‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 99 sur 100 · CHUTE DES GIRONDINS · texte numérisé non relu

CHUTE DES GIRONDINS

cris des furieux qui demandaient 'nos têtes. Tremblante, désespérée, hors d'eUe-même , la pauvre mère de mon digne ami poussait des gémissements sourds et tombait dans de longs évanouissements : « On vous élèvera, s' écriait- elle, des hommes parfaits, pour que vous les égorgiez. » Les yeux secs, mais le cœur déchiré, ma femme, craignant que je n'eusse pu gagner l'asile indiqué, n'attendait que la mort. En quelques heures, beaucoup de ses cheveux blanchirent. «

Il était neuf heures du soir lorsque l'Assemblée ouvrit sa seconde séance. Ce n'était point sur la convocation du Comité de salut public qu'elle se réunissait, le Comité ayant à cet égard violé sa promesse, « pour ne pas sembler favoriser, dit Cambon, tel ou tel parti qui se serait rendu plus tôt à son poste. » Grégoire, ex-président, occupait le fauteuil, et quand la séance commença, il n'y avait qu'une centaine de membres dans la salle. Le côté droit était presque entièrement désert : circonstance que Legendre releva en ces termes : « Lorsqu'un vaisseau est en rade, et que le matelot voit que le vent est bon, il n'hésite pas à partir. » Et sans s'ini^méter des absents, l'Assemblée admit à sa barre la députation de la Commune.

L'adresse, telle que la lut Hassenfratz, ne faisait que reproduire avec redoublement de menaces une demande à laquelle chacun s'attendait. Seulement, la liste de ceux dont on voulait la mise en accusation se trouvait grossie : au lieu de vingt-deux coupables, on en désignait maintenant vingtsept.

Dussaulx, se voyant compris dans ce nombre, s'en félicita d'une manière touchante et noble. « Un tel honnejir, s'écriat-il, ajoutera, je l'espère, à la gloire que j'ai acquise en combattant, depuis deux ans, pour la liberté. » Mais, mieux que son courage, l'indulgent dédain de Marat le protégea. « Il y a trois hommes, dit l'Ami du peuple, — alors en train de se passer les fantaisies de la toute-puissance, — il y a trois hommes à rayer de la liste : Dussaulx, qui est un vieux radoteur; Lanthenas, pauvre d'esprit, et Ducos, dont la grande jeunesse excuse les écarts. »

Legendre eut l'audace d'avancer que tous ceux-là devaient être mis en état d'arrestation, qui avaient voté l'appel au peuple. Que cette motion monstrueuse eût été adoptée, c'en était fait de la liberté des opinions. Deux membres du Comité de salut pubuc protestèrent. L'un, Cambon, déclara que personne n'oserait plus ouvrir la bouche, si pour avoir exprimé son sentiment, on lui faisait sauter la tête. L'autre, Barère, montra qu'il ne pouvait convenir qu'à une nation avilie de recevoir une constitution dictée par la force. Il n'alla pas, toutefois, jusqu'à prendre la défense de la Gironde. « Paris, dit-il, a eu taison de s'insurger, parce qu'on voulait établir une ligne de démarcation entre les départements et Paris, ce qui est vraiment un crime national. » Seulement, il fit ol^serserver que l'arrestation d'Hébert en ce qu'elle présentait d'illégal, était moins imputable à ceux qui avaient donné l'ordre qu'à ceux qui l'avaient exécuté. Sa conclusion fut que, si l'on poursuivait les députés dénoncés, ce devait être, non pour des opinions, mais pour des faits.

Sur quoi, l'Assemblée décréta que le Comité de salut public serait tenu de présenter, sous trois jours, un rapport concernant la pétition des autorités constituées de Paris.

Il était minuit et demi en ce moment. Durant tout le temps de la séance, vingt mille hommes en armes étaient restés campés autour de la Convention ; ils ne regagnèrent leurs foyers que vers une heure du matin, sur un ordre de la Commune. Mais le tocsin ne cessa pas pour cela de retentir,

L'ordre venait il d'Henriot? Mandé à l'Hôtel de Ville et mterrogé, il affirma n'avoir donné aucun ordre; « mais, ajoutat-il, le peuple est levé, et ne veut se rasseoir que lorsque les traîtres seront mis en état d'arrestation. »

Le lendemain, en effet, dès la pointe du jour, toute la ville était sous les armes. Ceux des Girondins à qui Meillan avait offert chez lui un asile, sentaient bien que leur poste était à la Convention, face à face avec leurs ennemis, et qu'il fallait être debout devant le péril. Buzot, dont l'arrestation de Mme Roland avait brisé le cœur, ne parlait que de mourir, et de mourir à la tribune. Mais, à force d'instances, Meillan parvint à retenir Pétion, Brissot, Guadet, Salles, Gensonné, qu'il ne tarda pas lui-même à quitter, leur promettant de les informer d'heure en heure de ce qui se passerait à lAssemblée. Buzot fut retenu do force. Barbaroux, plus heureux, parvint à s'échapper, et courut illustrer, sur son banc, fagonie de la Gironde.

