‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 64 sur 100 · I. E ROI EN T EN' Il I.A .MESSE · texte numérisé non relu

I. E ROI EN T EN' Il I.A .MESSE

le roi, d'un crime affreux commis avec audace, d'un représentant du peuple assassiné. Et ce qui fait croire l'attentat possible, c'est le projet attribué à de riches marchandes, à des accapareuses, à des femmes de plaisir, de se déguiser en poissardes et d'ameuter les dames de la Halle contre l'échafaud; c'est un pamphlet lancé sous ce titre: Brévi'iire drs Parisiennes pour la défense de Louis XYI; c'est une foule il ardents libelles posés sur les bornes ou glissés sous les portes par des mains furtives. Bientôt les doutes s'éclaircissent. Au club des Jacobins, dans les sections, la nouvelle sinistre est parvenue, encadrée de circonstances cjui ne sont f[ue trop précises Un homme a reçu un coup de sal.ire dans

à la Révolution, c'est Michel e même que quatre mois au-

le flanc, et cet homme, ch.ei'

Lepelletier de Saint-Fargean.

paravant on avait entendu s'écrier ; •<. Heureux les fondateurs

de la Républi(jue, dusseiît-ils payer ce bonheur au prix de

leur sang ! »

Il y avait alors dans Paris un lieu devenu redoutable, mais entouré d'une sorte de ciiarme fatal. Château-bazar, monument moitié aristocratique, moitié marchand, coupé enfre un jardin et une cour de hangars en planches qu'on appela d'a- Jjord le Ccunp des Tartans et puis les Galeries de bois, percé d'issues nombreuses, bordé enfin de boutiques superposées à des caveaux, le Palais-Royal semlilait f;:il exprès pour ser-

IIISTOIRK DK LA lU'] VOLIJTIOX FRANÇAISE

vir à la fois de tliéàtre au tuiuullf l'I de l'eliaile à la Iraliison. Aussi était-ce là que le pouls de Paris battait, quand Paris avait la fièvre. Là le scandale des amours en plein vent, les bourdonnements de la politique quotidienne, le contrecoup de toute grande aj^ntation, le tlux et redux des mille rumeurs de la ville, le bruit, et, au-dessous, mainte existence louche, la vie trouble des complots, et jusqu'au pied du lit des prostituées, la contre-révolution tenant tout bas ses assises; là, cachés par leurs maîtresses, ceux des émigrés que ramenaient à Paris l'espoir de la vengeance, l'appât de l'imprévu, ou l'ennui. Lorsque les ciioses en furent venues au point d'alarmer la vigilance de la Commune et de ])rovoquer une descente de la garde nationale, le nombre des hommes sans carte de civisme et sans asile, surpris dans les repaires de l'étrange palais, se trouva être d'environ six mille !

Or, il arriva que, le 20 janvier vers six heures du soir, Michel Lepelletier, soit curiosité, soit hasard, étant venu prendre son repas dans un des caveaux du Palais-Royal, chez un restaurateur nommé Février, un jeune homme y entra, que rendaient aisément reconnaissable sa haute taille, sa barbe bleue et ses cheveux noirs, la blancheur de ses dents, son teint basané. Lepelletier était seul, dans une salle du fond. Le jeune homme s'approche du comptoir et demande à la femme du restaurateur s'il est vrai que le représentant du peuple Saint- Fargeau soit chez elle. Sur la réponse affirmative de la dame, et guidé jiar son indication, il va droit à sa victime : « Vous êtes Lepelletier de Saint-Fargeau? — Oui. — Vous avez voté la mort du roi? — Oui. — Eh bien, meurs, scélérat! Voici ta récompense. » Et il lui plonge son sabre dans le flanc. Averti, le maître de la maison accourt, saisit l'assassin; mais celui-ci se dégage et disparaît, tandis qu'ému de la crainte généreuse qu'un aussi lâche attentat ne fût suivi de quelque scène terrible, Lepelletier adjurait ceux qui le relevaient tout sanglant de ne pas donner l'alarme. Son agonie, courte, mais horriblement douloureuse, le laissa maître de lui-même Son frère, prévenu aussitôt, étant arrivé : « Je meurs content, lui dit-il; je meurs pour la liberté de mon pays. » Et il expira.

Le lendemain, 21 janvier, était le jour que le Conseil exécutif provisoire avait fixé. pour l'exécution du- roi. Gléry, qui avait passé la nuit sur une chaise dans la chambre de son maître, se leva de grand matin et se mit à allumer le feu. Au bruit qu'il fit, Louis se réveille, et écartant le rideau : « Cinq heures sont-e'les sonnées? — Sire, à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule. — J'ai bien dormi, j'en avais besoin; la journée d'hier m'avait fatigué; où est M. de Firmont? — Sur mon lit. — Et vous? — Sur cette chaise. » Louis XVI marqua par un geste expressif combien il était touché de l'attachement de ce fidèle serviteur.

Son premier soin, quand il fut habillé et coiffé, fut de faire prévenir M. de Firmont. Le prêtre parut. Déjà Ciéry avait placé au milieu de la chambre une commode qu'il disposa en forme d'autel. Le roi entendit la messe à genoux par terre, sans prie-Dieu ni coussin; il communia, et resta quelque temps encore, après la messe, recueilli et comme absorbé dans ses prières.

