‹ Histoire de la Raison d'EtatChapitre 20 sur 112 · I.ES RÉVOLUTION S DANS I.ES RÉPUBLIQUES ET DANS LES FÉDÉRATIONS · texte numérisé non relu

I.ES RÉVOLUTION S DANS I.ES RÉPUBLIQUES ET DANS LES FÉDÉRATIONS

Despotismes incendiaires des républiques.— l eur durée momentanée. — Leurs solutions républicaines. — De même les unités incendiaires qui s’improvisent au sein des fédérations disparaissent rapidement vaincues par le progrès du fractionnement. — Expansion éphémère d’Athènes sous Déridés, — de Milan sous les Visconti, — de Paris sous Louis XIV cl Napoléon l* r .

Les parlements vieillissent comme les coui'S.et, aux jours où leurs chefs tournent contre le nouvel esprit île l'époque, il faut qu'un pouvoir discrétionnaire les fasse taire en apportant à la république le bienfait monarchique du silence. C’est alors que règne le parti de l'opposition contre la liberté, c'est-à-dire la réunion des hommes que la loi met en suspicion, poursuit ou écrase pour étouffer le despotisme dans son germe. Ces doges dont Venise espionnait jusqu’à la moindre pensée, ces rois que l’Angleterre voulait rendre inutiles et fainéants, ces dictateurs que Florence prescrivait, ces hommes supérieurs auxquels Athènes réservait le privilège odieux de l’ostracisme, cl en général ces parias politiques au ban de toutes les assemblées, voilà les chefs des révolutions dans les États républicains. Rien déplus dramatique que leur apparition. Voyez le doge Foscari, semblable au lioncnchainé, et impatient de donner l’Italie à sa sombre patrie; voyez la race épouvantable des Planlagcucl que la plèbe anglaise suit attendrie dans scs san-

Il ÉVOLUTIONS DANS LES II É PUBLIQU KS. 87

glantes péripéties ; regardez les Tudor tout à coup devenus despotes, imposant à la plus fière des nations de changer de religion, et mille fois plus obéis que des rois de l’Asie; considérez enlin Cromwell, qui donne à la libre Angleterre quatre années de despotisme. Il est impossible de lie pas leur reconnaître un cachet de grandeur équivalente pour le moins aux perturbations opposées du pfévôt des marchands, du duede Bourgogne, des huguenots et de la Fronde dans la monarchie française. Le temps de Périclésà Athènes, ou d’Arteveld à Gand, sont des temps d’exception, des moments de révolution, où l'État, qu’il soit d'une élégance grecque oud’une rusticité flamande, détruit une liberté odieuse et suspend une légalité intolérable pour faire table rase et tirer du néant de la multitude une nouvelle couche d’élus au banquet décevant de la vie politique.

Mais il faut que la république triomphe, que la révolution devienne libre et légale, que les prescripteurs soient proscrits, les dictateurs exilés, et que la loi immole enfin les doges comme Faliero, les despotes comme Richard 1 1 1 ou Cromwell. Si Venise n’était pas prompte à revenir de son anarchie monarchique, si l'Angleterre ne détrônait pas vite ses tyrans, si elle ne forçait pas Richard 111 à disparaître cl le fils du Protecteur à abdiquer, l’État serait ouvert aux monarchies voisines, mal protégé par un faux semblant d’unité, exposé au malheur extrême d'une conquête étrangère. Ainsi, dans les monarchies les révolutions sont d'abord républicaines et monarchiques à la fin; au contraire, dans les républiques les révolutions sont au commencement monarchiques, et dans la solution républicaines; point d'exception à celle règle, à moins que l'État ne touche à son heure extrême, où la mort le surprend préci-

sèment parce que les contrastes politiques cessent de défendre son existence.

Nous avons dit qu’on pouvait considérer toute fédération comme le développement d'une république dont les sénateurs recevraient le titre de souverains. On s'explique donc les révolutions fédérales par la loi républicaine appliquée a la diète. La diète n’est-elle pas essentiellement libre, légale cl intéressée au maintien des divisions fédérales? Ne veillet-elle pas, jalouse, contre toute innovation, sur les confins intérieurs, sur la souveraineté de chaque État? N’exclutelle pas d'avance toute idée paternelle, fraternelle, théologique et despotique, portant un État à gérer les affaires de ses voisins? Ne montre-t-elle pas contre ses membres prépondérants toute la méfiance des républiques pour les doges inquiets, pour les rois trop actifs, pour les généraux trop glorieux, pour les citoyens trop bienfaisants, pour les réformateurs trop importants? On ne saurait en douter, et toute ligue permanente confie la lèche de défendre sa tradition à un Étal que sa faiblesse intelligente intéresse au maintien de la division, de la liberté, de la légalité, tandis que le rôle de pouvoir opposant échoit toujours à un Ktat ambitieux, étendu, puissant, impatient de rompre le frein de la loi fédérale. La Grèce veut que Sparte veille sur ses traditions, qu'elle s'oppose à toute mutation et qu’elle ne cesse de combattre la splendide Athènes, qui rêve des conquêtes s:.us prétexte de démocratie, de fraternité, d’humanité, de philosophie. Dans l'Italie du moyen âge, nous trouvons d'abord le plus faible des hommes, le pontife, chargé de combattre le royaume de l’gvic au nom des républiques île Venise, Amalfi, Naples, Gaëte et Sorrentc. Plus tard, devenu tribun des peuples, il combat toujours les pre-

Page 1