‹ Histoire de la râevolution franðcaiseChapitre 56 sur 156 · L ARMEE FRANÇAISE SOUS EOUIS XVI · texte numérisé non relu

L ARMEE FRANÇAISE SOUS EOUIS XVI

i. TAMBOUR GARDE FRANÇAISE — 2. TAMBOUR DE LA LIGNE — 3. GARDE DU CORPS — A. GRENADIER DES GARDES FRANÇAISES — 5. GARDE DE LA CONVENTION NATIONALE — 6. INVALIDE

qu'il serait donné défaut contre les non-comparants. On met aux voix la proposition, après en avoir mitigé l'âpre formule; on l'adopte. C'était la Révolution même.

Et le soir de cette journée féconde, Mirabeau montait mystérieusement l'escalier de Necker, la tête perdue en d'étranges pensées. Empêcherait-il le fleuve de déborder, lui que le démon familier de Gaïus Gracchus agitait? Laisseraitil la royauté périr, lui à qui le régime des cours permettait de vivre éperdu dans le vice? S'il avait besoin de la place publique pour son génie, il avait besoin de la monarchie

pour la corruption de son cœur. Ainsi combattu, plein de violence, plein d'épouvante, et succombant enfin aux contradictions de sa nature puissante et misérable, il s'était amoindri jusqu'à solliciter un entretien secret de ce ministre genevois contre lequel il épuisait, la veille encore, toutes les imprécations de la haine, toutes les formes du mépris. Necker reçut avec une froideur insultante celui qu'on appelait à la cour le comte plébéien. « Voyons, lui dit-il d'un(! voix impérieuse et brève, quelles sont vos propositions? »

Chez Mirabeau, L'étonnement ne fui jamais que de La colère

il s'emporta, il sortit, se promettant d'attirer Necker à la tribune et de l'y écraser.

Le 13 juin, l'Assemblée s'occupait de la vérification des pouvoirs, lorsqu'à l'appel de la sénéchaussée du Poitou, trois curés se présentent : Lecesve, Rallard, Jallet. Ce fut un véritable et touchant délire. On les entoure, on les remercie au nom du peuple, on leur serre les mains, on les embrasse. « Mais on délibère encore, s'écrie une voix, on délibère dans la chambre du clergé. — Je ne mets pas, moi, dit le curé Rallard, ma conscience en délibération. » Le lendemain et le surlendemain, les Communes recevaient, au milieu des plus vifs transports, d'autres prêtres qu'amenaient la Révolution et sa fortune. L'abbé Grégoire parut. L'abbé Marolles dit en entrant : « Me voici , messieurs ; mais, depuis l'ouverture des États généraux, mon cœur était au milieu de vous. » D'unanimes acclamations accueillirent cet aveu d'une désertion sainte. Quelques-uns applaudissaient en pleurant.

C'en est fait, tout se précipite. Dans une séance précédente, Malouet avait paru craindre la présence de la multitude, et il s'était attiré ces foudroyantes paroles de Voluey : « Il n'y a pas d'étrangers ici, il n'y a que des frères. » Le 15 juin, la salle des États se remplit de spectateurs; les jours du forum se levaient; et ce fut sous les regards, sous la garde, aux applaudissements d'un peuple immense, que les Communes procédèrent à la constitution définitive de l'Assemblée. Mais d'abord, quel nom lui donner? Sieyès proposa celui-ci : Assemblée des représentants connus et vérifiés de la nation. Mirabeau prit la parole. Il se disait tourmenté de la fièvre; et la fièvre, en effet, brillait dans ses yeux. Le tremblement de son corps, ses joues affaissées, sa lèvre plus relevée que d'habitude, trahissaient en lui les ravages d'une longue émotion ; et, avant cpi'il eût ouvert la bouche, il semblait qu'on eût entendu le souffle des passions qui gonflaient sa poitrine. Il fut provocateur, étonnant de contradictions, véhément, insolent, sublime. Il repoussait la motion de Sieyès, la déclarant trop hardie, la trouvant presque factieuse, et d demandait qu'on adoptât ces mots : Représentants du peuple. Non, jamais la parole humaine ne traduisit d'une manière aussi poignante et avec tant de splendeur les combats d'une âme troublée. On vit cet orateur des rois, cet orateur de la multitude, insulter et glorifier le peuple tour à tour. Il commença par l'insulte. S'il voulait qu'on s'appelât peuple, c'était parce qu'il importait d'être soi, et de ne pas nier le clergé, de ne pas nier la noblesse, de ne pas aller se heurter imprudemment au veto royal, veto nécessaire et sacré. Puis, répondant à ceux qui puisaient leur audace dans l'appui promis ou offert par les auxdiaires d'en bas, il montrait le peuple ignorant ses droits , ignorant la liberté, usant ses forces à souffrir et- prêt à vendre la constitution pour du pain. Ce langage, si outrageant et si injuste, ne dévoilait que trop le but de Mirabeau. Substituer au titre de Communes une artificieuse variante, arrêter l'absorption de la noblesse et du clergé par la majorité de la société française, maintenir à moitié la distinction des ordres, voilà donc où l'on prétend en venir avec ces mots représentants du peuple ! « Comptons les têtes, s'écria noblement Target ; non les fortunes. » Et Thouret fit ressortir le danger d'une dénomination qui, interprétée dans son sens le plus restreint, paraîtrait consacrer les iniques distinctions qu'il s'agissait de détruire. Alors, irrité, hors de lui, honteux de son rôle de courlUan, et ramené par la colère au vrai rôle de son génie, Mirabeau reprit, au risque d'une inconséquence héroïque : « Oui, si ce nom de peuple