Le jour commençait à poindre. Un brouillard épais enveloppait la ville. Autour du Temple, profond silence. On n'entendait pas même le bruit sourd occasionné par l'arrivée des subsistances qu'apportent chaque matin à la capitale les habitants des environs. Soutenu par l'espérance d'une autre vie, Louis était calme. On l'entendit murmurer à plusieurs reprises ces mots de Charles I"" à l'évèque Juxlon : » Je vais chan-

ger nnc enuronne périssaljlc poin- une (jui est iinmoilellc. « La nature, cependant, souffrait en lui et gémissait. Quand l'abbé de Firrnont, qui l'avait quitté un moment, rentra, il le trouva assis près de son poêle et ayant peine à se réchaufter.

A sept heures, il sortit de son c;iLinet, el appelant Cléry : ■■ \'ous remettrez, lui dit-il, ce cachet à mon fils.... cet anneau à la leme; dites-lui bien ([ue je le quitte avec peine

Ce petit paquet renferme des cheveux de toute ma famille ;

vous le lui remettrez aussi Dite.=; à la reine, à mes cliers

enfants, à ma sœur, que je leur avais promis de les voir ce malin, mais que j'ai voulu leur épargner la douleur d'une séparation si cruelle. Combien il m'en coi'ite de partir sans recevoir leurs derniers embrassements ! » Et des larmes coulèrent de ses yeux. Il aurait voulu que Cléry lui coupât les cheveux; mais les ciseaux qu'il demanda à cet effet lui furent refusés avec une dureté soupçonneuse.

En ce moment , Paris était sous les armes , et la générale battait dans tous les quartiers. Bientôt il se fit autour du Temple un mouvement extraordinaire, et l'on entendit trèsdistinctement dans la cour la voix des officiers de cavalerie et le pas des chevaux. « Il y a apparence qu'ils approchent, » dit le roi à l'abbé de Firmont qu'il voyait tressaillir.

Deux commissaires de la Commune, tous les deux prêtres, se présentent accompagnés du chef de la force armée. Le condamné eut un instant d'effroi. Il rentre précipitamment dans son cabinet , ferme la porte , tombe à genoux devant l'abbé de Firmont : « Tout est consommé. Monsieur; donnez-moi votre bénédiction, et priez Dieu qu'il me soutienne jusqu'à la fin. » Il reparut, i'air plus rassuré, et, tendant à Jacques Roux, l'un des deux commissaires, un paquet qui contenait son testament, il le pria de remettre ce paquet au Conseil général de la Commune. C'est alors que ce Jacques Roux, — « prêtre, c'est-à-dire sans entrailles, » s'écrie à ce sujet le journal de Prudhomme indigné, — prononça les odieuses paroles dont lui même courut se vanter à la Commune, paroles que l'abbé de Firmont déclare n'avoir pas entendues, mais qui se trouvent rapportées dans le journal de Cléry : « Je ne suis ici que pour vous conduire à l'échafaud.» Louis XVI répondit . « C'est juste. » S'apercevant que chacun des commissaires svait son chapeau sur la tête , il demanda aussitôt le sien. Et toutefois, l'ancien orgueil de son rang avait tellement fléchi sous son inalheur, qu'ayant laissé échapper ce mot « la reine, » il se reprit avec précipitation pour dire : ma femme.

Sanlerre était là qui attendait, et pressait le moment du départ. « Monsieur, l'heure approche, il est temps de partir. » Mais lui, comme pour faire reculer sa destinée, et comme si quelque mystérieux espoir se fût agité au fond de son cœur, il hésitait. Une seconde fois, il demanda à se retirer dans son cabinet, pour s'y recueillir; et lorsqu'il en sortit, ce ne fut que sur une nouvelle invitation de Santerre qu'il se décida. Intérieurement combattu, ce semble, entre sa résignation de chrétien et un sentiment de colère qu'il ne put réprimer, il leva les yeux au ciel, frappa du pied droit contre le plancher, et dit : -< Allons, partons! »

Au liruit des tambours, la reine s'était élancée vers la fenêtre de sa chambre, et tenant ses enfants pressés contre son sein, s'écriait toute en larmes : ^ C'en est fait, nous ne le verrons plus! » On savait, néanmoins, au Temple, que le projet d'enlever le roi avait été formé , et l'abbé de Firmont en avait reçu avis, la veille, de deux des principaux acteurs du complot. Cette audacieuse tentative réussirait-ellé? L'abbé de Firmont a lui-même écrit qu'il en conserva l'espoir jus-

EXECUTION DE EOUIS XVI

qu'au pied de la guilloline, et cet espoir, nul doute qu'il ne se l'ùt efforcé de le ffiire partaf^er à Louis XVL

Le condamné traversa la première cour à pied , non sans s'être retourné une ou deux fois vers la tour sombre où il laissait sa femme, ses enfants, sa sœur! A l'entrée de la seconde cour était une voiture verte, dont deux gendarmes tenaient la portière. Louis y monte, son confesseur à côté de lai dans le fond, et, sur le devant, les deux gendarmes. Le signal est donné, le cortège s'ébranle.

Aloine spectacle! Depuis la pi'ison jusqu'à la ]ilace de mort, se hérisse une double haie de piques ou do fusils portés par des hommes qu'à leur muette immobihté on prendrait pour des statues armées. L'air est froid , le temps bruœeux. Un silence de plomb, interrompu seulement à la sortie du Temple parle en: Grâce! Grâce! qu'ont poussé quelques tremblantes voix de femmes, règne tout le long de la ligne à parcourir. VA et là. des boutiques entr'ouvertes , partout les fenêtres l'.-rmi'cs. Pour le inéton, nulle issue; et pas d'autre voiture

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