CHAPITRE XIV
ÉMOTfDN DE LA FRANCE
ES coups de marteau qui démolissaient la Rastille avaient été entendus d'un bout de la France à l'autre : l'émotion fut immense dans toutes les provinces. Mais avant de dire sous quelles formes diverses cette émotion éclata, avant de raconter comment, jusqu'au fond des campagnes les plus reculées , l'enthousiasme et la terreur se mêlèrent , il faut achever le tableau de Paris pendant les derniers jours de ce mois de juillet, si glorieux à la fois et si terrible.
La royauté ayant donné l'exemple de la soumission, les anciens pouvoirs l'imitèrent. Majesté nouvelle, l'Assemblée nationale eut, comme toutes les majestés, des courtisans et des adoiateurs. A ses pieds vinrent tour à tour le grand conseil, la chambre des comptes, la cour des monnaies. Le parlement lui-même dut fléchir. Naguère il avait voulu lever la tète, et, d'un seul mot, l'Assemblée nationale l'avait rejeté dans le néant : il comprit que les jours de l'orgueil étaient passés pour lui ; qu'en essayant de ranimer les restes de son autorité abattue, il ne ferait (pie creuser sa honte : il se résigna. On en peut juger par l'arrêté suivant, qu'il prit à l'occasion du voyage de Louis XVI à Paris :
« La cour a arrêté que M. h' premier président se retirera par devers le Beigneur roi, pour le remercier d'avoir accordé toute sa confiance aux représentants de la nation et d'avoir dissipé les alarmes de la capitale en y ramenant par sa présence le calme et la sécurité. A pareillement arrêté que M. le premier président se retirera par devers l'Assemblée nationale, à l'ell'et dejui faire ses remercmienls d'avoir interposé
ÉMOTION DE LA FRANCE
ses boas offices auprès du seigneur roi, pour le rétablissement de la paix dans la capitale. »
Il y avait loin de ce langage aux fières paroles de la magistrature alors qu'elle se présentait comme l'unique et vivante image de la patrie. Ce n'était plus seulement par devers U seigneur roi qu'il fallait se retirer aujourd'hui, c'était par devers l'Assemblée nationale, réunion de rois. Or, le parle aient était resté visible à côté du trône; dans l'ombre de l'Assemblée, il disparut.
Ainsi parvenus jusqu'au faîte, les représentants de la bourgeoisie avaient à maintenir leur àme à la hauteur de la fortune. Ce fut la gloire de quelques-un?. Les autres se troublèrent.
Nous devons ajouter, pour être juste , que si l'Assemblée était omnipotente à l'égard des pouvoirs du passé, elle ne l'était pas à l'égard du peuple, qui, depuis le 14 juillet, se sentait souverain et dont l'attitude avait quelque chose d'indomptable. D'ailleurs, les malentendus commençaient à se produire-