LES RÉPUBLIQUES
Caractère républicain de* diètes, — leurs contrastes. — Leurs nuances eu opposition avec les nuances des monarchies unitaires. — États intermédiaires. — Venise ennemie de Byzance et de l'Italie. — L'Angleterre hostile à la France et à l’Allemagne. — Le Jupon en guerre avec lu Chine et la Tartarie.
Députés ou rois, les membres d’une diète agissent comme des tribuns ; en combattant une monarchie, ils deviennent forcément républicains. C’est l’absolutisme de Paris qui enseigne la liberté aux Allemands, c’est le despotisme de Nien-Yong qui apprend aux Tarlares à conserver leurs diètes. l)cs guerres continuelles obligent les peuples voisins à se contrecarrer sans cesser; leurs appréhensions réciproques, pendant les intervalles de la paix, les forcent à préparer d’avance les contrastes; une longue série de mesures, lentement ajoutées les unes aux autres, forme une prodigieuse opposition, et, appliquée au commerce, à l’industrie, à tout, elle finit par constituer une rivalité où les institutions politiques obéissent aux règles de la stratégie. D’après ces règles, on prend toujours l’ennemi à rebours; s’avance-t-il, on s’arrête; recule-t-il, on s’avance ; lance-t-il sa cavalerie à votre poursuite, formez vos carrés; vous assiége-t-il, retranchez-vous derrière vos remparts; lève-t-il le siège, poursuivez-le dans la campagne; est-il splendide dans ses démonstrations, écrasezlc par l’exactitude de vos mouvements ; a-t-il les avantages
LES RÉPUBLIQUES, de la fougue, ayez ceux de la prudence. Ce sont encore les mêmes principes dans le combat personnel de l’escrime : quand l'adversaire attaque, on se défend; quand il demeure immobile, on l'attaque, et on évite comme la mort la cacophonie d'imiter son coup en même temps. Dans d’autres combats, la femme résiste à la force du mari par les armes de son sexe, la grâce, la ruse, la dissimulation, une patience à toute épreuve, un attrait irrésistible. A armes égales elle tomberait dans l'esclavage, à armes équivalentes, elle règne quelquefois. Telle est aussi la force de la république en présence de la monarchie : voulons-nous comparer les deux formes comme si elles étaient du même genre? nous efforçons-nous de les considérer comme si, de l'une à l’autre, il n’y avait que la différence du plus au moins? Les termes de comparaison nous manquent et la diversité profonde des avantages nous met dans l'impossibilité de choisir, de même que, d'une manière absolue, nous ne saurions opter entre l'attaque et la défense, entre la car valerie et l’infanterie, entre la charge à fond et le bataillon carré. Mais les avantages de la république répondent exactement aux défauts des monarchies; elle n’est ni capricieuse, ni fantasque, ni mobile; elle oppose à sa rivale la résistance d’une pesanteur formidable; elle se sert des diètes et des parlements pour ameuter contre son ennemi chaque motte de terre, chaque pavé du sol ; elle exagère l’importance de chaque individu jusqu’à en faire un Spartiate des Thermopylcs; dès lors, peu importe quelle ne possède ni la rapidité, ni l’unité des rois ; peu importe que ses citoyens n'obéissent pas comme des sujets, qu'ils ne soient pas prompts comme des esclaves ; peu importe même que la monarchie puisse l’accabler momentanément de scs irruptions sou-
es HISTOIRE DE LA RAISON D’ÉTAT,
daines, de scs soldats silencieusement concentrés sur un point par surprise, et de ses armées improvisées par l'enthousiasme du servilisme; enfin, peu importe que le roi puisse railler ses lourdes diètes ou ses colères naïves, ou son action lente, entravée, automatique, cette supériorité, irrésistible au commencement de la lutte, au moment de l’attaque, s’évanouit vers le milieu de la guerre, quand le mouvement révulsif transforme l'apparente discorde en discussion et la lenteur extrême de l'action en une insurrection où l'on dirait que les montagnes elles-mêmes s’ébranlent et marchent sur l’ennemi. Alors l'heureuse mobilité delà monarchie engendre la défaillance; l’obéissance fait place à la débandade; aux attaques heureuses succèdent les désastres épouvantables; en un mot, le bilan se rétablit sans que jamais les armes soient les mêmes. l)e là la vanité des débats politiques sur la meilleure forme de gouvernement, où il s'agit toujours de choisir entre le roi et le sénat, en opposant non pas les raisons aux raisons, mais les coups aux coups. Les deux formes se cachent réciproquement leurs mérites et leurs défauts ; le roi se moque du sénat, le sénat des courtisans. D'un côté, tout est régi avec la discipline d’une armée, de l'autre, tout se meut spontanément en vertu d un instinct harmonique. Sous un roi, les forces réunies se multiplient comme celle des fils dans la corde; l'unité de l’ythagore protège la monarchie; le souverain bien de Platon y transporte son type; l’Etat imite l'ordre du ciel, qu’un seul spleil éclaire. Mais ici encore, cette unité factice se dissipe devant la république des étoiles, où chaque lumière devient un soleil, où chaque astre se meut indépendant, où l’union est partout parce que l’unité ne l’étoulTe nulle part. Comment donc choisir la ré-