DISPARITION SOUDAINE DE TOUTES LES ÉCOLES
I.n paix des religions lue la raison d’Étal, — aussitôt les politiques deviennent vertueux, — l'éloge périodique de Venise cesse, — on oublie Tacite, — et on n’écrit plus sur le prince. — Statistique comparée des quatre cent vingtquatre politiques italiens. — Les meilleurs sont toujours les plus persécutés.
A la signature du traité de AVestphalie, on dirait qu’on touche une détente et que tous les ressorts de la politique italienne se relâchent en même temps ; les écrivains de la raison d’État disparaissent comme par enchantement. Une fois la théocratie détrônée, l’Italie ne sait plus que faire de l'art de régner sous toutes les formes politiques, et scs écrivains se trouvent tout à coup déshérités. Mucci est désormais incapable d’apprécier Machiavel; Scipioni et Ceschi se servent de la raison d’Étal pour en tirer des homélies, et bientôt Doria indigné contre sa vaine immoralité, la repousse avec l’ignoble cortège de ses traditions, l’accusant d’avoir d’abord écrasé le monde sous le poids des Romains, et de l’avoir ensuite trompé par la religion des pontifes. Noble, élevé, d'un naturel angélique, il veut croire à la justice, parce qu’il la voit dans le cœur des peuples, au fond des
masses, et que, en la suivant, on livre le genre humain à la pente d’une heureuse destinée. S’il est trop érudit, trop complet dans une matière trop épineuse, si scs remarques sur les fondateurs, les conservateurs et les réformateurs de la civilisation, sortent du cadre du langage habituel, son apparition contemporaine de celle de J. R. Vico, son ami, marque une date dans l'histoire de la politique italienne. Après lui le droit fait entendre seul sa faible voix, soit que CcrtaiYi, Mattioli, Tosini, Persiani, Coppa et Blandini défendent la religion, soit que leurs adversaires Gorini, Cromaziano, Caraccioli, Spanzotti, Mocetiigo et Gorani propagent les idées libérales. L’auteur anonyme du Vero despotisme , Pilati, qui écrit la Réforme (le l'Italie, où il demande toutes les innovations qu'on réclame aujourd'hui contre le gouvernement pontifical, enfin Filangieri et Beccaria, les deux demi-dieux de la nation pendant le dix-huitième siècle, croient tous qu’il suffit d’énoncer ip vérité pour la propager et de la propager pour répandre le bonheur sur la terre. Ce principe, continuellement prêché par la presse, qui lui doit son existence, a chassé la raison d’Etat de tous les livres, de tous les écrits, de toutes les tribunes, où elle ne pourrait plus se montrer sans provoquer des malédictions unanimes.
Dans cette dernière période, Venise elle-même, convaincue de tyrannie, n’ose plus se proposer pour modèle. Le dernier anonyme qui la loue, en 1G70, avoue (pie le Génois Christophe Colomb l’a blessée, mortellement en paralysant ses caravanes d’Orient et sa mystérieuse navigation. I n autre Génois, R. Torre, raille ses réjmblicistes en montrant qu elle est née sous Byzance, qu’elle a été impériale et qu’on peut être libre sans être Vénitien. l’ersonne