hâtée de publier le bulletin de la santé de Louis, et n'ayant pas laissé aux émotions diverses le temps de se produire.
Cependant elle touchait à sa fin, cette fameuse et terrible Commune du 10 aoiit. Le 2 décembre, le Conseil général ouvrit sa dernière séance à neuf heures du matin, et à trois heures, ceux que l'élection populaire avait désignés pour le remplacer commençaient leurs travaux. Un médecin, nommé Ghambon, avait été élu maire : quelques jours après, ChaumetlCj dont Hébert et Real furent les substituts, se vit élever, par le suffrage des sections, à la dignité de procureur général de la Commune. A peine installé, ■■ je m'appelais autrefois, dit-i!, Pierre-Caspard Chaumette, parce que mon par-
rain croyait aux saints. Depuis la Révolution, j'ai pris le nom d un saint qui a été pendu pour ses principes républicains. C'est pourquoi je m'appelle aujourd'hui Anaxagoras Chaumette. »
Avec la nouvelle de ce changement, un rayon d'espoir avait pénétré dans le Temple, mais il se dissipa bien vite. L'Hôtel de Ville redoubla de vigilance : malheur aux magistrats récemment élus, s'ils eussent fléchi 1 Partout, le vent était à la colère, et plusieurs sections laissèrent éclater une impatience farouche. Telle était, même dans les provinces, la violence des animosités républicaines, cju'une commune proposa sérieusement à la Convention de faire, pour les envoyer à l'ennemi, des boulets du calibre de la tête de Louis XVI et portant son effigie. Dans leur empressement à montrer l'horreur que la royauté leur inspirait, villes et pariiculiers*changeaient de nom, si celui qu'ils avaient porté jusqu'alors contenait les mots Louis, Bowbon, ou Royal. C'est ainsi que la ville de Port-Louis obtint de s'appeler Port-de-la- Liberté.
D'un autre côté, les royalistes se taisaient ou se cachaient. Nul effort ne fut tenté en faveur de la famille royale. Lesseuls témoignages de sympathie qu'elle reçut se firent jour : au Théâtre-Français, dans quelques allusions d'un drame intitulé VAmi des Lois; au Vaudeville, dans cette phrase de la Chaste Suzanne : « Vous êtes accusateurs, et vous seriez juges! » Au -Marais, enfin, dans une pièce intitulée le Tribunal Redoutable : on y représentait une tour absolument semblable à celle du Temple; on montrait cette tour devenant la prison d'une femme belle et noble; et la conclusion était qu'il fallait respecter le sang des rois comme celui de dieux bienfaisants. A la troisième représentation, Gonchon s'étant levé tout à coup pour interpeller le directeur, des royalistes le menacèrent. Lui, froidement : «Le premier qui m'attaque est mort. » Et ce fut tout.
Pendant ce temps, on s'occupait à rassembler les matériaux du procès attendu. C'était Ruhl, Jacobin déterminé et patriote austère, ([ue la Convention avait chargé de l'examen des papiers fournis par l'armoire de fer; et un bruit vague s'était répandu que plus d'un Girondin allait se trouver compromis : rumeur doublement absurde, puisqu'en supposant même que d'aussi fiers républicains eussent faibli un moment, il avait été facile à Roland d'en faire disparaître la preuve.
De fait, rien ne put être produit ni contre eux, ni contre le;i députés du centre, si ce n'est : 1° une lettre de Laporte au roi, énonçant que « Barère était dans les meilleures dispositions; » 2° un mémoire de Samte-Foi, où il recommandait Kersaint à Louis XVI comme ministre de la marine; 3" une pièce apostillée par le monarque, dans laquelle il était dit . « Seize membres des plus forts de l'Assemblée.... vont être acquis pour trois mois, et ensuite pour toute la législature, mais ils coûteront cher ...»
Ces documents, que Ruhl crut devoir communiquer à l'Assemblée, dans la séance du 3 décembre, ne pouvaient évidemment donner lieu à une accusation sérieuse : Barère et Kersaint n'eurent pas de peine à repousser des soupçons fondés sur des allégations aussi vagues, aussi futiles; et en insinuant que Guadet devait être au nombre des seize membres dont parlait la note apostillée par le roi, vu son influence parlementaire et son talent, le prêtre Châles n'aboutit qu'à s'attirer une réponse foudroyante.
Cet incident terminé, l'alfaire de Louis XVI fut reprise, et Robespierre parut à la tribune. Il venait parler, non sur le procès, mais contre le procès. C'est pourquoi on consentit à l'entendre, bien qu'il eût été décidé que les discours seraient seulement imprimés. Il commença en ces termes :
PROCÈS DU ROI
u L'Assemblée a été entraînée, à son insu, loin de la véritable question. Il n'y a point ici de procès à faire. Louis n'est point un accusé, vous n'êtes point des juges; vous
êtes, vous ne pouvez être que des hommes d'Etat et les représentants de la nation. Vous n'avez point une sentence à rendre pour ou contre un homme , mais une mesure de