STOFFLET
Bretagne une vaste conjuration, dans laquelle l'amour fit entrer Thérèse de Mollien, femme romanesque et hardie.
Le complot prit des développements rapides; mais tandis que les conjurés en préparaient l'explosion, des regards de feu les suivaient dans l'ombre; des mains qu'ils ne soupçonnaient point tenaient la hache suspendue sur leurs têtes, et chacun de leurs pas était compté. La Rouarie s'était confié, l'imprudent! à son médecin, Latouche ; celui-ci avait secrètement prévenu Danton, et Danton avait averti à son tour le gouvernement révolutionnaire, qui, sûr désormais d'écraser
la conspiration, à son jour, à son heure, la laissa s'étendre, pour connaître tous ses ennemis et les frapper d'un seul coup.
La Rouarie touchait à Téchafaud, croyant toucher au succès, lorsque le 30 janvier 1793, une maladie l'enleva. Le Comité de sûreté générale se décide alors à sévir ; les papiers du chef de la conspiration sont saisis dans un bocal de verre chez Desilles, père du jeune officier de ce nom, tué à Nancy; les conjurés, voulant tenir secrète aussi longtemps que possible la mort de la Rouarie, l'avaient enterré avec
mystère au fond d'un bois; on déterre le cadavre; vingt-huit personnes sont arrêtées, et on en aurait atteint un Lien plus grand nombre, si Thérèse de Mollien, à qui la liste des conspirateurs avait été remise, ne l'eût brûlée en toute hâte, à la première nouvelle de la mort du marquis.
La mine s'embrasa néanmoins, chargée (qu'elle était depuis longtemps; et sur divers points la révolte éclata, furieuse, sauvage.
Le district de la Roche Bernard était présidé par un de ces hommes dont la Révolution était venue faire des héros et des martyrs. Il se nommait Sauveur. Tombé au pouvoir des rebelles, qui, pour lui arracher le cri de : Vive le roi.' épuisèrent les supplices, il étonna leur rage par l'indomptable sér-énité de sa foi républicaine; et, mis en lambeaux, livré aux flammes, il expira en criant : Vive la nation! La Roche- Bernard fut appelée la Roche-Sauveur par la patrie reconnaissante ; et ce souvenir est le plus vivant qui soit resté d'une révolte dont on peut dire que le sang l'étouffa.
Mais tandis que l'incendie s'éteignait en Bretagne, il s'allumait en Poitou, c'est-à-dire dans la province divisée par la Constituante en trois départements : Deux-Sèvres, Vienne et Vendée. Or, là, malheureusement, le fléau eut une durée égale à sa violence; ce fut la guerre civile, dans ses plus tragiques fureurs. Et tout concourut à ce résultat funeste : les menées des nobles, les intrigues du clergé servies par les femmes, les lâches retours d'une portion de la bourgeoisie, les fautes commises par les autorités révolutionnaires, et enfin l'invincible attachement du paysan pour son curé, pour la cloche de son village, pour ses bœufs, pour ses bruyères.
Ce qui distinguait la noblesse poitevine, avant 1789, c'était, non point, comme on l'a taat dit et répété, l'esprit monarchique, mais le pur esprit féodal. Les nobles du Poitou appartenaient à cette classe de hautains gentilshommes, tpie .notre histoire nous montre disputant pied à pied au pouvoir central le terrain de ses conquêtes et jalousant le roi. A une époque célèbre de nos discordes civiles, on les avait vus préférer au dr-apeau royal leurs bannières féodales et se donner des chefs contre la France. Plus tard, aux États généraux, leurs représentants furent les derniers (jui protestèrent contre la réunion des trois ordres; et, même après la Révolution, après l'Empire, on les trouve conspirant pour faire de leur pays particulier une province indépendante de leur grande patrie : tentative qui fournit à Louis XVIII le plus spécieux prétexte dont, envers la Vendée, son ingratitude se pût couvrir.