Elle s'ouvrit d'une manière funèbre, cette funèbre séance du 2 juin 1793. Une lettre où le ministre Clavière, forcé de s'enfuir de sa maison pendant la nuit, réclamait la protection de la loi, disait assez que la cri^e touchait à son dénoûment ! Infortunés Girondins! quelle dure fatalité semblait peser sur eux ! Ce matin-là même, arrivent de celte Vendée dont ils avaient trop détourné les yeux, des dépêches où la Convention lit avec horreur : « Le chef-lieu de notre département vient de tomber entre les mains des révoltés : notre artillerie, nos munitions, nos vivres, nos papiers, tout est perdu. » Puis sont produites d'autres dépêches, envoyées de la Lozère, et annonçant que la contrée est en feu ; que les révoltés sont déjà maîtres de Marvejols; qu'ils vont l'être de Mende; que le sang des patriotes coule. Puis, ce qu'on avait ignoré jusque-là, voici qu'on l'apprend — Dans quelles circonstances, grand Dieu! A Lyon, le pouvoir de la Gironde vient de se dresser sur un piédestal de huit cents patriotes égorgés. La terrible, la meurtrière nouvelle, c'est Jean-Bon Saint-André qui l'apporte, et il prononce ces mots : « Il faut faire tomber toute tète qui s'opposera à l'établissement de la liberté. »

Et aussitôt, sans laisser à l'émotion générale le temps de s'affaiblir, L anjuinais montre à la tribune son pâle et ardent visage. Nul pour qui les dominateurs du jour eussent conçu plus de haine, tant il mettait d'obstination à les braver! Royaliste au fond de l'âme, et catholique, il ne pouvait souffrir le dédain dans lequel la religion de ses pères était tombée. Il ne frayait guère avec les Girondins, ne connaissait pas même de vue Mme Roland, et ne partageait aucun des principes philosophiques de Guadet et de ses amis. Mais c'était une de ces natures violemment généreuses qu'un parti menacé attire, comme l'aimant attire le fer : il s'était placé au milieu des Girondins, pour avoir mieux les îMontagnards devant lui. Sa première parole au sein d'une assemblée (qu'environnaient, le 2 juin, quatre-vingt mille hommes, fut : « Je demande à parler sur la générale qui bat dans Paris. «Sans s'arrêter ni au mugissement des tribunes, ni aux interruptions passionnées de Thuriot, de Legendre, de Jullien, de Billaud-Vaienne, il poursuivit, faisant honte à 1? Convention de son asservissement à une puissance rivale, s'étonnant que la Commune révoltée existât encore, couvrant de son mépris une pétition « traînée dans la boue des rues, « et plaignant Paris opprimé par des tyrans qui « voulaient du sang et de la domination. » A ces mots, la fureur de la Montagne éclate : « Descends, crie Legendre à l'orateur, ou je vais C assommer, y Lanjuinais se retourne, et froidement : « Fais d'abord décréter que je suis bœuf. » Il finissait à peine, qu'il

se voit assailli par Turreau, Drouet, Chabot, Rol^espierre jeune, et plusieurs autres, armés de pistolets. Legendre lui applique le sien sur la poitrine. De leur côté, des membres de la Droite, Biroteau, Defermon, Leclerc, Lidon, Pénières, Pilastre, viennent à son secours, armés aussi de pistolets ; et une lutte s'engage autour de son corps, les uns le protégeant, les autres essayant de l'arracher à la tribune, à laquelle il s'était cramponné. Enfin, le tumulte s'apaise, les assaillants se retirent, et lui recommence à tonner contre la théorie des suspects.

Au moment même où il concluait à ce qu'on cassât les autorités révolutionnaires et à ce qu'il fût permis de courir sus à quiconque s'arrogerait un pouvoir contraire à la loi, la députation des autorités révolutionnaires et constituées du département de Paris fut annoncée. « Délégués du peuple, dit l'orateur, les citoyens de Paris n'ont pas quitté leurs armes depuis quatre jours.... Le peuple est las d'ajourner son bonheur.... Sauvez-le, ou nous vous déclarons qu'il va se sauver lui-même. »

C'était précisément la formule dont Marat s'était servi à la Commune. La réponse du Montagnard Mallarmé, qui présidait, fut calme et ferme. « S'il y a des traîtres parmi nous, il faut qu'ils tombent sous le glaive de la loi; mais avant de les punir, il faut prouver leurs crimes La Convention examinera votre demande ; elle pèsera la mesure que sa sagesse lui commandera, et fera exécuter avec courage celle qui lui paraîtra nécessaire. »

