LE PRINCE DE SAXE-COBOURG
la guillotine sur les ponts, afin que, les tètes une fois coupées, les corps tombassent dans la rivière Et le signataire s'écriait . « Grand Dieu! fais que la Convention m'entende, et sévisse contre tant d'attentats! » Celui qui reculait ainsi d'horreur à l'idée du sang des hommes mêlé à, l'écume des flots, portait un nom que la Loire semble murmurer aujourd'hui encore : il s'appelait Carrier !
La déplorable journée du 25 à Paris, les troubles de Lyon, ceux qui dans le même temps éclatèrent à Bordeaux et à Dijon, la Vendée qui se levait, le lien mystérieux qui paraissait unir sur tant de points à la fois les efforts de l'esprit de révolte ou d'anarchie, tout cela n'était que trop fait pour servir la coalition.
Elle venait , d'ailleurs , de prendre un développement redoutable par deux traités conclus entre Catherine II et l'Angleterre : l'un d'alliance militaire contre la France, l'autie d'alliance commerciale. Les deux Puissances s'engageaient, non-seulement à fermer leurs ports aux marchandises françaises, mais encore à briser tout rapport de commerce entre la France et les neutres. En attendant qu'on pût prendre la Révolution corps à corps et l'étouffer, on l'isolait
De son côté, l'Autriche, pressée par l'Angleterre de reconquérir les Pays-Bas et chargée plus spécialement de la conduite de la guerre offensive, poussait en avant cent douze mille hommes, sous les ordres du prince de Saxe-Cobourg, préféré comme général en chef des armées impériales à un guerrier plus habile, mais de moins noble extraction, Glairfayt.
Ce dernier, que la victoire de Jemmapes et la rapide conquête de la Belgique n'avait pas encore rejeté au delà du Rhin, occupait alors Berghem, où il n'était séparé de l'armée française que par la petite rivière de la Roër, et par Juliers, très-médiocre forteresse.
Cependant Dumouriez avait quitté Paris; avec quels desseins? Il les a lui-même dévoilés, depuis, dans ses Mémoires. Son plan était d'envahir la Hollande comme il avait fait la Belgique ; de dissoudre le comité révolutionnaire hollandais ; d'annuler le décret du 1 5 décembre ; d'offrir aux Anglais la neutralité, aux Autrichiens une suspension d'armes ; de réunir les deux républiques belge et batave ; de proposer à la France une réunion avec elles, et, en cas de refus, de marcher sur Paris, pour y dissoudre la Convention et y écraser le jacobinisme.
Ce plan, qui était d'un traître, quoique Dumouriez, en le léguant à l'histoire, ne paraisse pas s'en douter, fut confié à quatre personnes seulement, parmi lesquelles Miranda nomme Danton, Lacroix et Westermann. Assertion terrible, si elle est vraie! Mais rien ne peut ici être affirmé avec certitude, sinon qu'à cette époque Danton soutenait Dumouriez, qu'il fût initié ou non à ses projets.
Pour les accomplir, l'audacieux général envoie au général Miranda l'ordre d'assiéger Maëstricht; détache de son armée, dispersée sur la Meuse, quatorze mille hommes, miUe chevaux, presque toute l'artillerie; entre en HoUande, le 22 février; s'empare de Bréda, le 25, de Klunderl, le 26, et fait tout trembler autour de lui, devant lui
Mais, derrière lui, ce qu'il laissait, le voici. Le 3 mars, un officier écrivait aux Révolutions de Paris :
a Nous ne pouvons compter sur nos généraux D'Harville vient de nous trahir à Aix-la-Chapelle , nous y avons été surpris. Si vous apprenez la levée du siège de Maëstricht, ne vous en étonnez pas. Hier seulement, 2 mars, notre artillerie y a paru. Aussi nos canonniers ont-ils fait des reproches fondés à Miranda. Nos troupes sont admirables sous le feu, la
misère semble ajouter à leur courage. Mais nous n'avons que quelques mortiers mal approvisionnés, et la place tire soixante coups à l'heure. Les fjcnéravx veulent laisser échapper un grand nombre de leurs amis bloqués dans la ville »
La lettre était signée : René Bellanger, capitaine d'une compagnie brestoise.