n'était pas le nôtre, d faudrait le choisir entre tous, l'envisager comme la plus précieuse occasion de servir ce peuple qui existe, qui est tout, ce peuple que nous représentons, dont nous défendons les droits, de qui nous avons reçu les nôtres, et dont on semble rougir que nous empruntions les titres. Ah! mon âme s'élève.... Les amis de la liberté s'appelleront les remontrants en Amérique, les pâtres en Suisse, les gueux dans les Pays-Ras ; ils se pareront des injures de leurs ennemis. » Le contempteur de la multitude avait disparu : c'était le tribun qui parlait. Mais, d'un seul bond, d était passé du château à la place publique, sans s'arrêter à la place intermédiaire où la bourgeoisie voulait asseoir son camp. La plupart furent saisis d'effroi ; et apercevant dans le lointain le fantôme de cette puissance nouvelle, inattendue, vers laquelle Mirabeau venait d'étendre la main, ds éclatèrent en murmures.

La dénomination qui, évidemment, devait le mieux convenir à une pareille assemblée, c'était celle qui, indéterminée, élastique, pourrait se resserrer jusqu'à ne signifier que les Communes ou s'étendre jusqu'à signifier la nation, celle qui plusieurs fois déjà s'était produite, celle que proposa le député Legrand : Assemblée nationale. En vain, soutenu par Rabaut-Saint-Étienne et Rarnave, Mounier essaya-t-d d'entraîner les Communes à se constituer en Assemblée légitime des représentants de la majeure partie de la nation, agissant en l'absence de la mineure partie, on rejeta tout d'une voix ce titre démesurément long et qui conservait la trace de l'opposition des ordres. Il fallait voter, cependant : grande épreuve, et terrible! Car on venait d'apprendre qu'il se faisait à Versailles un bruit inusité d'armes et de chevaux ; que l'ordre avait été envoyé à des troupes allemandes de se mettre en mouvement; (pie beaucoup de nobles, rendus furieux par l'excès du perd, parlaient de s'en rapporter à la fortune de l'épée. N'avait-il pas été question d'arrêter le duc d'Orléans, de lui faire son procès, d'envelopper dans l'appareil de sa ruine ses complices en révolution, d'épouvanter les esprits? L'appel nominal commence. Et aussitôt s'élèvent mille clameurs confuses. Les uns se récrient contre cette marche précipitée, haletante. Les autres, et à leur tête les Bretons, race indomptable, veulent qu'on se décide à l'instant même; qu'on ne laisse pas aux ennemis de la nation le temps de se reconnaître; et que, si la cour osait frapper, elle ail à frapper non pas une réunion d'hommes indécise et éperdue, mais une assemblée assise dans son droit, noblement et à jamais compromise, figurant le peuple , étant la loi. Le tumulte devint formidable. Toute la salle était debout. Ici le groupe des temporiseurs, formant la minorité, là celui des impatients, et, pour les séparer, une longue table. Ainsi placés face à face, ds échangeaient d'amers discours, ils se menaçaient du geste. Ce n'était plus l'énergie calme et réglée des jours précédents. Mirabeau et Barère venaient d'ouvrir d'orageuses perspectives, le premier en faisant penser au peuple, le second en laissant échapper, au sujet des États généraux, ces paroles profondes : « Vous êtes appelés à recommencer l'histoire. » Les Mounier, les Malouet, ceux qui n'entendaient pas pousser au delà du tniomphe de la bourgeoisie, eurent donc à s'émouvoir en sens inverse. Devant eux était la noblesse, le clergé, le château, mais derrière eux Paris mugissant et ses faubourgs. Alors retentit l'accusation encourue par quiconque s'arrête au milieu d'une société qui marche. Le mot trahison fut prononcé. Un inconnu s'élança des tribunes et courut porter la main sur Malouet. Le parti des modérés redoublait de violences et de clameurs. La lassitude eut enfin raison de tant d'emporté-

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