Le renvoi de la pétition au Comité de salut public est aussitôt décrété d'une manière unanime. Billaud-Varenne demandant que le rapport soit fait séance tenante, et plusieurs réclamant l'ordre du jour : « L'ordre du jour, s'écrie Legendre, est de sauver la patrie. » En même temps, les pétitionnaires, qui ont été admis aux honneurs de la séance, se lèvent comme indignés et sortent de la salle. Un mouvement se manifeste dans les tribunes. Le cri aux armes! s'y fait entendre, et les hommes se précipitant au dehors, il n'y reste plus que les femmes. Alors partit des bancs du Marais cette adjuration pusillanime : « Sauvez le peuple de lui-même; sauvez vos collègues, décrétez leur arrestation provisoire. » Mais l'Assemblée n'avait pas encore subi une pression telle, que le sentiment de sa dignité se fût évanoui. Meillan et quelques autres membres, sortis pour aller en quelque sorte à la découverte, n'avaient rapporté du spectacle imposant déployé sous leurs yeux aucune impression sinistre. Ils avaient bien vu tout Paris en armes autour de la Convention, mais ils le croyaient prêt à se ranger du parti du courage ; et cette opinion, communiquée de proche en proche, avait élevé le niveau des cœurs. A l'idée d'un décret de proscription dicté par la peur, la Droite et une partie de la Gauche se mettent à crier : Non, non! et La Réveillère-Lepeaux : « Nous irons tous en prison partager les fers de nos collègues. »

Mais quoique les Montagnards eussent l'intention de défendre leurs adversaires contre toute violence, ils n'entendaient point laisser passer la séance sans tâcher d'obtenir l'expulsion de ceux des chefs du côté droit dont la présence dans la Convention leur paraissait incompatible avec le salut public. Levasseur insista donc longuement, pour qu'on appliquât aux principaux Girondins la loi des suspects, en les mettant en état d'arrestation. Chose remarquable! C'est ce que la Montagne voulait, elle le voulait avec ardeur; et pourtant, elle hésita ici, comme si un secret instinct l'eût avertie qu'elle allait creuser son propre tombeau! Le sentiment qui régna dans l'Assemblée après le discours de Levasseur fut, — il le déclare, — celui d'une stupeur

morne. Nul ne l'appuya, nul ne demanda la parole. Pas de délibération. Seulement, de temps à autre, des députés se plaignaient d'avoir été insultés en essayant de sortir de la salle. Le commandant du poste, appelé à la barre, avoua qu'en effet quelques femmes avaient obstrué les couloirs de droite, mais que, sur ses représentations, elles venaient de se retirer. Et Marat de s'écrier : « Vous voyez bien que tout ceci est un stratagème pour abuser l'Assemblée et calomnier Paris ! »

Nul doute, cependant, que l'appareil déployé autour de l'Assemblée ne fût formidable. Les citoyens sous les armes étaient au nombre de près de cent mille, dont trois mille canonniers avec cent soixante-trois pièces d'artillerie. Le Comité révolutionnaire avait fait venir des environs divers détachements, parmi lesquels les hussards de la légion de Rozenthal. Le mot d'ordre était Insurrection et vigueur. On assurait, en outre, dans l'Assemblée, qu'un corps de réserve campait au bois de Boulogne; qu'un parc d'artillerie était étabh aux Champs-Elysées, avec canons, bombes, obus, barriques de charbon, grils à rougir les boulets; et quelque improbable que fût ce luxe de précautions menaçantes, les imaginations, frappées, y croyaient.

Le Comité de salut public ne fut pas sans s'inquiéter des suites. De tous les membres qui le composaient, Lacroix était le seul qui parût les affronter froidement. Danton flottait en proie à une incertitude misérable. Quant à Barère, Bréard, Cambon, Delmas, Treilhard, l'abaissement de la Convention les révoltait. Convaincus que le Comité révolutionnaire renfermait des éléments dangereux, ils envoyèrent demander à la Commune qu'on le renouvelât, et promptement : désir auquel la Commune s'empressa d'acquiescer, eu arrêtant que ceux là seuls formeraient le Comité révolutionnaire, qui avaient été nommés par les autorités constituées du département. C'était arracher leur part dans la direction du mouvement aux hommes de l'Evêché. Le Comité de salut public n'alla pas, néanmoins, jusqu'à tenter de couvrir de sa protection les membres de la Gironde désignés par les orateurs sectionnaires. Conduit à rédiger sur-le-champ, vu l'urgence, le rapport que, d'après le vote de la veille, il ne devait présenter que dans un délai de trois jours, il essaye d'un compromis; et Barère court lire à la Convention un projet de décret qui invite les membres dénoncés à a se suspendre volontairement de leurs fonctions. »

