CHAPITRE IV
DIEU COMPROMIS i m-isis
Corruption générale. — Gino Capponi son plus illustre représentant. — Savonarole lui oppose la royauté de Jcsus-Clirist, — mais, en devenant plus catholique que le catholicisme, — il montre que le temps des miracles est passé.
Certes, les politiques avaient par trop abusé de la morale. Saint Thomas avait commencé par faire du roi l'image de Dieu sur la terre; Colonna avait surenchéri en ornant son roi de toutes les vertus éparses dans les livres des anciens; celles-ci n’avaient pas suffi à Pétrarque, qui avait chargé Cola de Ricnzi de cumuler les fonctions de Brutus avec celles de César. Le prince de Plalina était un tribun, les autres écrivains réunissaient follement une foule de vertus incompatibles dans leurs héros de fantaisie, et chez Patrizzi une même morale donnait indistinctement les mêmes préceptes aux royalistes et aux républicains. .N'arrivait-on pas ainsi au comble de l’absurde? Toutes les situations nuageusement héroïques peintes par Pétrarque devenaient autant d'équivoques que le premier venu pouvait transformer en guet-apens ; elles permettaient à chaque seigneur d’attaquer ou de défendre la fédération, suivant qu’iWui plaisait d'imiter Brutus ou les Tarquins; le pape cl l'empereur eux-mêmes pouvaient, à leur tour, imiter la duplicité des seigneurs. Dés lors la fédération tombait dans l'anarchie; pas un de ses membres qui ne
put flotter depuis la république la plus guelfe jusqu'à la monarchie la plus gibeline, en se permettant en môme temps de croiser cette série de nuances par une série opposée allant des monarchies les plus guelfes aux répupliques des Gibelins les plus exaltés. Cette liberté arhi traire autorisait toutes les volte-faces, encourageait toutes les surprises et créait une foule de conspirateurs muets, alertes, à cheval sur toutes les alternatives, toujours artificieusement embusqués, pour ainsi dire, entre le oui et le non, toujours prêts à se trahir mutuellement et se reposant avec délice dans les fausses positions qui font le supplice des honnêtes gens. Des phrases tirées des profondeurs les plus creuses de l’éloquence cicéronienne ennoblissaient toutes les infamies, les comparant aux meurtres de Romulus, aux actions des Romains, aux exploits des Grecs; pas de perfidie qui ne se cachât derrière d’illustres prête-noms. Et tandis que l’élégant radotage des latinistes antiques s’efforçait de dissimuler l'absence de toute loi, la sagesse vulgaire posait déjà ses axiomes en dehors de la morale ; déjà les chroniques fourmillaient d'avertissements sataniques sur l’art de réussir, les correspondances épistolaires s’arrêtaient avec une calme admiration sur les plus sinistres forfanteries; la foule donnait les épithètes de grands et de sages aux hommes les plus iniques, et l’habitude d’associer l'idée de la vertu à celle du succès faisait enfin applaudir les condottieri à l’épouvantable cri : Vira che rince. Les Ricordi de Gino Capponi à son fils, ce peu de mots écrits à la hâte Sitr un carnet dans l'intimité de la vie domestique, mêlent si bien le charme au scandale et la prudence à l’égoïsme, que jamais la littérature italienne ne saura les oublier. On entend