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ne prononce pas non pins l'éloge de Gènes, et Marini, qui tente cette œuvre périlleuse, commence par réciter tout au long dans sa préface le Salve Régula, comme pour donner à l’avance au lecteur la mesure de ses forces. Enfin si on vent savoir pourquoi les républiques italiennes ne trouvent plus d'apologistes, un manuscrit de Rucellaï nous le dit à l’oreille en nous montrant leur légalité repoussante, leur raison d’ôlre en opposition à la raison de l’époque, et Venise, leur modèle, fondée sur des vices: le pouvoir des nobles, la corruption du peuple et l’ignorance de la multitude. L’aveugle fortune s’est complu à la favoriser en lui accordant une position exceptionnelle inexpugnable, mais comment faire de celle exception une règle générale ?
Tacite tombe à son tour dans l’oubli. Dès 1050 il n’a plus d’autre courtisan que Fabbri, écrivain faible et prétentieux qui mêle l’histoire apocryphe de saint Pierre et des premiers chrétiens à un enthousiasme dépravé pour la politique des Césars. Krusoni cède encore à l’habitude invétérée d’extraire des aphorismes de l’historien latin, mais Caslrucci et Manfredi, derniers compilateurs de maximes, perdent de vue le texte même de Tacite, et Maffeï, qui les imite, nous avoue lui-même que son livre est le fruit de sa flânerie, porto deli ozio. C’en est fait des donneurs d’avis; la tradition déjà si dégénérée de Guichardin, Sansovino et Loltini finit avec Vcnanzi, qui ramasse au hasard quelques milliers de sentences, Marliani qui en offre cent au sénateur pour le rendre taciturne et imperturbable, et A. D. G. qui publie ses dogmes pour enseigner à se bien gouverner sous tous les gouvernements.
Les derniers traités sur le prince tombent dans le ridi-
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culc à la suite de l’Écriture sainte et de Bossuet. Le Milanais Boni ne fait exception que pour répéter de vieux conseils trop connus. Mais en 170U, Comazzi de Lodi se moque même de l’Écriture dans un traité à double entente sur l’imitation politique de Jésus-Christ. Ecce uynus Del , dit-il, voilà notre empereur Charles-Quint ; qui tollit peccuta «lundi, qui fait grâce aux victimes de ses ministres ; cl videbitis cœlum apertum , et il ouvre la diversion du paradis aux badauds. C’est ainsi que toujours entre la satire et le sermon, sans jamais se compromettre, ni se prendr e au sérieux, il montre les actions du roi d’Espagne, les coups d'Élat des souverains et les énormités de Wallenstein ou de Oppenheim comme des applications à la fois justes et railleuses des préceptes du bon Jésus. L’éloge qu’il fait de l'homme simple, du verus IsraelUa, du croyant à toute épreuve, suffirait seul à prouver que, suivant lui, les choses de ce monde ne pourraient marcher sans celte bonne, dose de foi, de simplicité et de duperie qui donne du jeu aux acteurs de la comédie politique. C’est le dernier soupir' de la raison d'Élat. Après Comazzi, plus de réflexions scandaleuses; la tradition nationale se perd dans les clartés d'une époque plus lumineuse, et nous ne pouvons plus riett dire de Sianda, Donati et Torre, les dentiers à parler de l’homme d’État, dell' unmo di comaudo, deïï uomo di <jo v erno.
Ainsi finit ce mouvement politique, qui donna pins de quatre cent vingt-quatre écrivains à la littérature italienne et qui remplaça sur la terre des I’ontifes le libre examen de Luther et de Desearles. Ce fut le sacrilège occulte de la nation, une sorte d’usurpation du pouvoir spirituel dans l’espoir de réaliser l'antique promesse du
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démon : «Vous serez comme des dieux, sachant le bien et « le mal. » Tant que 1a nation fut libre, ses écrivains ne cessèrent d'invoquer le despotisme, et Dante, saint Thomas, Pétrarque et Machiavel firent paraître sous les couleurs les plus saisissantes toutes les ressources des monarchies. Quand la nation tomba sous la domination de T Espagne, alors la république, la liberté, la fédération déterminèrent les attitudes du progrès. La première époque, qui commence avec la naïve malice de YOculus pasloralis et aboutit aux conceptions sataniques du secrétaire de Florence, peut se définir : l'âge d'or de la raison d'Etat. La seconde, époque des idées républicaines contre l’Espagne, se subdivise eu trois périodes qu'on pourrait désigner sous les noms d'âges d'argent, d'airain et de. fer. Guichardin et Gianotli illustrèrent l’âge d'argent qui s’écoula entre la restauration de Charles-Quint et la réaction de la théocratie romaine contre les libertés nouvelles de l'Europe. Jtottero, Sarpi, Paru ta, Ammiralo* Tassoni, Itoccalini, furent les célébrités de l’âge d'airain qui finit à la paix de Westphalic. L’âge ale fer, qui commence aveu celle paix et ne finit pas encore aujourd'hui, ne donne aucune illustration relevant de la tradition exclusive de l'art de régner.