Aussitôt Isnard, Lanthenas, Fauchet déclarent consentii à ce sacrifice, si lé bien de la patrie l'exige. Mais Laujuinais : « N'attendez de moi ni démission, ni suspension.... Les sacrifices ! Ils doivent être libres, et vous ne l'êtes pas ! » A son tour, Barbaroux se lève, et, non moins ferme que le rude Breton : « Jai juré, dit-il, de mourir à mon poste, et je tiendrai mon serment. » D'outrageantes paroles étant parties des bancs de la Montagne, Lanjuinais, l'œil fi.\é sur Gha- ])ot. qui les avait proférées, les relève en ces termes : « Je dis au prêtre Chabot : on a vu, dans l'antiquité, orner les victimes de fieurs et de bandelettes ; mais le prêtre qui les immolait ne les insultait pas. » Marat : « Je désapprouve la mesure proposée par le Comité. Il faut être pur pour faire des sacrifices à la patrie; c'est à moi, vrai martyr de la liberté, à me dévouer. » Billaud-Varenne ajoute : « Innocents, qu'ils restent ; coupables, qu'ils soient punis. » Et il conclut au décret d'accusation par appel nominal motivé. C'était ainsi que les Girondins avaient procédé contre Marat. Cet horrible glaive de la proscription, eux-mêmes l'avaient tiré du fourreau ; et maintenant qu'ils n'en avaient plus la poignée dans la main, on leur en portait la pointe à la gorge !

iOISSY D AN GLAS

De vives rumeurs interrompirent le débat. Une seconde fois, les issues de la salle sont gardées. Des députés qui voulaient sortir ont été repoussés brutalement. Dussaulx se plaint d'avoir été frappé : on l'accuse d'imposture. Boissy d' Anglas vient montrer à la tribune sa cravate et sa chemise en lambeaux. Lacroix lui-même, Lacroix s'était vu barrer le chemin. Ce ne fut, dans toute l'Assemblée, (ju'un cri d'indignation. Comme ceux de la Droite, ceux de la Gauche étaient profondément irrités. Lacroix veut qu'avant la nuit venue, l'auteur de la consigne ait la tête tranchée, et la Montagne l'appuie. Mandé sur-le-champ, le commandant du poste déclare que, loin d'avoir donné une semblable consigne, il a été consigné avec ses officiers par des gens à moustaches qui se sont emparés des postes.

Barère : « Ce n'est point à des esclaves à faire des lois.... Des tyrans nouveaux veillent sur nous ; leur consigne nous entoure.... La Commune! elle a dans son sein des hommes du moral desquels je ne voudrais pas répondre.... Le mouvement dont nous sommes menacés appartient à Londres, à Madrid, à Berlin.... Un~des membres du comité révolutionnaire, Gusman, est un Espagnol.... Peuple, on vous trahit. Un prince anglais occupe le camp de Famars, et ses émissaires sont au milieu de vous.... Il faut que la tète de l'audacieux qui oserait attenter à la liberté des représentants du peuple, tombe. »

Est-il vrai que, dans ce moment, un militaire à cheval allait autour de l'Assemblée, distribuant à ceux qui la cernaient des assignats de cinq livres? Barère venait de l'affirmer, à la tribune, et, dans son récit des événements du 2 juin, Lanjuinais dit formellement : « Je l'ai vu. » Il dit encore, mais ceci sur la foi d'un autre : « Le maire Pache avait fourni, pour ces journées, cent cinquante mille francs destinés aux colons de Saint-Domingue. » Reste à savoir si ces distributions d'argent, sur la nature desquelles il était si facile de se méprendre, n'étaient pas tout simplement la mise à exécution de l'arrêté qui avait garanti une paye aux ouvriers sous les armes, arrêté pris par la Commune et ratifié par la Convention.

Quoi qu'il en soit, l'Assemblée était vraiment prisonnière, et elle ne pouvait rester dans 'cet état sans s'avilir. Sur la motion de Lacroix, elle casse l'insolente consigne ; et, sur la motion de Danton, qui promet de « venger vigoureusement la majesté nationale outragée, » elle charge le Comité de salut public de remonter à la source de l'ordre.... La source était la section de Bon-Conseil, et l'auteur de la consigne, un capitaine nommé Lesain. C'est ce dont le député Saurine informa l'Assemblée, qui sur-le-champ manda l'officier à la barre.

