‹ Histoire de la Raison d'EtatChapitre 62 sur 112 · ÉCOLE RÉPUBLICAIN E DE VENISE · texte numérisé non relu

ÉCOLE RÉPUBLICAIN E DE VENISE

semble demander la république dans les hautes régions de la morale et des idées. Sa placide latinité s’étend avec une sorte de béatitude sur une foule de sujets, que l’avare politique torture par ses lois de répression, liien n'est plus imprévu que d’entendre tout à coup une apologie de l’état de nature à la manière de J. J. llousseau à travers des périodes imitées de Cicéron, dans la bouche d’un l'ère du concile de Trente, dans un dialogue dont les interlocuteurs sont des membres même de ce concile accidentellement » réunis dons une villa. Après les compliments d’usage où l’on plonge dans les élégances ecclésiastiques du seizième siècle, le cardinal Flaminio expose les délices de la vie pastorale et des âges primitifs. « Là, dit-il, l’égalité régnait,

« chaque famille formait une république, et les mœurs « étaient rudes, sincères et innocentes. » Aucun royaume, aucune tyrannie, aucune ambition n’opprimait les multitudes; nulle guerre, nulle sédition ne propageait la discorde; on ne connaissait ni lois ni chicanes, et le souvenir de cette époque, constamment regrettée, nous fait comprendre tout ce qu’il y a d’amer dans nos sociétés de fer et d’airain. Chacune de nos lois, poursuit le prince de l’Église, nous impose une servitude; au lieu de nous améliorer, elles nous rendent plus rusés; la corruption s'étend avec les raffinements, et, pour se faire encore une idée de la vertu, il faut tourner le dos aux villes et regarder la campagne, les paysans, les hommes de la nature. Où sont les parfaites républiques? Dans la cervelle des savants ou dans des îles imaginaires. Pourraient-elles subsister au milieu du genre humain? Le mouvement universel emporte tout, et Dracon et Solon. Les assemblées sont-elles meilleures que les chefs? Les sages eux-mômes, cnchainés à la société par

le corps, n’en sonl-ils pas en dehors par l’esprit? Enfin, d’où viennent les Étals, si ce n’est de la lie de Romulus? En quoi consistent les finances, sinon dans un brigandage organisé? Que reste-t-il de l’histoire, si on lui ôte les guerres, les conquêtes, les catastrophes, les tragédies et les massacres où l’homme est l'être le plus funeste à l'homme? « O bienheureux âge d’or ! s’écrie le cardinal, « dût-on me crucifier, je déclare qu’il faut fuir cette bêle « sombre et féroce qu’on appelle l’État, et qu’il faut se « réfugier dans la solitude des champs où l’on peut goûter « le bonheur en vivant conformément à la nature. »

Tout le dialogue n'est qu’une amicale réfutation de cette apologie qu’il écarte avec une politesse ravissante. Mais le coup est porté, l'attaque domine la défense, cl la nouvelle apologie des lois, de 1 industrie, des arts, des sciences et de la religion, ne rétablissant pas l’antique société, nous fait vivre dans une sorte de milieu platonique où la civilisation, quelque nécessaire qu'elle soit, parait désormais dure, artificielle, forcée, cl très-inférieure à cet état de nature qu’on chérit comme les premiers murmures des bergers que l’Opéra faisait admirer dans les drames de Pastor fi do ou de YAminta.

ÉCOLE DES SOLITAIRES

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