Autre circonstance caractéristique : au moment de la Révolution, la plupart des nobles du Poitou étaient notoirement irréligieux. Animés contre les prêtres d'un levain d'antagonisme local, qu'entretenaient de perpétuelles et misérables disputes, soit à propos des dîmes, soit touchant les honneurs de l'encens et du pain bénit, nombre d'entre eux avaient prêté aux leçons du philosophisme une oreille complaisante, et pris rang dans la franc-maçonnerie des esprits forts; non que leurs prétentions à cet égard fussent justifiées par leurs lumières : les chefs de la Vendée contre révolutionnaire ont laissé des milliers d'autographes qui, à l'exception de ceux de Lescure, la Rochejaquelein, Marigny et Piron, témoignent tous de la plus grossière ignorance. Mais telle avait été l'influence de Voltaire, que l'inci-éduhté, au dixhuitième siècle, était devenue presque une afîaire de bon goût; aussi les nobles poitevins, dont plusieurs, du reste, avaient: pour aïeux des protestants convertis par force ou par corruption, §e dispensèrent-ils volontiers d'aller à la messe,
jusipi'au jour où la Révolution, en menaçant leurs privilèges et leur fortune, vint les ramener au pied de l'autel. Le revirement fut soudain, il fut complet ; et le catholicisme en révolte compta ses plus ardents complices parmi des petits-fils de huguenots.
A la tête du liaut clergé, dans cette partie du royaume, figurait de Mercy, cadet d'une famille dévouée à l'Autriche, et qui devait l'opulent évêché de Luçon aux bonnes grâces de Marie-A.ntoinette. Digne émule du galant cardinal de Rohan, ce prélat avait fait de son palais épiscopal d'abord, puis de sa maison de campagne de Chàteauroux, le théâtre de fêtes dont on parlait beaucoup dans le pays. La reine de ces fêtes était Mme Serventeau de l'Échasserie, femme charmante, et mariée, mais à un vieux mari avec lequel elle ne vivait pas. Les autres principaux meneurs étaient Beaupoil de Saint-Aulaire, évèque de Poitiers, et de Goucy, évê(pie de la Rochelle, tous deux intolérants à l'excès.
Il est facile de deviner ce (pe pouvait être une armée conduite par de pareils chefs. Pour fanatiser une population ignorante et naïve, que ses vertus mêmes contribuaient à livrer à l'empire de l'impostuare, on eut recours aux machinations les plus bonteuses, om descendit à l'emploi de supercheries à peine croyables. L'histoire d'un gros chat noir que le sacristain d'un prêtre assermenté avait traîtreusement enfermé dans le tabernacle, et que les prêtres réfractaires déclarèrent être le diable, lorscjne, s'élançant de l'autel,, il se mit à bondir au milieu des fidèies épouvantés, cette triste et ridicule histoire peut donner une idée des manœuvres dont étaient capables les pieux fauteurs de la guerre civile. Tantôt ils propageaient l'horreur de la Révolution, en vertu de révélations nocturnes dont il avait plu à Dieu de les honorer; tantôt ils faisaient passer aux anges, descendus tout exprès du ciel pendant la nuit, de fantastùyues processions; et, rassemblant les paysans sur quelque érainence, ils leur ménageaient, au moyen de lanternes magiques placées à distance, des spectacles surprenants. La manière dont ils prouvaient à ces âmes simples que le pape représente bien réellement Dieu sur la terre, est curieuse à rapporter. Suivant eux, quand il y avait à élire un pape, les cardinaux se rassemblaient, chacun ayant à la main un cierge éteint; ils invoquaierit le Ciel, et Dieu manifestait sa volonté, en allumant soudain le cierge de celui qu'il voulait avoir pour vicaire dans ce monde.
Il est douloureux d'avoir à constater qu'une propagande déshonorée par de tels mensonges trouva moyen d'enrôler à son service l'enthousiasme abusé de beaucoup de femmes. Ils sont si faibles, ces êtres si puissants ! Les cordes poétiques de leur cœur aiment tant à vibrer sous la main des hommes du mystère, en l'honneur de dieux inconnus! Ce que M. Michelet a dit du pouvoir que le prêtre exerce sur l'époux par l'épouse, et sur les enfants par la mère, n'apparut jamais plus clair-ement que dans la Vendée de cette époque. Les paroles pleines de flamme latente qu'à tr-avers la grille des aveux, dans un coin de l'église sombre, le prêtre murmurait à l'oreille de sa pénitente agenouillée, passèrent bientôt sur les lèvres du mari, où elles prirent un accent sauvage ; et l'amant , à son insu , devint l'homme du confesseur. Oh ! combien coururent au meurtre, d'une àme éperdue, qui, comme autrefois l'amiral Coligni, ne firent que céder à ces prières de femme, dont le poison même est si doux !
