DIEU COMPROMIS
encore celte voix brève, sourde, décisive : « .Ne te mêle « pas des prêtres qui sont l'écume du monde; fuis l'église, « à moins que ce ne soit pour faire tes dévotions; si elle « se divise, tant mieux pour Florence, mais laisse faire la « nature, car il faut avoir le pape pour ami. Méfie-toi des « soldats citoyens, des grandes batailles, des gros sièges, « des grands frais, des hommes puissants.... » Nous voilà bien loin du prince clément et sévère, magnanime et libéral, économe et splendide, très-grave dans son maintien et fraternel pour tout le monde. Ajoutez que la corruption ayant créé ses institutions, ses états nomades, les armées des mercenaires, une nouvelle jurisprudence sanctifiait l’immoralité en action : on la stipulait dans les contrats; on donnait à la fidélité des limites arbitraires et capricieuses, on vendait l'honneur militaire à juste prix. Tel chef ne s’engageait que pour six mois, se réservant le droit de placer son fils dans le camp ennemi, où il comptait déjà mille amis; il déclarait ouvertement que, faute de paye, il s'insurgerait, il trahirait; qu’en tous cas il n'expierait ses forfaits que par une simple amende pécuniaire. Et la politique, condamnée tantôt à contrecarrer celte stratégie du crime organisé, tantôt à l'exploiter peut-être contre des vertus qui devenaient funestes, hâtait sur tous les points la déroute de l'honneur et le triomphe de l’égoïsme.
C’est ce qu’on comprit soudain à l’époque de la descente de Charles VIII; ceux même qui auraient dû la combattre à coups de fusil l’avaient invoquée à genoux ; un coup d'épée venait de compromettre la renaissance tout entière, et Savonarole, l’un des plus illustres insensés du moment, se demanda enfin comment on pourrait sauver une na-
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