Mais il sémblo que ia Convention, ce jour-là, fût destinée à donner un exemple à jamais mémorable de la mobilité des impressions qui peuvent, à de certaines heures tragiques, se disputer une grande assemblée. L'ordre avait été envoyé à Henriot de venir exposer les motifs du rassemblement extraordinaire de troupes qu'il commandait, et Henriot ne paraissait pas. La séance se prolongeant, un sentiment de douloureuse fatigue avait succédé bien vite à la colère. « Hors cinq ou six hommes d'action, parmi lesquels ne se trouvait aucun ami de Danton, la Montagne partageait la consternation du côté droit. » Mallarmé quitta le fauteuil de lassitude, et Hérault de Séchelles, qui l'avait remplacé, présidait silencieusement une assemblée muette. Tout à coup, de nouvelles clameurs annonçant la continuité d'une oppression désormais impossible à endurer, Barère propose à ses collègues de se rendre en corps au milieu du peuple armé, de manièt-e ù

s'assurer qu'ils n'ont rien à craindre de lui, et à témoigner leur confiance dans la loyauté des Parisiens : « Ce qui fut ainsi arrangé, explique Durand de Maillane, pour sauver à la Convention et à son autorité l'affront que venait de lui faire le commandant général, en refusant de venir lui apprendre pourquoi ce grand rassemblement de troupes à ses ordres circonvenait la salle d'assemblée. »

La motion de Barère adoptée, Hérault de SécheUes descend du fauteuil, et d'un pas solennel ouvre la marche. La Droite et la Plaine le suivent : la Montagne paraît hésiter, retenue qu'elle est par « les cris de plusieurs femmes qui s'élançaient à mi-corps des tribunes pour l'engager à ne point sortir. » Cependant, soit entraînement de l'exemple, soit inspiration du courage, elle se décide. Seuls, les Maratistes demeurent à leur place, le visage impassible, et immobiles.

La vue des députés marchant tête nue derrière le président, qui s'était couvert en signe de deuil; l'imprévu de la démarche; l'incertitude du dénoûment; le palais de la loi transformé en une forteresse qu'on assiège, et les législateurs de la France s'avançant comme une garnison qui capitule; la cour du château remplie d'armes, de chevaux, de canons; aussi loin que la vue pouvait s'étendre, une immense forêt flottante de baïonnettes, et, planant sur toute cette scène, un grand souvenir funèbre, celui d'une promenade semblable de Louis XVI, dans la matinée du 10 août.. . Quel sujet de méditations, et quel spectacle! Parvenue jusqu'à la porte d'entrée qui aboutit à la cour, du côté du Carrousel, la Convention s'arrête.... Là était l'état-major à panaches que commandait Henriot. Hérault de Séchelles proclame le décret portant la levée des consignes et l'injonction à la force armée de se retirer : c'est en vain. Alors, avec l'accent de la douleur et du reproche : « Que veut le peuple? dit le président ; la Convention ne s'occupe que de son bonheur. — Le peuple, répond Henriot, ne s'est pas levé pour écouter des phrases, mais pour donner des ordres. Il veut qu'on lui livre trente-quatre coupables. » D'après le récit de Lanjuinais, il dit, en enfonçant son chapeau d'une main et en tirant son sabre de l'autre : « Vous n'avez point d'ordres à donner. Retournez à votre poste, et livrez les députés cjue le peuple demande. » Ceux qui entouraient le président s'écrièrent : « Qu'on nous livre tous ! » Lacroix dit : « Plus de ressource, la liberté est perdue ; » et il se mit à pleurer. Henriot fait reculer son cheval de quelques pas, et d'une voix tonnante : « Canonniers, à vos pièces ! » Or, l'homme qui osait traiter ainsi une assemblée, terreur de l'Europe entière, qui était-il? Le fils d'un pauvre habitant de Nanterre, un ancien domestique que son maître avait cassé aux gages, un ex- commis aux barrières, compromis pour avoir aidé à les brûler Peutêtre eût-il pâli, s'il lui avait fallu passer de la menace à l'attentat; mais les cavaliers qui l'entouraient avaient mis le sabre hors du fourreau, les fantassins abaissé leurs fusils, les canonniers saisi la mèche.... Quelqu'un prend Hérault par le bras, et l'entraîne vers un autre groupe dont l'attitude n'avait rien de menaçant. La Convention revient sur ses pas, repasse sous le pavillon de l'Horloge, entre dans le jardin. Elle y fut accueillie « gracieusement )> par les troupes. Le cri dominant était : Vive la Convention.' Il y en avait qui criaient : Vive la Montagne! d'autres, en plus petit nombre : .4 la guillotine Brissot, Guadet, Vergniaud, Censonné! D'autres : Purgez la Convention ! Tirez le mauvais sang! Hélas I nul ne cria : Vive la Gironde!

