LE ROI DIT : P.\RT0NS
que celle qui roule au milieu du silence universel, emportant le malheureux qu'on appelait alors « Louis le dernier ! »
Le Conseil général était en séance, et, pour le tenir au courant de ce qui se passait, les courriers se succédaient à l'Hôtel de Ville. Là, s'il en faut croire le témoignage d'un contemporain, Hébert fut aperçu versantdes larmes ; et comme un de ses voisins s'en étonnait : « Le tyran, dit-il, aimiit beaucoup mon chien, et il l'a bien souvent caressé : j'y pense en ce moment. »
A la même heure, un vieux serviteur du père de Louis XVI, labbé Leduc, allait présenter à la Convention une requête
aussi courageuse que touchante. Sachant bien qu'il" n'cl3t:en-^ drait pas le roi vivant, il le réclamait mort, et, d'un 'ton lamentable, insistait pour qu'on le laissât porter dans son-t&hibeau de famille, à Sens, les froides rehques de son'mattre." L'Assemblée repoussa cette demande, et concentra toutes ses préoccupations sur Lepelletier, sur sa mort funeste , sur les honneurs patriotiques à rendre à sa mémoire.
Et pendant ce temps, la voiture funéraire avançait, avançait toujours. En la voyant venir, une jeune fille s'évanouit. Le cortège avait à passer, dans sa route, non loin de la maison de Duplay. Or, ce jour-là^ Duplay avait fermé de grand ma-
HISTOIRE DE LA UEVOLL'TIUX FRANÇAISE
tin sa porle : el à p]léonoi'e qui en demandait le motif, Ro- ])e-ipiei're avait répondu d'un air concentré . « Votre père a raison ; il va passer une cliose que vous ne devez pas voir. » Le cortège arriva, en etVet, annoncé par un bruit de roues et de chevaux Louis lisait, dans un bréviaire, les psaumes des agonisants, tandis que son confesseur, l'âme tout entière à la pensée du complot promis, comptait les minutes avec une muette angoisse Vain esj)oir, et seml)lable à ces lueurs rapides qui rendent la nuit plus noire, apivs l'avoir lia\ersée! Une vigilance implacalil' a lout prévu, et des cinq cents per-
sonnes que lie au salut du roi le pacte d'une fidélité intrépide, vingt-cinq seulement ont réussi à gagner le rendez- vous.
A dix heures dix minutes, on arriva au pied de l'échafaud. Il avait été dressé en face du palais des Tuileries, sur la place qui s'était appelée Louis XV, à l'endroit où s'était élevée la statue du plus corrompu des rois, mort tranquillement dans son lit ! Le condamné mit trois minutes à descendre de la voiture. Au moment de c[uitter le Temple, il avait refusé sa redingote, que Cléry lui présentait : il portait un habit biun, une veste blanche, une culotte grise, des bas blancs. Ses che-
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EXECUTION DE LOUIS XVI
veux n'étaient pas. en désordre, aucune altération ne se remar- ({iià.t.sor scn, visage. L'abbé de Firmont était en simple habit iicif. "Un grand espace vide avait été ménagé autour de l'échafaud, espace bordé de canons; et au delà, aussi loin cjue la \\\e poLiyait s'étendre, une multitude sans armes.
Au bourreau venant ouvrir la portière de la voiture , Louis avait recommandé de prendre soin de son confesseur, et cela d'un ton de maître. Quand il fut descendu, l'œil fixé sur la foule de soldats qui l'environnait, il cria d'une voix terrible : « Taisez vous! » Les tambours s'étant arrêtés, mais, sur un signe du chef, ayant repris aussitôt, « Quelle trahison! s'écria t il, je suis perdu! je . uis perdu ! » car il paraît (pie jus-
qu'à ce moment il avait conservé quelque espoir. Les bourreaux l'entourant pour lui ôter ses habits, il les repoussa avec fierté, et délit lui-même son col. Mais où tout le sang qui coulait dans ses veines parut s'allumer , ce fut quand on lui voulut lier les mains. << Me lier les mains! » Une lutte allait s'engager..., elle s'engagea : «^ Il est certain, écrit Mercier, que Louis livra une espèce de combat à ses bourreaux. » L'abbé Edgeworth demeurait incertain, consterné, sans voix. Enfin , comme son maître semblait l'interroger du regard : a Sire, lui dit-il, dans ce nouvel outrage je ne vois qu'un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être votre récompense » A. ces mots, la colère de l'homme