LE GENERAL CANCLAUX
pect par la Convention; et, le 4 avril, les Conventionnels Carra, Auguis, Bernard et Gulmberteau arrivaient à Fontenay.
^ Triste ressource contre tant de maux ! Ni Berruyer ni Carra n'étaient les hommes de la situation.
Carra parut tout d'abord n'attacher que peu d'importance
au mouvement de la Vendée, et son attitude fut, à Fontenay, celle qu'à Paris Mercier du Rocher avait remarquée avec tant de douleur chez les principaux Girondins. Aussi ses deux collègues, Bernard et Guimberteau, ne tardèrent-ils pas à se séparer de lui. Ils firent plus : ils écrivirent au Comité de salut public : « Citoyens, nos collègues, il faut tout vous dire. Si Carra s'est trompé, c'est sa faute. Nous l'avons vu à Fontenay avec un ton de grandeur qui nous a fait rougir, entouré de gardes à pied et à cheval, ne fréquentant que des généraux, ne parlant d'eux que pour les flagorner, se tenant à l'écart du peuple, n'osant employer le terme de réquisition vis-à-vis d'un général, malgré nos instances, et osant à peine inviter.... S'il n'est pas rappelé bientôt, nous obéirons au cri de notre conscience, en le dénonçant à la République entière. »
Pour comble de malheur, Beaufranchet-Dayat , qui commandait dans Fontenay, y jouait à peu près le rôle d'un général sans armée; car c'était du côté d'Angers que Goupilleau (de Montaigu), un des représentants de la Vendée à la Convention, avait eu soin de faire diriger la majeure partie des forces envoyées de Paris, soit qu'il fût tenté du désir de protéger ses biens, situés dans le district de ChoUet, soit qu'obéissant à vm motif plus noble, il jugeât digne d'une sollicitude particulière le déparlement de Maine-et-Loire, que menaçaient les forces réunies de Bonchamps, de Galhelineau, de Stofflet et de d'Elbée, nouveau chef récemment acquis à l'insurrection.
Toujours est- il qu'au commencement du mois d'avril, Berruyer avait sous la main, à Angers, trois corps de troupes montant à dix-sept mille hommes, et sous ses ordres trois généraux : Duhoux, Menou et Leygonnier. Mais ses talents aussi bien que son activité furent au-dessous de sa tâche, et son entourage était tel qu'il scandalisa l'honnête Mercier du Rocher, dans un voyage officiel que celui-ci fit à Angers pour demander qu'on ne laissât pas Fontenay sans défense. « Ce général des sans-culottes vivait en ci-devant prince, entouré de valets et de cuisiniers. Je descendis, à Angers, à l'auberge du Cheval-Blanc, où était l'état-major. Je montrai mes pouvoirs à Berruyer. Il se couchait; à peine daigna-t-il me répondre. Je lui fis part de ma mission. Après un court échange de .paroles sans conclusion, il me dit qu'il voulait dormir-, je me retirai. »
Toutefois, la campagne s'ouvrit heureusement pour les républicains. Le 12 avril, Baudin, commissaire près l'armée de l'Ouest, écrivait au Conventionnel Choudieu : « Citoyen représentant, le Mesnil est pris, Saint-Florent est pris. Les citoyens et citoyennes de ces communes ont apporté en offrande à Gauvilliers, notre commandant, plus de soixante boulets ennemis trouvés dans les champs et dans le sable.... Au Mesnil, les rebelles étaient abrités derrière des haies profondes, sur un coteau qui commande un défilé que devait traverser notre armée en passant sous leur canon. Le passage s'est opéré au pas de charge, mais non sans perte.... Nous avons repris, au Mesnil, la fameuse pièce dite le Missionnaire.... Bonchamps commandait les brigands. Il a tenu bon tant qu'il a pu. Il priait à mains jointes ses hommes de nepas quitter la redoute qu'ils avaient faite de leurs propres mains ; mais son courage a été impuissant, il est entraîné dans la déroute, et il galope à travers champs, les yeux pleins de larmes. »