Pendant que l'Assemblée traversait le jardin, quelques-uns de ses membres étant montés sur le parapet, pour voir ce

GHUTP] DES GIRONDINS

qui se passait au dehors, a))erçurcnt le long du quai des corps nombreux de citoyens armés, dont la contenance inquiète les frappa. Ils faisaient signe aux députés de les aller joindre. INIais quand ceux-ci arrivèrent au pont Tournant, ils trouvèrent le passage fermé. C'est en ce moment que Marat parut, suivi d'une « foule d'hommes armés, » selon les uns, et selon d'autres, « d'une vingtaine d'enfants déguenillés. » Il criait : « Que les députes fidèles retournent à leur poste. » L'Assemblée n'avait pas à choisir : elle reprit la route du palais des Tuileries, où elle rentra, pouvant dire ce que Marie -Antoinette, découragée, avait dit en y voyant rentrer Louis X\I, le matin du 10 août : « Cette espèce de revue a fait plus de mal que de bien. »

A quoi s'attendre, en effet, après l'acte d'audace forcenée où s'était emporté Henriot? Et quant aux vivats dont la Convention venait d'être saluée au passage, que signifiaient-ils, sinon que sa popularité était au prix des Girondins sacrifiés et de sa dignité compromise? Elle avait dans son sein un homme qui eût pu la sauver des périls d'une résolution héroïque en la lui conseillant bien haut; et cet homme, c'était Danton. Mais Danton, en cette circonstance, se montra faible à l'excès, et plus que fivible s'd est vrai que sa conduite, ce jour-là, ait autorisé l'apostrophe terrible que, quelques mois api-ès, lui lança Saint-Just : « Tu vis avec horreur la révolution du 31 mai. Hérault, Lacroix et toi, demandâtes la tête d" Henriot qui avait servi la Hberté, et vous lui fîtes un crime du mouvement qu'il avait fait pour échapper à un acte d'oppression de votre part. Ici, Danton, tu déployas ton hypocrisie : n'ayant pu consommer ton projet, tu dissimulas ta fureur; tu regardas Henriot en riant, et tu lui dis : N'aie pas peur, va toujours ton traiii, voulant lui faire entendre que tu avais l'air de le blâmer par bienséance, mais qu'au fond tu étais de son avis. Un moment après, tu l'abordas à la buvette, lui présentas un verre d'un air caressant, en lui disant : Poinl de rancune. »

La séance fut reprise, sous l'empire d'une tristesse poignante , dont les Montagnards eux-mêmes ne se pouvaient défendre. Au fond, leur propre victoire les humiliait et les alarmait, parce qu'ils l'avaient moins remportée que subie. Vainement Couthon essaya-t-il d'écarter cette pensée importune, en s'écriant : « Les membres de la Convention doivent être maintenant rassurés sur leur liberté : vous avez marché vers le peuple ; partout vous l'avez trouvé bon, généreux, incapable d'attenter à la sûreté de ses mandataires..., » un tel langage n'eut d'autre effet que d'exciter un étonnement mêlé d'indignation ; et lorsque Couthon en vint à demander, non un décret d'accusation contre les membres dénoncés, mais leur arrestation provisoire, Vergniaud, qui l'écoutait avec un sourire violent, l'interrompit en ces termes : « Donnez un verre de sang à Couthon, il a soif. »

On lut la liste des députés à proscrire, on discuta divers noms. Marat, comme s'il eût exercé le pouvoir souverain, indiquait tantôt des retranchements, tantôt des augmentations. De concert avec Couthon, il fit excepter du décret fatal Ducos, Dussaulx et Lanthenas. Sur l'observation de Legendre, on effaça aussi les noms de Saint-Martin et de Fonfrède, qui s'étaient opposés aux mandats d'arrêt émanés de la Commission des Douze. Qui l'aurait jamais cru? Devant le nom de Liinjuinais, la Montagne eut un moment d'hésitation. Pour- ([uoi Lanjuinais sur la liste? demandait Chabot; deux Montagnards répondirent : « Lanjuinais !' catholique, catholique, catholique! »

On mit aux voix le décret suivant :

« La Convention nationale décrète que les députés, ci-après

nommés, seront mis en état d'arrestation chez eux, où ils resteront sous la sauvegarde du peuple français, de la Convention nationale, et de la loyauté des citoyens de Paris.

« Ces députés sont :

« Gensonné, Guadet, Brissot, Gorsas, Pétion, Vergniaud, Salles, Barbaroux, Chambon , Buzot, Biroteau , Lidon , Rabaut-Saint-Êtienne, Lasourcc, Lanjuinais, Grangeneuve, Lehardy, Lesage, Louvet, Valazé, Kervélégan, Gardien, Boileau, Bertrand, Vigée, MoUevault, Henry Larivière, Gomaire, Bergoeing.

« Sei'ont également mis en état d'arrestation chez eux les citoyens Clavière, ministre des contributions publiques, et Lebrun, ministre des affaires étrangères. »

Comme Isnard et Fauchet s'étaient volontairement suspendus de leurs fonctions, il avait été décidé qu'on ne les mettrait pas en état d'arrestation, mais seulement qu'il leur serait défendu de sortir de la ville de Paris.