Il y avait cependant un sérieux obstacle à l'action du haut clergé : c'était la piété sincère des pauvres curés de campagne, piété (fui, chez beaucoup d'entre eux, s'associait à des instincts déaiocrati(|ues. De là leur ardeur à saluer dans la
SOULEVEMENT DE LA VENDEE
Révolution, quaud elle éclata, l'avènement de l' égaillé promise par l'Évangile; de là l'éclat jeté, au sein des assemblées lévolutionnaires, par les Dominique Dillou, les Lecesve, les Tallet, les Ballard.
Or, pour les paysans vendéens, le véritable clief à suivre, c'était le curé. Loin de leur inspirer confiance et respect, le bénéficier, le moine, le grand seigneur étaient fréquemment l'objet de leurs railleries ; et si le simple hobereau, chasseur et quelque peu ivrogne, les attirait davantage, c'est parce qu'au physique encore plus qu'au moral U leur ressemblait. Ils n'étaient pas, d'ailleurs, sans savoir gré à la Révolution
de ce qu'elle avait fait pour eux en les délivrant des privilèges féodaux et des dîmes. Que dis-je? Ils avaient si bien senti passer le grand souffle de l'esprit nouveau, que le jour où ils déployèrent leur étendard, ils se placèrent sous l'invocation ilu principe d'égalité. Le commandement au plus digne! tel fut leur cri, et il advint, chose frappante, que les chefs élus d'une révolte royaliste présentèrent un pêle-mêle de nobles, de vilains, de voituiiers, de barons. Lorsque, appelé en duel par le garde -chasse Stofflet, le marquis de Bonchamps refusa le cartel, il ne lui écrivit pas, ainsi qu'aurait fait sans doute en pareil, cas son grand-père ou son père :
EPISODE DE VENDEE — ARRESTATION d'uN CURÉ
« Un gentilhomme ne se bat j)oiut contre un roturier; » sa réponse fut celle i[u'eùt tracée la main de Loustalot : « Non, monsieur, je n'accepte pas votre défi ; Dieu et le roi peuvent seuls disposer de ma vie, et notre cause perdrait trop à être privée de la vôtre. »
Si donc les curés fussent restés fidèles à la Révolution, il n'y eût pas eu de Vendée militaire. Mais Camus fit adopter la Constitution civile du clergé, et tout fut perdu. Rien de plus dangereux en révolution que les hommes à idées étroites, (fuand leur médiocrité se trouve servie par un caractère inflexible et relevée par la veitu. Camus avait l'âme de Caton d'Utique; Dumouriez lui-même, s'armant de son impudence.
eût malaisément soutenu l'intrépide regard du disciple de Saint-Gyran, et nul ne pouvait mettre en doute sa probité, depuis qu'on l'avait vu sacrifier avec une joie héro'ique les quarante mille livres de rente que lui rapportait, avant la Révolution, sa charge d' avocat du clergé. Mais il avait foi aux miracles du diacre Paris ! Janséniste intraitable, il imagina de réformer la discipline de l'Église, et il ne comprit pas que la Constitution civile du clergé était « une mèche allumée sur un baril de poudre. » De cette mesure, surprise, dans l'Assemblée constituante, au scepticisme moqueur des uns et à l'imprévoyante condescendance des autres, nous avons eu occasion d'apprécier le caractère ; quant
HISTOIRE dp: la REVOLUTION FRANÇAISE
aux résultats, ils furent terribles en Vendée. Il y avait dans le clergé des fourbes et des ignorants : les premiers n'eurent pas de peine à persuader aux seconds que la leligion était en péril. Que fallait-il de plus? Le curé déserta la Révolution, et le paysan suivit son curé.