De son côté , Berruyer s'était porté sur Saint- Pierre de Chemillé, où se trouvaient réunies les troupes de d'Elbée, de Cathelineau, de Stofflet, et là encore, le succès fut tel que Choudieu put mander à son collègue Richard :
« J'ai de bonnes nouvelles à vous apprendre. Berruyer s'est bien conduit. Tout le monde a fait son devoir. Duhoux mar- .chait par la Jumellière, afin de balayer la canaille insurgée. Il avait deux mille hommes. Berruyer en avait conservé à peu près le même nombre, et sous ses ordres étaient Menou et Maugin. Nous ne tardâmes pas à apercevoir l'ennemi. Il était retranché sur la grande route, et sa batterie couverte, soutenue de deux autres sur les flancs, défendait les approches de Saint-Pierre de Chemillé. De tous les côtés, les pon1 étaient rompus, et la rivière, des fossés profonds donnaieni à la position des brigands quelque chose de formidable. Menou et Maugin mettent pied à terre; ils s'emparent, l'épée à la main, de la batterie principale, secondés seulement par quelques volontaires de la Bastille. Maugin est tué près de Menou, qui n'échappe que par un prodige. Accablé sous le nombre, il fait retraite, et vient nous rejoindre, Berruyer et moi, sur la gauche de l'Irôme. Alors Duhoux paraît avec sa colonne L'attaque a recommencé; retranchements et redoutes ont été enlevés, six pièces de canon enclouées ou prises. Les morts sont nombreux; les routes et les rues jonchées de cadavres. Nous ne sommes pas restés à Chemillé, mais nous y avons mis le feu. »
Cette lettre portait la date du 12 avril : en voici une autre qui, écrite le 16, montre comlnen peu de temps il avait fallu pour changer la face des choses :
« Oh diable! voici de méchantes affaires. Tout allait bien d'abord, et puis tout va mal Leygonnier était à Vihiers, à Coron, à Vezins; Berruyer occupait Chemillé. — Il y était revenu le 15. — Les brigands se repliaient, disait-on, sur Beaupréau. Et, en effet, une partie de leurs bandes prenait cette route sous la conduite de Bonchamps ; mais une autre partie, et la plus nombreuse, se trouvant renforcée par de nouvelles paroisses qu'amenaient leurs curés, s'est jetée, ayant d'Elbée à sa tète, sur Leygonnier, et Villemet et Saint- Hilaire. C'est hier, 15, que cela se passait, et (jue nos généraux étaient obligés de quitter Vezins, de quitter Coron et de se replier sur Vihiers ; mais à Vihiers même, ils ont rencontré Stofflet et Bérard, dont les bandes furieuses, se précipitant sur nos colonnes , les ont mises complètement en désordre. »
A quelques jours de là, Gauvilliers, vaincu à Beaupréau, repassait la Loire précipitamment; et Berruyer lui-même, chassé de Chemillé par les paysans, auxquels il avait laissé le temps de se reconnaître , était réduit à battre en retraite jusqu'au Pont-de-Cé.
Le fanatisme des Vendéens et leur manière de combattre expliquent ces brusques revirements.
