L ARMEE FRANÇAISE SOUS LOUIS XVI
1. GARDE DE LA MANCHE — 2. ÉTAT-MAJOR, GARDES FRANÇAISES — 3. CUIRASSIER DU ROI
î). DRAGON — 6. GARDE DE LA PORTE
i. CARABINIER
ménil, Lacqueille, Bouthillier et un jeune capitaine de cavalerie, anobli depuis vingt-cinq ans, l'impétueux Cazalès. Les plus âpres, c'étaient précisément les gentilshommes campagnards, parce que la rouille de leurs préjugés natifs ne s'était point perdue au contact des grandes villes, et que la cour tenait en réserve, pour séduire leur inexpérience , une foul-e de riens vantés: un sourire familier du comte d'Artois, un semblant de conûdence, l'honneur de paraître au coucher du monarque, la faveur d'être admis au jeu de la reine. « A vous la gloire de sauver la monarchie, » leur disait-on; et on tas enivraïi d'imprudence.
Seul, par conséquent, le clergé offrait prise à une dernière tentative de conciliation. Car les dignitaires de l'Église s'efforçaient en vain de faire descendre Dieu dans leur querelle; beaucoup de curés se rappelaient que leur Christ était (ils d'un charpentier, ils se sentaient enfants du peuple.
Aussi les Communes prirent-elles le parti, avant d'en venir aux ressources de la puissance, d'adresser au clergé' une invitation fraternelle, suprême. Et ce fut vraiment un beau spectacle, quand, le 27 mai, Target, suivi de quelques-uns de ses collègues, alla dire aux prêtres rassemblés : » Nous vous adjurons, au nom du Dieu de paix, de vous réunir à nous. ■
Ce n'était plus, cette fois, à l'appui d'une misérable vanité de caste qu'on invoquait le Seigneur : on prenait à témoin l'être en qui réside l'unité de la famille humaine. Les humbles desservants des églises de village furent attendris; des larmes coulèrent; un cri se fit entendre : « Partons à l'instant même. » Mais les prélats de cour objectèrent la nécessité d'agir gravement, de réfléchir; et, sous l'inspiration de leur menteuse sagesse, l'ordre répondit : ■ La proposition de MM. des Communes exige un sérieux examen : le clergé va s'en occuper. » Les Communes attendirent jusqu'au soir : elles attendirent inutilement.
Alors fut ourdie la plus criminelle des intrigues. Pour prévenir l'alliance des Communes et des curés, les meneurs du parti contre-révolutionnaire entourent Louis XVI; ils l'encouragent à intervenir; ils lui conseillent d'ordonner la reprise des conférences entre les commissaires des trois ordres, mais en présence du garde des sceaux et des commissaires nommés par le gouvernement. C'était recommencer une expérience qui n'avait abouti qu'à aigrir les âmes; c'était, sous couleur de conciliation, raviver la discorde. Louis XVI se rendit, soit complicité, soit faiblesse; et une lettre dans laquelle il exprimait son désir fut remise aux trois ordres.
L'obéissance du clergé fut prompte et sans réserve. Mais, pour que les conférences qui allaient être reprises fussent nécessairement stériles, les agitateurs de la noblesse s'étudièrent à l'engager par une décision irrévocable. Le veto respectif des trois ordres l'un sur l'autre n'était-il pas le palladium de la liberté, une garantie de la paix, une sauvegarde pour le trône? Voilà ce que développèrent avec une insistance passionnée d'Entraigues, Bouthillier, Cazalès; et ils pressèrent les nobles de prendre un parti énergique, décisif. La majorité les suivit, et on déclara que « la délibération par ordre et la faculté d'empêcher, qui appartenait divisément à chacun d'eux, étaient constitutives de la monarchie. » Mais aussitôt plusieurs gentilshommes protestèrent. Le comte de Montmorency, le chevalier de Mantelle, le' baron d'Haranbnre, le duc de Luynes. le marquis de Lancosme, s'élevèrent contre un arrêté, contraire, disaient-ils, aux sentiments conciliateurs manifestés dans la lettre du roi. MM. Cypierre et Sinety se rejetèrent sur leur mandat, qui prescrivait l'opinion par tête. Le marquis de Castellane déclara que tous ses vœux étaient pour la réunion. Le comte de Crillon dit qu'il pensait avoir été député aux États généraux, dans le but de donner une constitution à la France, chose impossible si l'on admettait le veto d'un des ordres sur l'autre. Le duc d'Orléans, le comte de Croix, le comte Charles de Lameth s'étonnèrent d'un arrêté qui condamnait des commissaires conciliateurs à ne rien concilier.... Vaines protestations! la majorité passa outre.
L'arrêté de la noblesse rendait d'avance et bien évidemment illusoires les conférences nouvelles. Cependant, les Communes consentirent à les reprendre, par déférence au désir de Sa Majesté. Elles élurent Bailly président sous le nom de doyen, et décidèrent qu'une députation solennelle irait présenter au roi «les hommages respectueux de ses fidèles Communes, les assurances de leur zèle, de leur amour pour sa personne sacrée et la famille royale, et les sentiments de la vive reconnaissance dont elles étaient pénétrées pour les tendres sollicitudes de Sa Majesté sur les besoins de son peuple. » Ainsi s'exprimaient les Communes le 29 mai 1789, trois ans et huit mois avant la tragédie du 21 janvier.