La loi de douleur qui préside à l’apparition et aux méditations des hommes politiques domina constamment les écrivains italiens. Les meilleurs furent toujours au ban des plus nombreux. On en comptait à peine un sur dix digne de fixer l’attention. Les hommes comme Dante et Machiavel, ou même comme Do ri a et Coinazzi, formaient une misérable minorité, écrasée parles écrivains officiels populaires médiocres, prônés, révérés par leurs contemporains, et bientôt oubliés, quand, au premier changement, ons’aper-
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eevait que les infortunés si hautement dédaignés, les obscurs martyrs si indignement foulés aux pieds, présentaient je ne sais quoi de mystérieusement universel qui portait le déli à toutes les révolutions. Nulle part la théorie et l'action ne s'allièrent dans la même personne : l’homme de science lut quelquefois magistrat, ministre ou ambassadeur; mais Jamais il ne brilla comme les Sl’orza et les Yisconli, ou même comme saint Charles Borromée ou Masaniello de Naples. 11 subissait toujours l'exil de Dante, l’insuccès de Machiavel, la captivité de Campanclln, et il devait s’estimer heureux s'il se faisait tolérer par la bienheureuse innocence de Pétrarque. C’était l’échec continuel et pour ainsi dire chronique qui lui imposait de sonder les abîmes de l’art de régner et qui le classait au premier rang dans ces écoles florentines ou vénitiennes toujours à l’état d’insurrection et de martyre en présence des lois générales de la Péninsule.
Nous avons déjà dit que les plus anciens auteurs de la politique italienne naquirent là où leurs ennemis régnèrent le plus cruellement, et nous avons déjà noté que Home, ennemie du royaume, donnait Colonna apologiste des rois. Aquino, fief gibelin, produisit saint Thomas, chef des guelfes, et, au contraire, Florence, ville guelfe, donna le jour à Dante, auteur de la grande épopée gibeline. Pour la même raison, Pétrarque, chantre des guelfes, vint d’Arezzo, mélancolique repaire des gibelins, llarthole , grand jurisconsulte impérial, surgit dans l’Ombrie, terre pontificale, et Machiavel, ennemi de la fédération italienne, naquit à Florence, où la fédération trouva scs plus ardents défenseurs. Plus tard, Ammiralo, qui plaida la cause de la fédération contre l'Espagne, vil le jour à Naples
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sous la domination unitaire du roi catholique; Cainpanella, nouveau saint Thomas de la révolution contre l’Espagne, le reçut également dans le royaume des Denx-Siciles et écrivit ses œuvres au fond des prisons napolitaines. Enfin, Boccalini, le satirique ennemi de la vieille religion, appartient à boreto, la plus superstitieuse de toutes les villes de l’Église, telle contradiction entre les hommes et leurs patries ne disparait que chez les écrivains médiocres; ici on voit tout à coup l’accord le plus parfait entre Venise et les Vénitiens, entre Bologne et les dévots, entre les Napolitains ou les Milanais et les Espagnols, en un mot, entre les lois et leurs automatiques approbateurs.
C’est encore la loi de la douleur qui donne une si grande supériorité numérique et intellectuelle aux écrivains de la politique italienne. Seuls en face des autres nations, ils sont déshérités de toute indépendance, le souverain bien de la forme extérieure; ils sont sans cesse à la recherche de la base de leurs Etals, de leur fédération, dont la raison suprême se trouve aliénée dans le pape, dans l’empereur, dans la plus vaste fédération de la chrétienté. Ils courent donc après l’idée décevante de l’indépendance. Semblable à ceux que la soif jette dans le délire, ils voient, pendant leur fièvre, des monarchies cyclopéenncs, des papautés babyloniennes, des républiques foudroyantes, dont ils tracent les conditions avec la pénétration de la manie; et, à travers des évocations gréco-romaines et un langage dicté par les muses, ils décrivent l’Etal de manière à étonner tous les véritables États de l’Europe. D’après la proportion de leurs habitants, ceux-ci auraient dû opposer quatre mille deux cent quarante écrivains aux quatre cent vingt-quatre politiques italiens; mais, n’ayant aucun motif
pour réfléchir sur le fait accompli de leurs gouvernements fermes et compactes, ils se bornent à suivre l'impulsion italienne par l'entremise de quatre cent quatre-vingt-quatorze auteurs en se plaçant ainsi de dix degrés au-dessous de la terre des pontifes. Et, si on considère que Florence fut l’Etat le plus agité, le plus ouvert aux révolutions générales, le plus violemment déchiré par les guelfes et par les gibelins, par le pape et par l’empereur, par Home et par Milan, on comprendra qu’elle ait à elle seule produit les premiers politiques, Dante, Machiavel, Gino Capponi, Gianotti; qu elle ait ouvert ses tribunes à Savonarola, ses bibliothèques à Ammiralo, qu’elle ait revendiqué Pétrarque, fils d’un de ses exilés, et qu elle ait produit vingt politiques, tandis que la statistique proportionnelle de l’Italie ne lui en demandait que deux ou trois. L’État le plus faible s’élevait ainsi de sept degrés au moins sur tous les Etals italiens et de dixsept sur tous ceux de l'Europe.
INFLUENCE l)E L'ITALIE.