Il était difficile de dompter 'des hommes dont la tactique consistait à se répandre en silence derrière les haies, à ne pas tirer un coup de fusil sans l'ajuster; à attendre, pour s'exposer au feu, que l'ennemi fût ébranlé; et alors à sauter par-dessus les haies en poussant de grands cris. La lumière des canons pointés contre eux leur annonçait-elle une décharge ? ils se jetaient à terre avec la rapidité de l'éclair, s( relevaient, s'élançaient sur les pièces, et, attaipiant les canonniers corps à corps, s'emparaient de la batterie. Hal)itués à ■ charger leurs armes en courant, et tireurs inévitables, leurs victoires étaient au plus haut point meurtrières, tandis que, vaincus, ils disparaissaient en un clin d'œil dans un labyrinthe de bois^ de buissons, de petits sentiers et de gorges, dont tous les secrets leur étaient connus. « Que les généraux, s'écrie Turreau, qui ont fait cette affreuse guerre de la Vendée, disent si les Prussiens, les Autrichiens, les soldats rompus à la discipline des Nassau et des Frédéric sont aussi
LES GIRONDINS ET LA VENDÉE
terribles dans les combats que les féroces et intrépides tirailleurs du Bocage et du Lorouxl »
Ajoutez à cela un courage que ranimait, après chaque échec, une dévotion exaltée par de continuels artifices. Ce qu'osèrent les prêtres serait véritablement impossible à croire, si des écrivains du temps, esprits sérieux et cœurs purs, n'étaient là pour l'attester. « Un jour, raconte Mercier du Rocher, les prêtres feignirent que trois d'entre eux, qu'ils avaient fait cacher pendant quelque temps, étaient tombés sous le glaive républicain. Or, ils avaient eu soin de leur serrer le cou avec du fil, de manière à y laisser une empreinte circulaire ; et ils les montraient aux paysans égarés comme des victimes ressuscitées après leur supplice. » De fait, la croyance se répandit parmi les paysans que ceux-là ressusciteraient dans trois jours à la façon du Christ, qui mouraient pour leur Dieu; et on a vu que le domestique du marquis de Duchaffault exprima cette croyance du haut de la guillotine.
De là et de mUle autres superstitions semblables naquit, chez les paysans vendéens, un entliousiasme guerrier, que partagèrent leurs mères, leurs femmes, leurs sœurs, leurs fiancées. A la plupart d'entre elles une piété aussi sincère qu'aveugle fut un suffisant aiguillon; quelques-unes obéirent à des mobiles plus profanes : à la passion de l'imprévu, au goût d'une vie errante et romanesque, à l'amour. Parmi les héroïnes vendéennes, deux surtout se signalèrent : Mme de la Rochefoucauld et Marie-Antoinette-Pétronille Adams.
La première était une femme assez belle, mais d'une beauté virile. Son mari ayant émigré sans elle, elle habitait seule le château du Puy-Rousseau-, non loin de la demeure de Gharette, lorsque les paysans se soulevèrent. Elle avait alors trente ans. Sans hésiter, elle se jeta dans la révolte, et, dès le 13 mars, elle entrait, le sabre à la main, à la Garnache, y organisait un comité royaliste, en prenait la présidence, et, faisant ranger les patriotes prisonniers au pied de la grosse tour, les contraignait à déclarer où ils avaient caché leur argent; car, suivant elle, les écus des brigands bleus devaient servir à payer les soldats du roi. Thomazeau, fermier de Coudrie, la vit et lui appartint aussitôt, jusqu'au délire, jusqu'à la mort. A dater de ce moment, le savant chroniqueur B. Fillon, auquel nous empruntons ces détails, la montre tantôt poussant son cheval au plus fort des combats, tantôt ordonnant des exécutions terribles, ou bien encore organisant les fêtes où se complaisait la sauvage galanterie de Gharette. Mais il arriva qu'une nuit, des gardes nationaux, à la poursuite d'une bande vendéenne, étant entrés chez un habitant du village de Désert, près de Dompierre, découvrirent, cachés sous un lit, un homme et une femme : c'était le fermier de Goudrie et Mme de la Rochefoucauld. On les conduisit au supplice, qu'ils subirent tous les deux avec fermeté. Coquette jusqu'au pied de l'échafaud, l'amazone vendéenne, dans son interrogatoire, s'était donné trois ans de moins : ce fut son unique faiblesse.
Quant à l'autre héroïne, Marie-Antoinette, entrée dans la même carrière, elle la parcourut d'un pas si fier, que les paysans, charmés, la surnommèrent le chevalier Adams, et qu'étant tombée au pouvoir des républicains, elle eut cet honneur d'être fusillée debout!
Les femmes eurent donc leur place dans cette guerre, et l'on conçoit du reste que là où les femmes avançaient, les hommes eussent rougi de reculer.
