K K V A N C II F, DES DÉVOLUTION N AI U ES
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Impuissant-^ et contradictions des ennemis de l’époque — Campa nella les attaque, — renouvelle la monarchie universelle, — et invente le socialisme — Sa cité du soleil, — son admirable fanatisme, — son système exposé aux répliques — Réplique de Sammarco, — premier auteur d’un traité sur les révolutions et sur les déceptions politiques.
Supposons un homme de la plèbe paraissant tout à coup au milieu des novateurs italiens; supposons-lui la seconde vue des poètes, la logique des conspirateurs et l'audace des impies : il n’aurait pas manqué de trouver dans les principes mêmes de la nation la cause première qui rendait inutiles tant de brillantes témérités contre l’Espagne. C’étaient de fausses attaques, des insurrections obliques, des luttes factieuses contre le chef naturel de la nation. Issu de la longue croisade contre les Maures, maitre des deux Indes, protecteur de la haute Allemagne, invoqué partout où l'on combattait pour la foi de Rome, le roi catholique n’était-il pas le véritable Charlemagne auquel Rome devait encore son influence? Devant cette considération, les critiques des Boccalini, des Tassoni, des Taciliens, des Republicanti, se réduisaient à des censures vulgaires, à des boutades ingénieuses, et en définitive à des contre sens où l’on prétendait chasser les Espagnols par ce pape qui les invoquait, par celle France inséparable du pontife, par cette fédération, résultat naturel de l’antique distinction des deux pouvoirs, en un mot par
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cette liberté catholique désormais insuffisante contre la plus grande liberté de Luther. Qu'on louât la concordante discordai des constitutions ou qu’on prêchât la démocratie à Venise, l'aristocratie à Gènes ou la communauté à Saint- Marin, jamais ces fades arguties n'auraient chassé un bataillon espagnol ni élevé un doute sur le moindre des sacrements catholiques.
C’est ce que comprit frà Tomaso Campanella, et, tournant le dos aux tracasseries de la politique républicaine, il s'avança solitaire sur la route d'une révolution universelle avec la forme de la monarchie pontificale. 11 évoqua donc l’empire de Dante afin de l’étendre aux deux hémisphères, il rappela l’Église de saint Thomas dans l'espoir de lui soumettre l'Asie et de lui rendre le nord de l’Europe, et, suivant lui, la plate tyrannie de l’Espagne même était destinée à réunir tous les peuples sous un seul chef en effaçant les anciennes distinctions de race, de caste, de famille et de nation. Subjugué par la grandeur de la tradition romaine et par ses principes démocratiques, communistes et universels, il ne vit plus dans la liberté de conscience qu’un orgueil monstrueux où tout individu prétend résister seul au genre humain ; il ne s’arrêta pas à considérer cette littérature voyante où les beaux esprits parodiaient l’indépendance protestante, et sans même songer aux probabilités qu’un prince italien copiât encore Cola de Rienzi ou César Borgia, il ne pensa plus qu’à établir un pouvoir fort, universel, compacte et capable de dompter toutes les nations du globe, à commencer par ce pape, par cet empereur, par cp roi catholique dont l'ignorante tyrannie perdait le dépôt sacré de la parole divine.
C'est ainsi qu'il inaugura ce que nous appelons la révo-
lotion sociale. , ç a Cité du soleil n’offrc rien de commun avec l'Utopie de Moins, les (îaramanthes de Hosco, les Abeilles de Bonifazio, les divagations de Mores ou la République de Platon. S’il adopte également la communauté des biens et des femmes, une foule de jeux gymniques, d'institutions philosophiques, le règne des sages, le mépris des lois, ce sont là des ressemblances superficielles, extérieures et presque accidentelles. Ce qui le distingue de tous les utopistes, c'est qu'il ne trace pas un plan académique; il ne s'écarte pas de la foule, il ne place pas ses citoyens imaginaires dans des îles perdues, dans des régions inaccessibles, dans une ignorance factice en contradiction avec une sagesse non moins factice ; il ne voit pas son État chimérique au fond de son unique conscience, comme la jeune fille regarde son fiancé au fond d’un verre d'eau. Au contraire, il plonge dans la tradition, et ne s’en détache pas un instant, il est moine, Italien, papiste, il vit sous l’Espagne, au milieu des gueux qui l'entourent, des bandits qui le visitent, des Turcs qui l'observent, des princes qui le redoutent, des inquisiteurs qui le surveillent; et précisément parce qu'il se trouve dans une sorte d'enfer il veut que sa cité idéale l'élève jusqu'au ciel. La misère lui donne des forces, les malheurs de la plèbe ne lui permettent pas de s’arrêter avant la rédemption universelle. Pour la première fois la démocratie coule toute seule sur le plan incliné de l’avenir, et la philosophie trouve un tribun qui lui apporte l’universalité et la fascination d'un culte. Aussi les calculs de Campanella sont d’un ingénieur; scs allocutions saisissantes et faciles s'adressent à la foule des prêtres, des soldats, des Napolitains, des Espagnols; il a des secrets d’Etat; il écrit ayant la carte du monde sous les yeux, le