RKVAXCHE DES ÉCOLES LIBRES
sur une foule de villes de la Romagne, du Milanais et «lu royaume de Naples? Ce fut Florence, la fédération, la nation, et nullement le pontife; et c’est de la sorte qu’Ammirato montre la force dans la ligue et non plus dans l’unité, dans le jeu des rivalités et non plus dans l’obéissance musulmane ou byzantine, en un mot dans l'Italie antérieure aux Romains ou postérieure au royaume, et non pas dans celle où Machiavel avait admiré la conquête des Romains ou l’invasion d'Aiboin. Le politique napolitain ne manque pas non plus de constater qu’électif et tribunilien dans sa mission morale, le gouvernement pontifical, loin de mériter les attaques de Machiavel, représente le régne du mérite, la plus grande suprématie qui ail placé un peuple à la tête du genre humain, contre le règne de la nature et de la force.
A la suit»! d’Ammirato, les théories libres cl fédérales se «léveloppent, et nous rencontrons, en 1601 , les pensées «le Tassoni réimprimées vingt fois en trente et un ans. Prenant l’allure insouciante de FAriosle, le politique «le Modéra* pénètre avec une adorable bonm; humeur dans un labyrinthe de quodlibeta , dont il se sert comme de lanternes pour créer une sorte d’illumination fantastique dans les souterrains de la polili«|ue, de la scolastique et de la religion. Le voilà qui demande sournoisement et pourquoi les marbres suent.’ et pourquoi les femmes portent des robes longues? et s'il fait bon de naître en septembre? et par quelle raison les habitants de Fcrrarc ne se marnent jamais au mois de mai? et c’est à la suite de ces interrogations bizarres qu'il s’avance, tantôt en démontrant la supériorité «les modernes sur les anciens, tantôt en se moquant d'une foule de préjugés savants et sacrés, sans toutefois attaquer
la religion, ce mystère éternel, que les compatriotes de l’Arioste ménageront toujours sur la terre qui voit tant de pèlerins s’acheminer vers Home. Poursuivant sa route au milieu de mille questions extravagantes et saugrenues, Tassoni arrive peu à peu sur le terrain de la raison d’Élat, où l'on s’étonne de le voir, maigri 1 son apparente étourderie, manier les contrastes politiques avec une pondération qui manquait à Machiavel. Il ne se contente plus de vous dire : Soyez flatteurs ou terribles, cléments ou cruels, et de tout laisser dans le doute entre les deux extrêmes opposés: mieux initié aux rivalités fédérales dont il désire le jeu libre contre l’Espagne, il s'efforce de s’arracher au dilemme que lui offre chaque problème, en lui donnant une double solution, d’après l’opposition des circonstances. Ainsi vous flatterez, dit-il, les puissants comme le comte d’Egmont, auquel il aurait fallu donner une ambassade: mais vous écraserez les hommes sans racines, comme Narsès, (pii brave l’empereur et fait appel aux Lombards. Enfin, Tassoni se rallie aux idées d'Aminirato surtout par son poème de la Secchiarapita el par ses discours intitulés Philippiques. Le premier ridiculise les anciennes guerres municipales qui auraient dissous les Etats el 4étruit les capitales ; les Philippiques combattent le roi d'Espagne, l’ennemi de la nation, et l’Italie se trouve ainsi défendue contre le fractionnement du moyen âge qui l’attaque païen bas el contre l'unité madrilène qui l'attaque d'en haut.
Boccalini parait en même temps que Tassoni pour mieux représenter la haine nationale contre le protectorat espagnol. Libre comme un homme à l’état de nature, maître de sa pensée comme un grand écrivain, il transporte la scène sur le Parnasse antique où Sa Majesté Apollon, les