Cependant, ils continuaient, à Machecoul, les massacres dont nous avons déjà retracé à demi l'affreux tableau. Fautil l'achever? Faut-U parler, et de ces serruriers employés à faire des menottes tranchantes, pour qu'au moindre mouve-
ment les prisonniers se déchirassent les poignets? et de ce monstre qui courait les rues, un cor de chasse à la main, donnait le signal d'assommer les citoyens en sonnant la vue, puis revenait sur la place sonner l'hallali, pendant qu'autour de lui retentissaient les cris de Vive le Roi! Rappellerons nous qu'on vit un prêtre, nommé Priou, sortir de l'égUse où il allait dire la messe, se rendre sur le heu des égorgements, et y faire dresser un autel, afin que, tandis cpi'il priait Dieu, le bas de son aube traînât dans le sang? Un rapport officiel assure que, pour fournir un prétexte à ces horreurs, Gharette écrivait des lettres qu'il s'adressait à lui-même et communiquait en grande pompe aux assassins. Des artifices de ce genre s'accordent mal avec le caractère connu du chef vendéen, et il est probable qu'on avait soin de lui fournir, sans qu'il prît la peine de les inventer, les prétextes dont il se servait. La vérité est que, la veille de Pâques, il avait lu en public une lettre où on lui mandait faussement que tous les prêtres sexagénaires, détenus à Nantes, venaient d'être saignés à la gorge. L'horrible ruse réussit. Yingl-quatre patriotes furent massacrés le matin dans la prison, et, le soir, les meurtriers disaient en soupant : « Nous nous sommes bien décarêmés aujourd'hui. »
Il se mêlait à cela toutes sortes de pratiques frauduleuses, et des cérémonies à vous faire monter le rouge au front. Qui jamais aurait cru que, dans la patrie de Voltaire, des prêtres pussent faire frémir, en y posant la main, la pierre des tombeaux, ou donner pour des ordres tombés du haut des cieux de petits billets furtivement glissés, pendant la nuit, derrière une statue de Vierge?
L'arrivée de Beysser, envoyé de Nantes par le général Ganclaux, mit enfin un terme à ces abominations.
Beysser était un homme d'une stature colossale et d'une énergie qui eût mieux servi la République, s'il ne se fût à son tour livré aux plus barbares représailles. Déjà vainqueur des rebelles à Port-Saint-Père, il entra dans Machecoul, le 22 avril, à dix heures du matin, après avoir tué et perdu beaucoup de monde. Une lettre, écrite sur place, contient ces lignes sanglantes, qui résument en quelques mots l'histoire de toutes les guerres civiles : « Les prisonniers passent à l'instant même devant la commission militaire. Elle juge, on fusille. » Souchu fut arrêté par un volontaire nantais au moment où il essayait d'escalader un mur, et paya de sa vie le sinistre et l'apide éclat de son rôle.
D'autres avantages avaient relevé, dans le Marais, la fortune de la République. A la tête de deux petites armées, composées de gardes nation lux des Sables ou de volontaires accourus, soit de la Charente-Inférieure, soit de la Gironde, Boulard et Baudry étaient parvenus, dans l'espace de moins d'un mois, à protéger les côtes, à disperser les rebelles en mainte rencontre, à empêcher leur jonction avec les Anglais, et à rétablir la communication entre Luçon, les Sables, Saint- Gilles, Ghallans.
Mais quelque importants que fussent de pareils succès, ils ne suffisaient pas pour compenser les revers que, vers ce même temps, d'Elbée, Bonchamps, Gathelineau et Stofflet firent éprouver aux armes républicaines dans l'Anjou et le Haut-Poitou.