Un instant, et il fut bien court, l'Assemblée parut flotter incertaine. Mais la Plaine était intimidée, et la Montagne se sentait perdue, si elle reculait. Un mot trancha la situation. Quelqu'un s'étant écrié : » Il vaut mieux se dispenser de voter que trahir son devoir, » tous ceux qui luttaient contre le trouble de leur cœur s'efforcèrent de voir dans ce misérable expédient un motif légitime de s'abstenir, et le décret passa.

Mais la nécessité de masquer la violence faite à l'Assemblée parlait si vivement aux Montagnards , que le procèsverbal, rédigé par Durand de Maillane, fut corrigé par Thuriot, et, en ce qui concernait la pression du dehors, modifié.

D'autre part, Durand de Maillane reçut, aussitôt le décret rendu, plusieurs protestations qu'il eut soin de recueillir sur une feuille volante, prévoyant bien que les signataires ne tarderaient pas à le prier de la brûler, ce qui eut lieu effectivement.

A la fin de la séance, une lettre fut remise au président : elle portait : « Le peuple entier du département de Paris nous députe vers vous, citoyens législateurs, pour vous dire que le décret que vous venez de rendre est le salut de la République ; nous venons vous offrir de nous constituer en otages en nombre égal à celui des députés dont l'Assemblée a ordonné l'arrestation, pour répondre à leurs départements de leur sûreté. »

Cette idée d'offrir des otages à la Convention avait été soumise, dans la journée, au Conseil de la Commune, qui, sur les observations de Chaumette, l'avait repoussée. Reproduite malgré cela au sein de l'Assemblée, elle y provoqua cette belle déclaration de Barbaroux : « Mes otages sont la pureté de ma conscience, et la loyauté du peuple de Paris, entre les mains duquel je remets mon sort. »

Le Girondin Meillan écrit : a Les Montagnards sortirent les premiers.... Nous voulûmes, selon notre usage, sortir par la porte opposée : elle était consignée.... Je cours au président. C'était Mallarmé qui avait repris le fauteuil.... Je me

plains Il me répond, en feignant de chercher des papiers,

et sans me regarder, qu'il « ne se mêlait pas de ça. » Et qui donc devait s'en mêler? Arrive un huissier de la salle, qui nous prie d'attendre quelques minutes , « parce que, dit-il « ingénument, on est allé chercher à la Commune l'ordre de « lever la consigne. » Il vint un quartd heure après, et nous eûmes la liberté de nous retirer. »

Le Montagnard Levasseur écrit : « Nous nous séparâmes l'âme navrée.... »

Et l'impression produite sur les membres du Comité de salut public ne fut pas moins douloureuse. Bréard, à qui un accès de goutte permettait à peine de se tramer, était sorti de

la Convention pour venir annoncer à ses collègues qu'elle était en proie à des scélérats. Barère ne cessait de dire : « H faudra voir si c'est la Commune de Paris qui représente la République française, ou si c'est la Convention. » Cambon apostropha rudement Boucliotte sur ce que des employés du ministère de la guerre étaient parmi les meneurs. Lacroix paraissait embarrassé, Danton inquiet et honteux. Garât prit une plume, et, sur la table du Conseil exécutif, écrivit sa démission, qu'il ne retira que sur les instances de Ducos et de Condorcet.

Ainsi qu'il était naturel de s'y attendre, tout autres furent les sentiments manifestés par la Commune ; et. pour lier à la chute des Girondins l'adoption des énergiques mesures par e-ux entravées ou combattues, elle aruèta, dans la nuit même, que le décret fixant le maximum du prix des grains serait mis à exécution sans retard; qu'il serait procédé immédiatement à l'armement des citoyens ; que l'emprunt forcé serait prélevé, et l'armée révolutionnaire organisée.

Aucune rigueur, du reste, ne fut déployée à l'égard des députés décrétés d'arrestation. Gardés chez eux, ils eurent la faculté de circuler dans Paris, accompagnés d'un gendarme, à la charge de le nourrir ; et on leur continua l'indemnité de dix-huit francs par jour allouée à chaque membre de la Convention.

Ainsi tomba ce parti de la Gironde, si grand par l'enthousiasme, l'éloquence et le courage. Attiré vers le côté lumineux des choses nouvelles, dont le charme s'associait dans leur esprit aux plus beaux souvenirs de l'antiquité, et saisissant le pouvoir de haute lutte, ils s'en servirent pour accabler les nobles, proscrire les prêtres, saper le trône, mettre à la mode le bonnet rouge, encourager au sans-culottisme, et braver l'Europe.

Ayant de la sorte déchaîné la révolution, ils se crurent la force de la conduire; eux qui étaient d'élégants, d'admirables artistes, ils se parèrent fastueusement du titre d'hommes d'État. Fiers de leur puissance dans les joutes oratoires, ils prétendirent à dominer sans partage, et (£uand ils virent leur influence contre-balancée par des hommes de génie dont ils n'avaient point soupçonné la profondeur, ils en conçurent un étonnement orgueilleux, qui se changea bientôt en colère.