Le lecteur a déjà eu sous les yeux, dans un précédent chapitre, le tableau des effets que produisirent, et l'obligation de prêter serment, et le schisme qui en sortit. L'église où le prêtre assermenté officiait fut dénoncée et regardée comme un lieu de pestilence. L'autel que le prêtre réfractaire allait dresser au fond des bois vit, au contraire, accourir, de bien loin, la foule émue des paysans et des paysannes. Il s'établit dans la maison des missionnaires et des religieuses de Saint-Laurent une fabrique de faux miracles qui firent délirer la dévotion de pauvres natures candides. Le cœur de Jésus, colporté en images, servit de point de ralliement à de mystiques fureurs. Plus d'une fois, des bandes de femmes hurlantes poursuivirent à coups de pierres, jusque sur les marches du tem • pie, jusque dans l'asile sacré des morts, le pasteur que la Révolution avait marqué de sou signe. La discorde s'assit au foyer des familles. Le bonheur du lit conjugal fut troublé par d'irréparables anathèmes. La guerre civde était là!
Encore si les prêtres assermentés eussent tous honoré leur ministère par la sainteté de leur vie ou la dignité de leur attitude! Mais, à côté de personnages tels que l'abbé Grégoire , le clergé constitutionnel en montra d'autres que décrièrent leur ambition , leur égoïsme, et sinon la légèreté de leurs mœurs, au moins le peu de décence de leurs allures. Voici, par exemple, le portrait que trace de l'évêque constitutionnel donné au département de la Vendée, Mercier du Rocher qui, placé juscp'au bout sur le théâtre qu'il décrit, a suivi toutes les péripéties du drame et personnellement connu tous les acteurs.
« Quand Rodrigue , curé de Fougeray , fit son entrée à Fontenay comme évoque, les patriotes se rendirent à la barrière de Nantes pour le recevoir. Moulin , président de la société ambulante, porta la parole, et peignit les maux que le fanatisme répandait sur la Vendée. Le nouveau prélat était en bottes fortes ; il avait sa soutane retroussée , son bâton à la main ; son domestique tenait une petite rosse très- maigre sur laquelle étaient attachées des bougettes. Pour toute réponse au discours de l'orateur, Rodrigue secoua la tête, haussa les épaules, et se remit en selle pour gagner une hôtellerie. Le cortège l'y suivit; quant à moi, je ne le suivis pas. Cet homme est un parfait égoïste qui n'a jamais connu qu; les émoluments de sa place.... Quand, deux ans après, \; mode vint de renoncer au sacerdoce , il abdiqua les honneurs de la mitre avec le même sang-froid qu'il les avait acceptés. Du reste , il est honnête ; ses mœurs sont pures ; il a un caractère ferme, et les événements ont peu de prise sur lui. »
Dans cette revue des causes qui poussèrent la Vendée à des folies sanglantes, il importe de tenir compte des contrepoids, et, notamment, des dispositions de la bourgeoisie. Imbu de la philosophie du dix liuitième siècle, le bourgeois, en Vendée comme ailleurs, détestait le prêtre et s'applaudissaitd'être devenu l'égal du noble. La revendication des droits de la raison humaine, la liberté de penser et d'écrire, l'égalité devant la loi, l'admissibilité de tous aux emplois publics, le désarmement de la tyrannie féodale, l'immolation des titres à l'industrie, constituaient autant de conquêtes que le bourgeois vantait avec un patriotique orgueil , sur lesquelles il n'entendait pas qu'on revînt; et, dans ces hmites , il était très-franchement révolutionnaire. Mais, tant qu'une ini([uité
resterait à détruire, y avait-il chance que le mouveraeîTt s'ai-rêtât? et jusqu'où irait-il, dès que le peuple se serait luis à réclamer sa part de la victoire commune? A cet égard, la bourgeoisie conçut des inquiétudes qui préparèrent mainte désertion : témoin celle de Pichard du Page.