Parmi les nobles vendéens qu'attendait la déplorable célébrité des guerres civiles, il y en avait alors deux qui n'avaient point encore paru sur la scène. L'un était Henri de la Rochejaquelein, jeune homme d'une valeur bouillante et aux allures héroïques; l'autre, de Lescure, qui à un courage aussi grand quoique plus calme joignait une piété sincère et beaucoup d'humanité. Unis par le double hen du sang et d'une
iuuitiô fraternelle, Lescure et la Rochejaquelein se trouvaient encore, dans les premiers jours du mois d'avril, au château de Glisson, non loin de Bressuire. Leur cœur appartenait tout entier à la cause royaliste; mais les autorités de Bressuire avaient l'œil sur eux, et la sagesse de Lescure répugnait à tenter les hasards de la révolte, avant d'en avoir calculé les chances. Cependant, prolonger cet état d'hésitation était impossible. Bressuire comptait au nombre des villes menacées par les rebelles : il fallait donc que, pour sa défense, elle fil appel aux gardes nationales des environs; et, comme le château de Chsson renfermait plus de vingt-cinq hommes en étal de porter les armes, la Rochejaquelein et Lescure pouvaient, d'un instant à l'autre, recevoir l'ordre de marcher contre ceux ([u'ils brûlaient, au contraire, de rejoindre. Autre difficulté : la Rochejaquelein n'avait que vingt et un ans, il était de la classe du tirage, et la sommation qui le forçait à aller tirer la milice vint bientôt mettre son royalisme à une cruelle épreuve. Ce jour-là même était arrivé au château de Clisson un jeune paysan qui se mit à raconter des merveilles de l'armée roya liste, « Monsieur, dit-il ensuite à la Rochejaquelein, on prétend que vous irez dimanche tirer la milice à Boismé; c'est-il bien possible, pendant que vos paysans se battent pour ne pas tirer? Venez avec nous, monsieur : tout le pays vous désire et vous obéira. » La Rochejaquelein prit un gros bâton, une paire de pistolets, et partit.
Lescure, qui, en quittant Clissou, risquait de compromettre le sort d'une famille nombreuse, prit le parti de rester jusqu'à ce que son cousin le vînt délivrer. Vaine prudence, de la part d'un suspect ! Quelques jours après, des gendarmes se présentaient au château, avec ordre d'en arrêter les habitants. On attela des bœufs à la voiture; Lescure, sa femme, sa belle-mère et deux autres personnes y montèrent; et ils furent conduits à Bressuire, où, heureusement pour eux, la prison qui les reçut fut la maison d'un officier municipal, très-bien disposé en leur faveur. Seulement, on leur recommanda de ne pas se montrer à la fenêtre et de se faire oublier le plus possible. Quétineau, qui commandait à Bressuire, connaissait la retraite de Lescure : il fit semblant de l'ignorer.
Dans l'intervalle, le jeune cousin de Lescure avait rejoint les rebelles de l'Anjou, campés vers ChoUet et Chemillé. Étrange était l'aspect de cette armée. Un habit-veste, une grande culotte d'étoffe brune, très-grossière, un gilet dont les poches servaient de giberne, un chapeau rond sur des cheveux ras, un havresac de toile, des Usières de serge pour bretelles de fusil, et des sabots retenus aux pieds par des ligatures ou surmontes de tiges de cuir, voilà de quoi se composait l'équipement des troupes catholiques et royales.
La Rochejaquelein arriva juste au moment où les chefs parlaient de congédier leurs hommes, faute de poudre. Car, pour les paysans, là était la difficulté suprême. La question de subsistance les préoccupait peu, dans un pays abondant en blés, en bestiaux, en fourrages, où ils vivaient partout à discrétion, où leurs rassemldements d'ailleurs n'étaient que momentanés, et où il suffisait, pour les tirer d'embarras, de l)illets tels que celui-ci : « A Monsieur Pouzin, commandant à Montournais. — Monsieur, il se doit faire demain un rassemblement considérable. Envoyez-nous sans retard tout le pain qui se trouvera cuit dans votre paroisse. Vos frères et amis, Jublin, Souchet, Fauen. » Mais le pain ne servait qu'à les faire vivre, et c'était de la poudre qu'il leur fallait pour tuer.
Ils en demandèrent, et cela dès le début, à qui? A l'étranger. Voici un document (jui le prouve sans réplique :
<' Au nom des armées catholiques et royales des Bas-Anjou et Poitou, combattant pour le rétablissement de la foi chrétienne et de la monarchie française, salut. Prions monsieur le commandant au premier port d'Angleterre de vouloir bien s'intéresser auprès des puissances anglaises, pour nous procurer, dans le plus court délai, des munitions de guerre et des forces imposantes de troupes de ligne pour parvenir aux fins que nous nous proposons....
« Le 8 avril 1793.