Le 5 mars, autre lettre (fui disait : « Croira-t-on jamais (pie ce qui se passe est na ..el? Aix-la-Chapelle enlevée, Bréda découvert, le siège de Maësf-'cht levé! Qui ne voit qu'on a voulu sauver quatorze ou quinze cents émigrés, bloqués dans cette dernière ville? On parle partout de trahison. On accuse Valence. On crie contre Miranda »
Bientôt, toute la vérité fut connue. Le l*' mars, le prince de Gobourg avait rejoint Clairfayt à Berghem; et, profitant de l'absence de plusieurs de nos officiers généraux, de la criminelle négligence ou de la division des autres, de l'étendue trop grande de nos cantonnements, de la sécurité de Miranda, qui croyait n'avoir affaire qu'à une vingtaine de mille hommes, les Autrichiens avaient tenté brusquement l'attaque, franchi la Roër, forcé trois redoutes à Aldenhoven, occupé Aix-la-Chapelle après un combat sanglant dans les rues, et refoulé les Français vers Liège, tandis que, séparés par ce mouvement, Stengel et Neuilly étaient rejetés dans le Limbourg, et que Miranda, levant le siège de Maëstricht, abandonnant même la rive gauche, se repliait sur Tongres
Telle était donc la situation : la 'coalition universalisée, et la France précipitée dans tous les périls à la fois, de toutes parts ; sur mer, nulle place pour nos vaisseaux ; dans l'intérieur de nos villes, la révolte; à la tête de nos armées, l'esprit de trahison; à nos frontières, la déroute.
Situation sans exemple ! Une seule chose la pouvait égaler et l'égala • l'héroïsme de la Convention, combiné avec l'élan du peuple français.
Le 4 mars, l'immortelle Assemblée reçoit des dons en armes, vêtements, bas, souliers, que les sociétés envoient pour nos soldats demi-nus.
Le 5, sur la motion de Choudieu, combattue d'abord par Buzot et Barbaroux , mais amendée ensuite par leur ami Boyer-Fonfrède, elle décrète l'envoi aux frontières des fédérés qui sont dans Paris.
Le 6, elle appelle dans son sein Labretêche, frappé à Jemmapes de quarante et un coups de sabre, et, par la main du président, lui pose une couronne civique sur la tête.
Le 7, elle applaudit à ces mots de Barère : « Un ennemi de plus pour la France n'est qu'un triomphe de plus pour la liberté; » et pleine d'une confiance magnanime, avec calme, unanimement, elle déclare la guerre à l'Espagne.
Le 8, sur la proposition de Danton, elle décide que des commissaires pris dans son sein iront dans les quarantehuit sections de Paris et dans tous les départements de la République rappeler aux citoyens en état de porter les armes le serment de maintenir la liberté et l'égalité jusqu'à la mort.
Mais déjà tout Paris est debout ; les sections se sont assemblées ; on a fermé les spectacles ; les enrôlements, qui s'étaient ralentis, recommencent dans chaque quartier; tous les jeunes gens employés dans les bureaux de la Commune partent, et elle annonce qu'elle n'emploiera plus de célibataires, le Conseil général a publié une proclamation autour de laquelle le peuple se presse frémissant « Hommes du 14 juillet, du 5 octobre, du 10 août, réveillez-vous! " Le drapeau noir flotte à l'Hôtel de Ville, et les volontaires en marche ne s'arièlent que pour demandera la Convention de prendre soin de leurs enfants et de leurs femmes, pendant qu'eux ils s'en vont mourir.
LES FAUX TRIBUNS
traordinaire éveillés par