ORGANISATION MUNICIPALE ET MILITAIRE DE LA BOURGEOISIE A PARIS
andis que le peuple, avec une magnanime confiance, se livrait au bonheur d'avoir, suivant un mot de l'époque, reconquis le roi, les meneurs de la bourgeoisie ne songeaient qu'à faire de la royauté un docile instrument de leur domination naissante.
C'est, en effet, à la suite du grand mouvement d'octobre qu'on voit la puissance bourgeoise de l'Hôtel de Ville grandir jusqu'au despotisme, jusqu'au despotisme le plus ombrageux. Les représentants de la Commune, sans cesser d'être une autorité administrative, deviennent un vrai pouvoir exécutif; les réunions de district sont supprimées ou entravées; les journalistes sont poursuivis; les colporteurs sont arrêtés sur la voie publique; des feuilles hostiles, soit au maire de Paris, soit à Lafayette, sont brûlées en plein air, sur l'ordre de tel ou tel chef de poste, ou même d'après le caprice d'un simple garde national, aidé de ses camarades. Que le peuple assemblé se disperse, et place aux prétoriens de l'Hôtel de Ville !
Disons, en revenant un peu sur nos pas, quelle fut l'origine de ce pouvoir, comment il se développa, comment il s'organisa et s'établit entre le trône, pour le mettre en tutelle, et contre le peuple, pour le contenir.
Après avoir élu leurs mandataires à l'Assemblée nationale, les électcuis de Paris auraient dû se séparer : ils n'en avaient rien fait. Usurpateurs audacieux d'une autorité devenue incertaine, ils avaient continué à se réunir, s'étaient posés comme les représentants naturels des soixante districts entre lesquels la capitale se divisait, et n'avaient pas tardé à concentrer en leurs mains toute la puissance municipale.
Dès le 13 judlet, c'est-à-dire la veille du jour qu'immortalisa la prise de la Bastille, ils arrêtaient, ainsi que nous l'avons raconté, la création d'un comité permanent, choisi dans feut sein, cl la formation d'une milice parisienne, composée de deux cents hommes par district. Ceci se passait à huit heures du matin, et la journée n'était pas encore finie que
déjà le comité permanent prenait à son tour un arrêté définitif, portant :
Que le fond de la milice parisienne serait de quarantehuit mille hommes;
Que les soixante districts, réduits en seize quartiers, formeraient seize légions ;
Que le commandant général, le commandant en second, tous les officiers d'état -major, seraient à la nomination du comité permanent;
Que, quant aux officiers des bataillons, Us seraient nommés par chaque district, ou par des commissaires députés à cet effet;
Que la marque distinctive de la milice parisienne serait la cocarde rouge et bleue;
Que le quartier général de la milice parisienne serait constamment à l'Hôtel de Ville ;
Qu'il y aurait seize corps de garde principaux pour chaque légion et soixante corps de garde particuliers, correspondants à chaque district;
Enfin, que, d'après la composition de la milice parisienne, chaque citoyen admis a défendre ses foyers devrait, tant que les circonstances l'exigeraient, s'astreindre à faire son service tous les quatre jours.
De qui donc avaient-ils reçu mandat, ceux qui publiaient ces ordres souverains? D'eux-mêmes Le peuple était-il appelé à sanctionner cette prise de possession, si hautaine, si absolue? Nullement. La voix des électeurs servait- elle au moins d'écho à celle des districts? Non. L'usurpation était incontestable, elle était flagrante, et, pour en montrer l'étendue, il suffit de rappeler que, parmi les dispositions qui viennent d'être mentionnées, figurait celle-ci : « Tout homme ijui sera trouvé avec la cocarde rouge et bleue , sans avoir été enregistré dans l'un des districts, sera remis a la justice