« Les commandants des armées catholiques et royales d'Anjou et Poitou,
« D'Elbée, Berrard,.Sapinaud. «
Une requête semblable et signée des mêmes noms fut, à la même date, adressée aux Espagnols; et, parmi les lettres des chefs vendéens que nous avons sous les yeux, un grand nombre a pour objet des demandes de poudre.
La Rochejaquelein, apprenant de Cathelineau et de Stofflet qu'on n'en avait pas deux livres, était revenu à Saint-Aubin, seul et très-découragé, lorsque tout à coup, informés de son retour, les paysans de l'endroit l'assiègent en foule, le suppliant de se mettre à leur tête. Il y consent, et dans l'espace d'une nuit, les paroisses des Aubiers, de Nueil, de Saint- .\ubin, des Échaubroignes, de Cerqueux, d'Isernay lui composaient une armée de près de dix mille hommes. « Henry, écrit Mme de la Rochejaquelein, avait découvert soixante livres de poudre chez un maçon, qui en avait fait emplette pour faire sauter des rochers : ce fut un trésor. »
Leygonnier, battu à Vezins et à Vihiers, avait mandé à Quétineau de venir le rejoindre, et celui-ci, s'étant mis en marche, approchait du village des Aubiers. La Rochejaquelein passe ses hommes' en revue, et leur dit ces admirables paroles : « Mes amis, si mon père était ici, vous auriez confiance en lui ; mais, par mon courage, je me montrerai digne de vous commander. Si j'avance, suivez-moi; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi. »
Le général qui parlait ainsi était un grand jeune homme blond, d'une physionomie très-douce, mais doué de ce regard où brillent les âmes intrépides : les paysans poussent des cris de joie et s'ébranlent. Ils se répandent en silence derrière les haies; ils attendent, couchés dans les genêts, un ennemi qui s'avance en mauvais ordre, sans éclaireurs. Soudain, les vuilà qui sautent par-dessus les haies, en criant : Vive te Roi! Ils renversent les premiers rangs, mettent en fuite les seconds, et prennent tout, canons, caissons, fusils. Quétineau fut poursuivi jusqu'à une demi-lieue de Bressuire, où Lescure eut la satisfaction d'entendre les républicains crier, en passant devant la porte de sa retraite : « Les brigands nous suivent ! Illuminez ! illuminez ! »
Mais, avant d'attaquer Bressuire, la Rochejaquelein avait jugé à propos d'aller rejoindre Bonchamps, d'Elbée, Cathelineau; et ce fut avec toutes leurs forces réunies que les révoltés de l'Anjou songèrent à recueillir le fruit de la victoire des Aubiers. Le l"' mai, le bruit se répand dans Bressuire qu'ils ont emporté Argenton-le- Château, qu'ils approchent, qu'ils vont paraître. Quelques cavaliers sont envoyés à la découverte : ils reviennent au galop, disant, tant la panique était grande ! qu'ils avaient vu de loin une colonne ennemie ; et lorsque Quétineau voulut s'en assurer, il se trouva que cette colonne ennemie était un paysan qui labourait son champ avec huit btuufs! L'évacuation de la ville fut décidée et s'ef-
lp:s girondins et la vendee
f'ectua assez tumultueusement pendant la nuit, malgré l'opposition des corps administratifs et de la commission départementale, qui prirent contre Quétineau, à cette occasion, un arrêté très-énergique.
Si ce dernier, en abandonnant Bressuire, à la tête de cinq mille hommes, se rendit coupable de félonie, c'est ce dont il est permis de douter, attendu que l'enceinte de Bressuire tombait en ruine, et que le château était fort dégradé,
n'ayant pas été réparé depuis que Duguesclin l'avait enlevé aux Anglais. Mais ce qui est sûr, c'est que le général républicain défendit la ville de Thouars, sur laquelle il s'était replié, avec une mollesse qui avait tous les dehors de la trahison. Il semble en effet que cette dernière ville eût pu tenir longtemps, protégée qu'elle était par une garnison nombreuse et par le Thoué, rivière profondément encaissée, et que des digues de moulins rendaient presque partout impraticable à