Or, tandis qu'elles enveloppaient leur pensée dans les formules du servilisme ancien, la cour ne songeait qu'à les humilier. QuaDd Bailly alla demander a* garde des sceaux Ba-
rentin que la députation des Communes fût admise auprès du roi, le ministre ne craignit pas d'avouer qu'il y avait à cela une difficulté grave. Pouvait-on souffrir que l'orateur du tiers parlât au roi sans se mettre à genoux? Au moins fallait-il qu'une attitude plus soumise servît à marquer, à l'égard des deux premiers ordres, l'infériorité du troisième. « Ce n'est pas, ajouta le garde des sceaux, qu'on-veuille insister sur un vieil usage qui blesse le tiers état et que le roi n'a pas l'intention d'exiger. Cependant, si le roi le voulait?... — Et si vingt-cinq millions d'hommes ne le veulent pas? » interrompit froidement Bailly. Bailly en était à sa seconde demande d'audience, et, la veille du jour où cette scène avait lieu. Louis XVI avait perdu son fils aîné. De là mille bruits odieux, mensongers, que la haine des courtisans se plut à répandre. On raconta que Bailly avait voulu forcer la porte du roi; qu'il avait troublé par une obstination cruelle la plus inviolable des douleurs; que Louis XVI en avait été réduit à s'écrier : « Il n'y a donc point de pères dans cette chambre du tiers! » Le dauphin, que la mort venait d'enlever, était un frêle enfant, caduc et triste avant l'âge. Les jours dorés de Trianon avaient fui sans retour. Frappée comme mère, menacée comme reine , Marie-Antoinette tomba dans une mélancolie profonde, et ce fut alors que ses cheveux blanchirent.
La situation se prolongeait; elle ne paraissait pas se développer. La reprise des conférences avait eu le résultat prévu : de vains débats, un redoublement d'aigreur, une irritation qui couvait la guerre. Necker proposa aux trois ordres de vérifier séparément les pouvoirs et de se donner communication réciproque du résultat, sauf, en cas de dissentiment. à recourir au roi. Mais dans ce prétendu plan de conciliation, les uns ne virent qu'une atteinte à leur fierté, les autres qu'un piège. Tout en y accédant, la noblesse déclara s'en référer à ses précédents arrêtés ; et les Communes prirent texte de cette imprudente restriction pour refuser, en rejetant sur les nobles le tort du refus.
Il était temps de vaincre. Paris grondait. Contemplée d'un peu loin, la marche lente et. grave des Communes ressemblait trop à l'immobilité. Le peuple soufflait d'ailleurs; le pain était cher; et si 1k bourgeoisie n'avait à demander aux États généraux que la liberté, le peuple avait à leur demander le droit de vivre. Lorsque, le 19 mai, les fruitières orangères cl autres dames de la Halle étaient allées à l'Hôtel de Ville complimenter les électeurs, elles n'avaient pas manqué de leur crier : « Pensez au peuple, messieurs! » Et qu'avaient répondu les électeurs? que c'était précisément des intérêts populaires qu'on s'occuperait aux États généraux, et (pie les dames de la Halle avaient dans l'assemblée du tiers étal des défenseurs, des amis, des frères. Et pourtant, les pauvres continuaient à se lamenter ; le pain continuait à être cher. Nul doute que la conduite des Communes ne fût savamment calculée, aussi ferme que sage, telle enfin que les circonstances l'exigeaient : avant d'aviser à féconder la victoire, il fallait vaincre. Mais la passion ne compte pas les obstacles, et la faim n'attend'pas. D'autant qu'un arrêt venait d'être prononcé, dont la bourgeoisie ne s'inquiéta nullement, et qui fit sur le peuple une impression sinistre. Des hommes arrêtés, dans une récente émeute qu'avait excitée une question de salaire, furent condamnés, par délibération du conseil, jugement prévôtal et en dernier ressort, à une peine faite pour parler vivement à l'imagination île la multitude. Places sous la garde du bourreau, ils furent conduits à travers la ville, pieds nus. en chemise, la corde au cou et portant sur la poitrine un écriteau infamant, jusqu'à la principale porte de
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la cathédrale de Paris. Et là. ils durent confesser, à genoux, i une torche ardente de cire jaune à la main. Le crime de la misère changée en fureur.
Les meneurs de l'ordre du clergé résolurent de tirer parti de ces sombres circonstances. Ils annoncèrent bruyamment qu'ils allaient s'occuper de la cherté des grains, et ils invitèrent ceux du tiers à prendre souci, à leur tour, des douleurs publiques. Les Communes comprirent ce que la démarche avait d'insidieux : elles répondirent qu'aviser à
adoucir les souffrances du peuple était un devoir, mais que la question voulait être résolue dans la salle commune.
Encore un semblable échange d'artifices, et La limite qui existe entre la prudence et la dignité se trouvait dépassée : Sieyès frappa le grand coup. Le 10 juin, l'assemblée, instruite d'avance, se tenait dans une attente solennelle. Sieyès se lève au milieu d'un profond silence, il propose d'adresser aux deux autres ordres une dernière sommation, en les prévenant que l'appel des bailliages aurait lieu dans une heure et
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