‹ Histoire de la Raison d'EtatChapitre 70 sur 112 · REVANCHE DES ÉCOLES LIBRES ET FÉDÉRALES · texte numérisé non relu

REVANCHE DES ÉCOLES LIBRES ET FÉDÉRALES

Leurs» progrès avec les jésuites qui réfutent Machiavel, — avec Uozio d’Agobhio qui réhabilite l’Egüsc, — avec Scipionc Ammirato qui révèle les forces de la nation, — avec Tnssoni et Hoccaliui qui se moquent de l'Espagne,— avec le Génois Costa qui redoute l'avenir unitaire du Piémont. — avec l’anonyme de Saint-Marin qui déclare que Pltalie est le jouet de l'Espagne et de la France.

Quelques années après l’apparition du livre de la raison d'Etat, une discussion sur la raison d’étre de l'ilalic dérobe peu à peu la nation au despotisme réhabilité de Machiavel, pour la rendre à sa liberté traditionnelle. Ainsi le jésuite Itcllarmin, loin d'abandonner sa patrie à l'Espagne, invoque et fait revivre le pacte pontifical et impérial, celte franchise suprême qui donne à, l'Italie la direction du inonde, cette charte exceptionnelle qui détruit d’avance jusqu’à la possibilité d'itnc tyrannie ou d'une conquête. Le jésuite Possevin,qui réfute le secrétaire de Florence, évoque à son tour la tradition dé Charlemagne, l'antique constitution de la terre; son incurable bêtise, ses miracles inventés en honneur des papes et même de Charlcs-Quinl ne tendent qu’à subordonner le roi catholique lui même à la domination nationale de l’Église. Uozio d'Agobbio, qui combat également Machiavel, étend ses prétentions encore plus loin. Ile prime abord, quand i! place l’Italie de son temps au-dessus de l’Italie de Léon X, des seigneurs, des républiques, des rois, des Césars el même des Romains, on dirait qu'il ren-

verse toules les idées remues, que les objets fuient devant lui arbitrairement rapetisses, et qu’un impitoyable génie l’emporte vers le passé, comme si les sphères du ciel revenaient sur elles-mêmes, à la merci d'un ressort rétrograde subitement détaché des rouages qui l’obligeaient à marcher d'accord avec l’ordre des temps. Des pensées de tranquillité,, de conservation, de dévotion, jettent une couleur terne et antipathique sur les événements : on voit passer avec un douloureux étonnement les aigles de Home, la pique lombarde, les mille drapeaux des villes libres, les armoiries parlantes des seigneurs, tout, en un mot, soumis à la mitre, à la crosse des évêques, des archevêques et des abbés, qui se félicitent naïvement d'avoir vaincu Dante, Machiavel cl Luther. Suivant le politique d’Agobbio, hors de la domination du pape, seigneur et maître de l'univers, on ne voit que désolations et ruines. Tel est le sujet de sa méditation de ntinis gentium. Cependant ses livres offrent je ne sais quoi de poétique et de décidé qui impose ; on ne saurait s’arrêter à la première impression qu'ils laissent et qui est au-dessous même de leurs titres, et bientôt on découvre que leur forme paradoxale et odieuse ressemble à l’apparence gauche et informe d’un marbre à moitié entamé par les ciseaux du sculpteur. Achevez le travail, obéissez è ces lignes bizarres qui vous guident d'après un dessin préconçu, et vous verrez la statue : de même dégagez les traités du politique d’Agobbio de leurs formes pedanlesques et des malédictions d’usage prononcées contre lui par tous les admirateurs de Machiavel, et ils vous révéleront un plan et des idées supérieurs, non-seulement à Bottero et aux écrivains de son temps, mais aux politiques les plus avancés de l’école vénitienne. N’est-ce pas proclamer le progrès dans sa forme la

REVANCHE DES ÉCOLES LIBRES, plus nette et la plus philosophique que d’affirmer la suprématie de l’époque réformatrice de Sixte-Quint sur celle de Léon X, qui plonge dans la perfidie des seigneurs? El Léon X ne surpasse-t-il pas 1ère des coups d’État, des massacres, des expulsions, et toute l’anarchie des seigneurs, des tyrans, des Guelfes et des Gibelins? Qui oserait regretter contre llozio les rois golhs, hérules, franks et lombards, unanimement maudits par les républiques italiennes, nées toutes de la guerre contre l’a vie? Comment contester qu’au départ de Constantin les arts n’aient déserté l'Italie, et qu’auparavant les Césars ne l'eussent déchirée; tandis qu'antéricurement encore, Marius, Sylla et les dictateurs de Itome l'avaient mise à feu et à sang ! Ne soyez pas dupes des mots, laissez là le ton acerbe et ligueur du polémiste ; traduisez ses dires dans votre langue, et vous trouverez dans sa rétrogradation apparente tous les signes du progrès : son guide. Pieu; sa mesure, la religion-, son mouvement, les révolutions et ses époques, qui commencent avec la barbarie sanglante, des Homains, se perfectionnent avec les Césars, se renouvellent avec les papes, se développent avec les républiques, se raffinent avec les seigneurs et triomphent enfin avec l’ordre et la morale des modernes. N

Scipione Ammirato explique encore mieux la raison d éire de l'Italie, en l’arrachant à la réaction qui enlaidissait les ouvrages de Bozio. Le premier, depuis Machiavel, il parle delle sperante d’ilalia, le premier, il demande une armée nationale, un homme, un Cola de Rienzi, un Christophe Colomb, qui transforme la nation, ou mieux, qui expulse les Espagnols; et, précisément parce qu’il aspire à une plus grande liberté, il s'élève non-seule-

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ment contre l'unité espagnole, ennemie de tous les peuples, mais contre celle d’un royaume, imité des Lombards ou des (îotlis et qui dévasterait tant de centres, ruinerait tant d'Etats florissants et aboutirait à la création d'une fausse monarchie, exposée à périr sous les coups du premier conquérant capable de s'emparer de sa capitale. Pour lui, l’unité serait la mort de la nation, qu'il voit vivante et heureuse, grdcc aux beautés de sa fédération, à la force de ses villes, aux ressources de ses princes, à la variété de ses peuples qui la font ressembler à la (iréce et à ses divisions multiples, qui lui permettent d’opposer, non pas un, mais trente chefs au roi catholique.

C’est à tort, dit-il, qu’on accuse le pape d'avoir divisé la nation et perdu ce royaume de malheur, que tant de républiques se vantent d'avoir mis en poussière. Avant les Lombards, le chef de l'Eglise n’avait aucun pouvoir; en appelant les Franks, il n’a fait que seconder Naples, la Pouillc, les Calabres, la Sicile et Venise furieuses contre Byzance et les Lombards : les trois plus grands duchés du rovaume, Spoleti, llénévent et le Frioul s’associèrent eux-mémes à la guerre contre Pavie. Quand les Franks donnèrent Borne aux pontifes, l’Italie n’en fut pas plus divisée qu'auparavant : partout les circonscriptions territoriales demeurèrent les mêmes. Est-ce la papauté qui appela ensuite les Normands? N’accepta-t-elle pas l'unification de toute la basse Italie, transformée en un royaume? An contraire, qui s'opposa dans la haute Italie à l'ambition unitaire de Mastino délia Scala? Qui arrêta les troupes de Galéi.s Visconti, désormais sur le point de subjuguer Borne ? Qui dispersa celles de Ladislas de Naples, déjà campées à Pérouse? Quulepuis humilia les Vénitiens, dont le drapeau flottait

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