Alors commença de leur part contre leurs émules en révolution une guerre qui concentra toute l'énergie de leur âme et absorba toute leur pensée ; alors s'ouvrit l'ère de ces attaques personnelles qui allaient faire de la Convention une arène de gladiateurs. Le premier, Isnard avait proclamé la noire théorie des suspects; le premier, Guadet avait prononcé, du haut de la tribune, le mot échafaud; et Louvet fut le premier qui donna le signal des ré([uisitoires substitués à la discussion des lois : « Robespierre, je l'accuse^ etc.. A»

Des deux côtés, il y eut injustice et fureur, mais avec cette différence que les Montagnards avaient tout fait pour éviter la lutte, et les Girondins tout fait, au contraire, pour l'engager.

Au tort de l'agression, les derniers joignirent celui de mal choisir le terrain du combat. Poursuivre dans Robespierre et Danton le crime de dictature était insensé; et quant aux journées de septembre, pourquoi cet acharnement à dénoncer comme une machination de parti ce qui ne fut évidemment que le coup d'État de la démence populaire? Remuer sans cesse ni merci ce souvenir sanglant, c'est trop rappeler que la modération des Girondins datait du déclin de leur influence; qu'eux-mêmes avaient demandé l'oubli pour les assassinats de la Glacière ; qu'aucun d'eux n'était allé, en septembre, se jeter entre les meurtriers et les victimes ; que le côté droit de l'Assemblée, comme le côté gauchc; était

resté muet, immobde, au sein de Paris plein de funérailles; qu'Isnard, envoyé à l'Abbaye, en était revenu sans avoir proféré une parole; que Roland, le lendemain du massacre, l'avait presque amnistié, en le déplorant, et que Vergniaud avait protesté bien tard, lorsqu'il n'y avait déjà plus rien à faire pour les bourreaux ni pour le fossoyeur.

Encore si les Girondins avaient partagé leurs préoccupations entre leurs ennemis et ceux de la République! Mais non : tandis que moins ardente à se défendre ((u'à sauver la Révolution en péril, la Montagne lançait ses commissaires sur toutes les routes, embrasait les provinces de son souffle, faisait hâter le pas aux armées, frappait l'emprunt forcé, prenait les accapareurs à la gorge, établissait le maximum, et poussait sur la Yendée royaliste des légions de volontaires frémissants, les Girondins n'entretenaient l'opinion que de leurs dangers personnels, des poignards dont ils se disaient entourés, du nombre de leurs partisans ou de leurs vengeurs; et ils agissaient comme s'ils eussent tout oubhé, et la misère du peuple, et la Vendée, et l'Angleterre, et la ligue des rois, pour ne voir, pour n'atteindre qu'un ennemi : la Montagne !

Arrivés à ce point, ils se rencontraient avec les royalistes, qui, en les appuyant, achevèrent de les perdre.

Puis, parce qu'autour d'eux, contre eux, Paris grondait, ils le firent tourmenter par douze des leurs, le fatiguèrent de menaces, l'irritèrent par l'anathème, le mirent à moitié chemin de la guerre civile. Tout fut dit. Et, pour comble de maDieur, eux-mêmes ils se trouvaient avoir enseigné à leurs ennemis la manière de les frapper; car ils avaient décrié l'inviolabilité parlementaire dans la personne du duc d'Orléans, et l'avaient foulée aux pieds dans celle de Marat !

Ils tombèrent donc; mais ils eurent cette gloire de réduire les vainqueurs à parler en ces termes de leur triomphe : « Ce n'est pas nous qui avions fait naître une guerre qui ne pouvait se terminer que par la mort.... Placés, malgré nous, sur la brèche, il nous avait fallu attaquer pour nous défendre. Hélas! ils l'avaient voulu. » Oui, elle avait servi une si noble cause, cette illustre et infortunée Gironde, elle avait prononcé des paroles si généreuses, et déployé, en dépit de ses fautes, tant de grâce, tant d'héroïsme, que le jour où ils l'aperçurent gisant par terre, ses ennemis, le visage pâle, le cœur troublé, se penchèrent sur elle, sans bien savoir s'ils ne devaient pas, au lieu de lui porter le der'nier coup, la relever. Quelles fautes nouvelles, et plus coupables, étouffèrent à son égard la miséricorde, cet idéal de la justice? Les dire est notre douleur pr-esque plrrs encore que notre devoir. Mais quoi! A de tels

hommes, comme expiation de leurs erreurs l'échafaud!

Ah I la Révolution, qu'ils condamnèrent à les tuer, portera leur deuil à jamais I

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