Cet homme, en qui des formes séduisantes n'étaient que le rebef d'un esprit éclairé, avait été des plus prompts à embrasser, en 1789, la foi nouvelle; non celle que devait professer Robespierre , mais celle dont se contenta l'intelligence timide de Necker. Pichard du Page, au moment de la Révolution, comptait au nombre des anoblis , revêtu qti'il était d'une charge de secrétaire du roi ; il y avait donc générosité de sa part à vouloir la chute des distinctions honorifiques. Mais la Constitution anglaise, avec sa pondération des pou voirs et ce respect de la loi sous lequel il semble qu'elle abrite la liberté..., le procureur-syndic de la Vendée, en 1789, ne demandait pas davantage. Vouloir plus lui paraissait un danger; et l'essor prodigieux que prenait la Révolution l'ayant ébloui d'abord, puis étonné, et enfin glacé d'effroi, il se compromit par des mesures d'un caractère équivoque. Pour comble de malheur, une femme aimable et spirituelle, Mme Giimouard de Saint-Laurent, réussit, en s'emparant de son cœur, à changer insensiblement la direction de ses pensées. Bien souvent, l'hésitation ressemble au repentir ; et où les passions sont surexcitées, le repentir ressemble toujours un peu à la trahison : Pichard du Page, que le peuple avait porté en triomphe, en vint à lire son nom sur la liste des suspects ; et, le 9 fioréal an II, sa tête tombait dans le panier fatal qui, ce jour-là même, reçut celles de la Tour du Pin, de l'amiial d'Estaiug et du duc de Villeroy ! Eh bien, voilà, dans l'histoire d'un seul homme, l'histoire d'une portion de la bourgeoisie pendant la Révolution ; et comment se défendre d'un sentiment de mélancolie profonde , quand on rapproche ledeux extrémités d'une semblable carrière?
Mais il est juste aussi de reconnaître que la Révolutic :i avait sur les bras trop d'ennemis, et des ennemis trop implacables pour ne pas exiger de ses serviteurs une fidélité sans réserve. Dans la Vendée surtout, dans la fanatique Vendée, ne fallait-il pas, pour la contenir, des convictions vaillantes, et des mains fortes qui, soit qu'elles prissent une plume on une épée, ne tremblassent jamais?
Ce fut un autre des fléaux de cette contrée brûlante qr> la composition hétérogène des administrations. A côté de patriotes désintéressés et fermes, il s'y glissa nombre de gens de loi pleins des préjugés de la robe, des procureurs avides , des robins qui regrettaient leurs épices supprimées, de gros marchands que la stagnation du commerce irritait. Plusieurs se laissèrent aller à entretenir avec des femmes de gentilshommes des relations d'amour où leur patriotisme , doucement enveloppé, s'endormit.
Aux torts de l'indifférence s'ajoutèrent ceux du zèle ignorant. D'inutiles violences aigrirent l'habitant des chaumières. La rivahté naturelle des campagnes et des villes fut enflammée par mainte fausse mesure. Dans un rapport officiel dalé du commencement de 1793, on trouve, rangées parmi les causes delà fermentation générale, les insupportables lenteurs de la justice administrative, les injustices de la régie nationale à l'égard des fermiers et régisseurs de biens d'émigrés, la tyrannie des receveurs courant les campagnes et disant : « Paihleu! vous payerez, et si les huissiers manquent, 710US viendrons vous exécuter nous-mêmes. »
Ainsi, tout poussait à la guerre civile; et elle s'annonça, avant d'éclater, par une foule de révoltes partielles, ayant pour objet, tantôt l'abolition des droits d'octroi, tantôt l'éloi-
SOULÈVEMENT DE LA VENDÉE
gnement d'un prêtre constitutionnel, et se liant presque toujours aux intrigues de quelques instigateurs cachés. Les communes de Bressuire, de Maulévrier, de Clisson, de Vieillevigne, de Saint-Christophe de Ligneron, de Montoir, furent tour à tour le théâtre de ces troubles, dans l'intervalle qui sépare le mois de décembre 1790 du mois de juin 1791, époque à laquelle eut lieu, de la part des nobles, la première tentative d'insurrection générale.
A la tète du complot était Robert de Lezardière, homme de mérite, fort instruit et ami particulier de Maiesherbes. Dès la fin de 1790, un bruit vague avait couru que Robert de Lezardière entretenait avec quelques meneurs de Paris une correspondance factieuse; que le signal d'un vaste soulèvement devait être donné à Ghâtillon-sur-Sèvres, et que là les bandes des évêchés de Luçon et de la Rochelle devaient venir rejoindre, à un jour fixé, les nobles du Haut-Poitou.
D AUTICUAiMPS